Zones Fugacement Ecolo

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Par Thierry Salomon

Publié le 28 mai 2026

2 minutes de lecture


Les faits sont à présent bien documentés : les travaux épidémiologiques montrent qu'en France environ 40 000 décès par an sont imputables à la pollution de l'air. Vous avez bien lu : 40 000 morts par an parmi les plus fragiles, personnes âgées, femmes et enfants ! En une seule année tous les habitants de Sète, Brive ou Saint-Brieuc décédés prématurément pour avoir simplement respiré. 40 000 morts dans un pays en paix, la France, un nombre supérieur à celui des militaires et civils ukrainiens morts chaque année victimes d’une guerre abjecte…

Plusieurs milliers de ces décès sont liés spécifiquement au trafic routier, les particules fines (PM10 et PM2,5) et le dioxyde d'azote (NO2) causant de lourdes pathologies cardiovasculaires et respiratoires. Face à ce terrible constat, on pourrait penser que nos députés et sénateurs applaudiraient à la mise en place de zones à faibles émissions, les fameuses ZFE. Totale erreur : ciblées subrepticement dans la loi dite de « simplification », les ZFE ont été tellement bien « simplifiées » qu’elles ont été supprimées sans autre forme de procès ni aménagement possible. Exit les 11 ZFE déjà existantes et la trentaine dont la mise en place était patiemment en cours, Zones Fugacement Ecolo devenues honnies, puis exécutées légalement sous les vivats des lobbys de la bagnole.

Nouvel abandon de la prévention de la santé publique au profit du court terme. Victoire des discours démagogiques sur l’écologie dite « punitive », alors que, justement, les ZFE avaient pour but d’éviter de punir ceux qui respirent un air pollué par le trafic routier. Incapable de respecter en 2030 la directive européenne sur la qualité de l’air, la France subira donc des amendes considérables dont seront in fine punis les électeurs contribuables.

Bref, on supprime le remède mais en gardant le poison. Après tout, encore plus de grosses bagnoles et de camions diesel, donc encore plus de cancers à soigner, c’est excellent pour le PIB. Et de nombreux décès prématurés, c’est parfait pour diminuer les charges des pensions de retraite !

Bien sûr, certains argumenteront que les ZFE pénalisent tous ceux qui n’ont pas d’autre alternative que la voiture et n’ont pas les moyens d’en changer pour un véhicule moins polluant. Certes, mais croît-on vraiment qu’en enterrant les ZFE cette situation va changer ? La mise en place volontariste des ZFE aurait au contraire impulsé une forte demande de véhicules à très faibles émissions et boosté les solutions alternatives (tram-train, covoiturage, taxis collectifs). Une forte demande à laquelle nos deux constructeurs mondiaux pourraient répondre par une offre de petits véhicules électriques urbains légers, à des prix réduits par un bonus gouvernemental correctement ciblé.

Autre mesure possible : la généralisation des recharges de jour photovoltaïques dans les parkings extérieurs ou dans les entreprises pourrait réduire à presque rien le poids du carburant sur les véhicules ainsi rechargés… « Punitif », vraiment ?

Résultat de cet ubuesque gâchis : les automobilistes persisteront à utiliser des engins obèses pesant 25 fois le poids du conducteur. Et les ménages modestes se résigneront à prendre leurs vieux diesels, empoisonnant un air dont ils seront les premières victimes.

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