Boulange solaire pour pain local

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Par Manuel Sanson

Publié le 12 avril 2023

2 minutes de lecture


Rouen (76)

Près de Rouen, en Seine-Maritime, un ingénieur de formation fabrique du pain au levain biologique et torréfie des graines locales à l’aide d’un four alimenté exclusivement par l’énergie du soleil normand.

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En plus de la rotation qui suit le soleil, les miroirs peuvent être inclinés pour jouer avec les reflets et régler la température du four. ©Manuel Sanson

Dans la campagne normande, une cour dévoile un corps de ferme rénové à proximité de la forêt et une étrange machine, alliance de métal et de miroirs orientés vers l’astre solaire. Ce jour-là, le soleil est dissimulé derrière un épais voile nuageux. « Ça doit se lever à midi », lance Arnaud Crétot, propriétaire des lieux et du matériel, en consultant la météo agricole sur son téléphone portable. Aujourd’hui jeudi, c'est jour de pain, et l’ensoleillement joue un rôle fondamental dans le métier d’Arnaud Crétot. Au total, il va cuire entre 110 et 130 pains par fournée de 45 minutes. Il y a environ quatre ans, cet ingénieur de formation s’est lancé dans l'activité d’artisan boulanger bio. Avec une spécificité unique en Europe à l’époque : celle de faire cuire son pain au levain à l’aide d’un four fonctionnant exclusivement à l’énergie solaire. L’étrange machine répond au doux nom de Lytefire Deluxe, elle a été développée par Solar Fire, une entreprise finlandaise pour laquelle Arnaud Crétot officie en tant que directeur technique. Montée sur un châssis, la machine peut être tractée, ou non. Les jours de cuisson, elle est conçue pour pivo- ter et ainsi rester dans l'alignement des rayons du soleil.

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Pour sa boulange et sa torréfaction solaires, Arnaud Crétot a opté pour un four solaire d'environ 7 kW. ©Manuel Sanson

11 m2 de miroirs capteurs

Ce four solaire comprend 11 m2 de miroirs rectangulaires directement orientés vers le soleil. Lorsque les rayons frappent, ils sont réfléchis vers la vitre du four en inox et permettent de faire grimper la température pour y cuire du pain, mais aussi des graines. « Sur le point focal [là où frappent les rayons du soleil réfléchis, ndlr], on atteint 900°C. À l’intérieur du four, je monte la température jusqu’à 300°C », détaille l’artisan boulanger de 34 ans qui a élargi son activité à la torréfaction de multiples graines bio acquises auprès d’agriculteurs ou de coopératives locales. « Je ne torréfie que des graines de la région », précise Arnaud Crétot, qui dit vouloir « promouvoir les circuits courts et la sobriété énergétique ».

Épices de lin, café de lentilles vertes, ou encore graines apéritives et barres de céréales composent, entre autres, la production de sa marque appelée NeoLoco. Hébergé par la Scop 276, Arnaud est salarié via cette coopérative d'activité et d'emploi basée à Rouen. Actuellement construit en Normandie, un four de la puissance de celui d'Arnaud est vendu 32 000 € HT. Un autre modèle, com- prenant 5 m2 de miroirs, est vendu à partir de 23 500 € HT. Avec son four, Arnaud fabrique environ 130 kg de pain par semaine et torréfie près de 5 t de graines par an. Le pain est distribué en vélo électrique avec remorque, dans différents magasins de producteurs situés dans un rayon de 20 km autour de chez lui. Les graines torréfiées, elles, sont commercialisées sur Internet et dans plusieurs dizaines de points de vente répartis en Normandie.

Arnaud Crétot devant la porte du four solaire
Le four utilisé fonctionne par convection. La puissance du rayonnement solaire qui lui parvient, après avoir été reflété dans les miroirs, est centuplée. ©Manuel Sanson

"À l’intérieur du four solaire, je monte la température jusqu’à 300°C."

L'INGÉNIEUR et le four

« L'ingénieur doit trouver des solutions pour résoudre les problèmes qui se posent à la société. Je me suis rendu compte que la plupart des ingénieurs travaillent en réalité pour des entreprises qui font partie de ce même problème. » Arnaud Crétot, petit-fils d’agriculteur, a grandi à Quincampoix, non de loin de Rouen, et est diplômé de l’école Polytech Nantes, en thermique énergétique. Après ses études, il a rapidement bifurqué en fondant notamment une association, les Vagabonds de l’énergie, pour aller visiter le monde et sa diversité d’expériences énergétiques. À l’occasion d’un passage en Inde, il découvre un premier prototype de four solaire élaboré par l’entreprise Solar Fire en même temps qu’il commence à travailler pour le compte de cette même société en tant que « chargé de la conception des machines ». S’il a pris le large en lançant son activité d’artisan boulanger, ce père de deux enfants collabore toujours avec la société pour faire grandir la communauté d'utilisateurs du four solaire.

Arnaud Crétot devant les miroirs réfléchissants
Pour que son four pivote facilement, Arnaud a réalisé un arc de cercle en béton sur lequel reposent les roues qui supportent le cadran et ses 11 m2 de miroirs. ©Manuel Sanson

Artisanat local et solaire

« L’idée de départ était de développer une activité artisanale adaptée au monde de demain, c’est-à-dire sans avoir recours à des énergies fossiles », présente Arnaud Crétot. Si la machine dont dispose l’ingénieur boulanger a été fabriquée par un sous-traitant industriel havrais spécialement missionné par la société Solar Fire, un plus petit modèle à autoconstruire existe également. « À condition de savoir souder », prévient le fondateur de NeoLoco.

Outre la sobriété énergétique, le four solaire présente plusieurs avantages par rapport à un four à bois traditionnel. « Vous n’avez pas le coût de la matière première et toute la manutention liée aux bûches. En plus, vous ne travaillez pas dans la fumée », souligne Arnaud Crétot. Qui imagine déjà de futurs développements. « Il y a encore beaucoup d’applications possibles à ce type de système de chaleur dit haute température. C'est 50 % de l’énergie consommée dans l’industrie. »

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© SOLAR FIRE

Résoudre le défi climatique

D’emblée, le boulanger solaire tient à battre en brèche une idée reçue. « On peut développer une activité artisanale à base d’énergie solaire, au nord de la Seine. L’ensoleillement y est suffisant, même en hiver. Il suffit de s'organiser en fonction de la météo, explique Arnaud Crétot, tee-shirt noir blanchi par les farines et lunettes de soleil sur le crâne. Il faut avoir à l’esprit que dans mon activité artisanale, les tâches énergivores [la cuisson, ndlr] ne représentent qu’une petite part de l’activité totale. » Avant de commander sa propre machine, l’ingénieur a testé son projet avec un four plus modeste de 5 m2 déjà utilisé en Inde et en Afrique.

Désormais, son activité de boulanger-torréfacteur est pérenne. « Je vis de ce métier et j’emploie un salarié à temps plein, détaille Arnaud Crétot. Nous avons prouvé qu’il existe des modèles d’entreprises viables basés sur le solaire. » Depuis son lancement, d’autres artisans torréfacteurs ont emboîté le pas en s’équipant avec la même machine dans le massif du Pilat, à l'est du Massif central, et à Le Barcarès dans les Pyrénées-Orientales.

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