À Mayotte, l’urgence de réutiliser pour reconstruire
abonnés
Par Aurélie Cheyssial
Publié le 28 mai 2026
Mayotte
Plus d’un an après le passage du cyclone Chido, la reconstruction de Mayotte tarde. Face à l’urgence, artisans et architectes expérimentent une solution simple et locale en bois.
Des milliers de maisons de Mahorais sont toujours éventrées, sans toit, sans solutions. On manque de tout : de bois, de tôle, de quincaillerie... D’argent, qu’il vienne de l’État, des collectivités, des assurances ou des prêts bancaires, juge Attila Cheyssial, architecte associé de l’agence Harappa, à l’origine d’un système d’ossature léger pour la reconstruction de l’habitat populaire de cette île baignée par l’océan Indien, département d'Outre-Mer français. Le système « Z » n’est pas de l’architecture, c’est un composant, au même titre que le serait un parpaing. Le but est de concevoir des angles contreventés dans tous les sens, à partir de matériaux disponibles localement et très simples à mettre en œuvre. »
Un élément de bois démontable
Ce composant, dit « Z », est une sorte d’échelle en bois contreventée indéformable de 1 m de largeur et jusqu’à 4,5 m de longueur. Elle n’utilise qu’une seule section de bois de 8 x 8 cm, particulièrement courante à Mayotte. Nécessitant uniquement des outils courants tels que des scies, marteaux, perceuses-visseuses, sa mise en œuvre comme son assemblage par clouage, boulonnage, plaque métallique sont volontairement simples et à la portée de citoyens ou de travailleurs non spécialisés. L’association de deux premiers « Z » forme un angle rigide (voir photo p. 67 en haut à droite) capable de supporter plancher et charpente. Les « Z » s’assemblent ensuite à l’horizontale et à la verticale pour former une ossature en bois, le bardage renforçant aussi le contreventement.
Il est ainsi facile de créer rapidement de petites constructions de 13 à 20 m2 au sol et d’un à deux niveaux, adaptées aux terrains en pente, aux contraintes sismiques et cycloniques rencontrées sur l’île. À l’origine, le système a été imaginé par l’agence comme une alternative à l’éradication des bidonvilles. Faits de tôle et de bois, souvent sans eau courante ni électricité officielle, ces quartiers sont loin d’être marginaux, car ils abritent près de 40 % de la population de l’île.
Plutôt que de pousser les familles à s'éparpiller sur de nouveaux terrains inadaptés, en attendant le réaménagement de la zone, l’idée est de restructurer le bidonville sur lui-même. En déplaçant certains habitats ou en passant en R+1, l’architecte juge qu’il est possible de gagner « près des trois quarts de l'espace pour les constructions prévues ».
Conçu pour être démontable et robuste, ce système est économe en bois et peut être habillé par les habitants eux-mêmes avec des matériaux issus du quartier détruit par le cyclone. L’agence le propose sous la forme d’une « autoconstruction-finition encadrée ». « Cette approche est adaptée à l’économie du bidonville. Elle offre, en attendant la reconstruction, des baraquements sommaires dans lesquels les gens sont en sécurité. Ça permet aussi de travailler avec une population trop souvent invisibilisée », souligne Attila Cheyssial.
S’abonner pour avoir accès à l’ensemble de nos articles
Abonnement numérique à partir de
48,00 €/an
Déjà abonné ? Se connecter
Sur le même thème
-

Biosourcée et bioclimatique, s’inspirer de la Kaz créole
Au village de l’Entre-Deux, dans le sud de l’île de La Réunion, l’office de tourisme encourage la (re)découverte des kaz créoles.
-

Volée de bois vert pour la construction
Le précepte commun impose que le bois de construction soit sec. Pourtant, la reconstruction de Notre-Dame-de-Paris et les disponibilités fluctuantes les ont imposées comme option : les techniques de construction en bois vert ont toute leur place dans l’éventail des possibles.
-

Hausse du prix du bois, les issues et alternatives
Depuis deux ans, les prix du bois de construction explosent et les délais d'approvisionnement s'allongent. Face à ce phénomène, faut-il reporter son projet, renoncer au bois ou trouver une alternative ?

