Flash back, vingt ans après

20 ans après - La maison écologique

Billet d’humeur flash back de Thierry Salomon paru dans La Maison écologique n°121 (février-mars 2021)

En fin d’année 2000, une poignée de doux aventuriers normands créaient à l’orée du millénaire la revue que vous tenez entre les mains. Vingt ans et 121 numéros plus tard (sans compter les hors-séries), vaillante et irréductible, La Maison écologique tient toujours debout. Mais autour d’elle, tout a profondément changé.

Il y a deux décennies, face au terrifiant bug de l’an 2000 et au pic pétrolier, le monde tremblait.

Rien n’est arrivé, la punaise a fait pschitt et les cuves sont pleines. Mais aujourd’hui, chaque jour, trois millions de nouveaux programmes informatiques malveillants surgissent, d’après l’éditeur Symantec. Et cent millions de barils partent en fumée. Chaque jour !

Durant l’année 2000, les avions transportèrent 1,67 milliard de passagers dans le monde. Ils furent 4,2 milliards à s’envoyer en l’air en 2018. Le fret maritime a fait bien mieux. Il a quadruplé en vingt ans avec 792 millions de conteneurs en transit à travers les mers du globe en 2019. La concentration de CO2 ? Elle a grimpé de 369 à 412 ppm, du jamais vu depuis des millénaires !

En 2000, Google, une micro-entreprise créée deux ans auparavant, quittait son garage pour déménager à Palo Alto. En 2019, la Terre entière et ses Terriens sont googlisés. La société vaut 1 194 milliards de dollars en bourse et compte 85 000 employés.

Il y a vingt ans, Facebook n’était… pas né. Et un post-adolescent de 16 ans, Marc Zuckerberg, bricolait son ordinateur pour le connecter avec ceux de son papa. Aujourd’hui, son tentaculaire trombinoscope est un empire de 3 milliards d’utilisateurs qui lui offrent leurs faits et gestes, désirs et relations. Gratuitement.

Mais, heureusement, tout n’est pas noir carbone.

Face à ces vertigineuses croissances, ces vingt dernières années ont été aussi celles d’étonnantes avancées sur le front de la transition énergétique. Il y a vingt ans, presque personne n’imaginait que l’on puisse réaliser des maisons passives n’ayant quasiment plus besoin d’équipement de chauffage. Aujourd’hui, la Passive House Database comprend 5 020 références, de la simple villa au bâtiment de 47 000 m2.

En 2000, le coût actualisé* du photovoltaïque était de l’ordre de 750 $/MWh. Il est aujourd’hui de seulement 68 $/MWh selon l’Irena, contre 155 $/MWh pour le nucléaire… L’éolien produisait en France 80 GWh, soit 0,015 % de la production française sur l’année 2000. En 2019, le vent a produit 7,2 % de notre électricité, l’équivalent de cinq réacteurs nucléaires du parc français.

Il y a vingt ans, imaginer que l’on puisse parvenir un jour à la neutralité carbone en 2050 vous faisait passer pour un doux illuminé. Aujourd’hui, États-Unis, Chine, Japon et 27 États de l’Union européenne se sont engagés sur cet objectif.

Les intelligences de la transition énergétique

Des trois intelligences qui structurent la transition énergétique, deux ont dès à présent gagné la partie, même si quelques dinosaures du monde d’avant leur font une vaine guerre d’usure : l’efficacité, c’est-à-dire l’intelligence sur les équipements, et les renouvelables, l’intelligence sur la ressource.

Reste la troisième intelligence, celle de nos usages et de nos modes de vie : la sobriété. Encore mal comprise, caricaturée, renvoyée au temps des anachorètes et des calèches à cheval, elle est pourtant notre pédale de frein dans la vertigineuse course du monde. Un monde non en panne d’essence, comme on l’a cru il y a vingt ans, mais bien en panne de sens commun.

*Le coût actualisé est le rapport entre le coût complet d’une énergie (investissement, exploitation et fin de vie) sur l’énergie totale produite durant la vie de l’équipement.

Retrouvez de brefs « tweets d’humeur » avec #Thierry Salomon

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