Toulouse à l’école du réemploi
abonnés
Par Franck Turlan
Publié le 30 juillet 2026
Toulouse (31)
Ici un radiateur en fonte « vintage » refait à neuf, là un antique plancher en bois massif transfiguré en banc d’accueil… Pour qui a l’œil aiguisé, l’âme de l’ancienne école toulousaine Bénézet subsiste dans sa version rénovée, inaugurée à la rentrée 2025.
Et pour cause, près de 12 t de matériaux ont été réemployés sur place ! Une économie de ressources qui s’avère aussi intéressante du point de vue financier : la Ville de Toulouse revendique avoir économisé 45 000 € HT sur un budget total de 5,7 millions d’euros et généré l’équivalent d’un mi-temps supplémentaire pour les entreprises locales via ce prisme « économie circulaire ».
La réhabilitation à l’identique de cet ancien bâtiment des années 1960 ayant été écartée car il fallait transformer totalement un étage jusqu’à présent habité, il n’était pas non plus question de le détruire. Le « déconstruire », recycler les matériaux et, si possible, les réemployer sur place ou dans des chantiers locaux a donc été privilégié. L’occasion d’intégrer ce chantier au projet européen Life intitulé Waste2Build*, porté par la Métropole de Toulouse depuis 2021.
Apprendre dans le BTP
Une histoire aussi d’éducation et d’apprentissage pour le secteur du bâtiment : « Le principal frein est culturel, estime Jérémie Bernard, coordonnateur du projet européen. Ça contourne le modèle économique des entreprises. D’habitude, elles établissent leurs devis en intégrant une marge sur la fourniture de matériaux neufs. Là, on sort de cette logique de consommation. C’est difficile au début. Les chefs d’entreprises étaient dubitatifs, voire hostiles, certains estimant qu’on allait complexifier le seul endroit où c’est encore assez simple : le côté "catalogue" de l’élaboration de leurs prix. Aujourd’hui, des entreprises présentes sur ce chantier proposent d’elles-mêmes le réemploi ailleurs… C’est une grande satisfaction. »
Dans son cahier des charges, aligné sur les objectifs du projet Waste2Build, la collectivité ambitionnait un minimum de 85 % de valorisation matières et déchets, qui englobe recyclage et réemploi. Soit 15 % de plus que la réglementation. À l’arrivée, sur l’école Bénézet, la valorisation globale dépasse 96 % et le taux de réemploi 4,5 %. Ce très bon résultat est le fruit de l’émulation créée par le projet européen qui, à travers 58 chantiers sur la métropole ces cinq dernières années, a boosté l’écosystème local de l’économie circulaire dans le bâtiment.
Avec une plateforme numérique mettant concrètement en lien – sous l’aspect « catalogue » – les entreprises ayant des besoins « d’approvisionnement local à moindre impact carbone » et celles qui préfèrent donner ou vendre des ressources (matériaux de déconstruction, surplus de chantier, fin de stocks...) plutôt que de payer pour le traitement de ce qu’elles considéraient peut-être jusqu’alors comme des déchets. Pour l’école Bénézet, 25 « boucles locales de réemploi » ont ainsi vu le jour au cours du chantier.
S’abonner pour avoir accès à l’ensemble de nos articles
Abonnement numérique à partir de
48,00 €/an
Déjà abonné ? Se connecter

