Quel isolant après avoir éradiqué la mérule ?

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Publié le 29 janvier 2026


Je rénove une maison dans l'Orne dans laquelle nous venons de découvrir, à l'issue des démolitions préalables, une colocataire dont nous nous serions bien passés : la mérule pleureuse. Auriez-vous des conseils avisés quant au risque de mise en œuvre d'isolants à base de lignine une fois le champignon traité (nous envisageons du chaux-chanvre projeté, mais cela est valable aussi pour la ouate de cellulose, la laine de bois...) ? Est-il vrai qu’il faut à tout prix éviter des isolant ligneux et privilégier un doublage ventilé, ce qui oriente tout de suite vers d'autres types de matériaux (Placo, laine minérale…) ? Clément D.

Réponse d'Olivier Honnet, architecte et expert technique, collaborateur occasionnel de justice (76)

La mérule se développe quand certaines conditions sont réunies : humidité, obscurité et confinement. Un taux d’humidité de 20 % dans le bois est suffisant pour la voir proliférer, soit un taux assez faible. Et elle apparaît dès 14 ou 15°C, bien qu’elle apprécie particulièrement les températures autour de 22°C. En fait, la mérule n’a même pas besoin de matériaux ligneux pour se développer, ni même de biosourcés, tant qu’elle trouve des nutriments. On a déjà vu des cas de mérule sur des plaques de plâtre ou des supports maçonnés, dans les joints d’un mur de pierre… Donc il ne faut pas se focaliser sur le végétal.

De plus, à partir du moment où la mérule a été traitée, on peut considérer qu’elle est totalement morte : les spores ne vont plus se propager dans le bâtiment. Il est donc tout à fait possible de remettre n’importe quels matériaux pour la structure ou l’isolation de votre maison. En revanche, avant de les mettre en œuvre après le traitement, il faudra s’assurer d'avoir résolu tout problème d’humidité : assécher la pièce, restaurer l’étanchéité et la ventilation. Autrement, il est tout à fait possible que la mérule revienne. Prêtez une attention particulière aux remontées capillaires, infiltrations, fuites ou encore à la condensation.

Après avoir fait face à une infestation de champignon, il est normal d’avoir peur de remettre des matériaux biosourcés, il y a comme un blocage psychologique. Si vous avez le moindre doute sur l’efficacité du traitement, je conseille de faire appel à un maître d’œuvre qui a une bonne connaissance des champignons, pour qu’il puisse faire un état des lieux rigoureux de votre bâti avant de vous lancer dans les travaux. D’une manière générale, il vaut mieux informer votre futur maître d’œuvre qu’il y a eu de la mérule.

Bien qu’il n’existe à ce jour, à ma connaissance, aucun document scientifique ou technique sur le comportement à adopter après traitement de la mérule, les professionnels du bâtiment ont des retours d’expériences sur parfois plusieurs dizaines d’années. Grâce à cela, nous pouvons affirmer qu’il est possible – et heureusement – de reconstruire un bâtiment après mérule. Pour ma part, en tant qu’architecte et expert technique, collaborateur occasionnel de justice, j’ai rencontré plusieurs exemples. Et puisque les problèmes d’humidité ont été chaque fois résolus, la mérule n’est pas revenue, même après 10 ans et malgré l’usage de bois ou d’isolation biosourcée.

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