Petits Pas sur l’Énergie

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Par Thierry Salomon

Publié le 26 mars 2026

2 minutes de lecture


Petits Pas sur l’Énergie

Le sigle « PPE » a fait récemment l’actualité. Rien à voir avec le Parti populaire européen ni la Prime pour l’emploi : la PPE est la « Programmation pluriannuelle de l'énergie », un document qui fixe une trajectoire pour le mix énergétique et les priorités d'actions pour atteindre les objectifs fixés par la loi, dont la fameuse neutralité carbone en 2050. Après la PPE1 2016 à 2018, puis la PPE2 2019 à 2023, on attendait une PPE3 2024 à 2028 puisque la loi impose une révision tous les cinq ans. Or, elle vient juste d’être promulguée le… 12 février 2026. Deux ans de tergiversations, deux ans d’épais brouillard au grand dam de tous ceux qui, en matière d’énergie, ont besoin de visibilité à court, moyen et long termes, à tel point que certains l’avaient rebaptisée « Programmation possiblement enterrée »… Un attentisme coupable qui a laissé la part belle à d’ahurissantes propositions de moratoires et à de violentes attaques d’inspiration toute trumpiste.

On espérait donc un texte fort, une feuille de route sur cinq ans en parfaite cohérence avec une trajectoire de long terme. Or, la lecture du document de la PPE est une succession d’étonnements sur ce qu’on n’y trouve pas.

Premier étonnement, sur le nucléaire. Un sujet considérable, structurant pour bien plus d’un siècle puisque la PPE3 confirme six EPR2 et en envisage quatorze. Or, le nucléaire n’a droit qu’à quelques pages et un vague schéma sur le parc existant. Aucune courbe prospective, pas de programmation précise, rien sur la modulation de la production ; le nucléaire reste en France un dogme. Un dogme qui ne peut être contesté que par des hérétiques.

Deuxième étonnement, sur la consommation d’électricité. Celle-ci reste stable, infirmant les projections des illusionnistes qui n’imaginent comme perspective qu’un quasi doublement de la production électrique. Or, selon la PPE3, puisque cette consommation d'électricité sera plus faible demain que ce qui était envisagé, cela implique de ralentir le développement des énergies renouvelables ! Un argument particulièrement spécieux : la stabilité résulte en réalité d’un relatif équilibre entre une diminution d’énergie grâce à la sobriété et l'efficacité, et une augmentation liée au nécessaire basculement des usages utilisant les combustibles fossiles vers l’électricité.

L’actuelle stabilisation est donc une excellente nouvelle : elle permet d'avoir un peu plus de temps pour effectuer la grande mutation du système électrique vers les énergies renouvelables… à condition de ne pas en ralentir le rythme !

Troisième étonnement, sur le stockage de l’électricité, élément essentiel pour gérer la flexibilité du système électrique face à la croissance des renouvelables et aux variations entre production et consommation. Cette technologie est en pleine révolution. La baisse des coûts est spectaculaire et on commence à implanter des systèmes hybrides où la production photovoltaïque est associée à un stockage permettant d’assurer une fourniture sur le réseau lors des consommations de fin de journée. Or, aucune mention sérieuse dans le document de la PPE3 sur le stockage, aucune cible nationale, nulle mesure réglementaire ou financière dans un document pourtant programmatique.

Trois motifs d’étonnements sur trois absences d’analyses sérieuses. Cette Poussive Programmation Énergétique se révèle Particulièrement Peu Éclairante.

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