Peindre son toit en blanc, vraie arme anti-chaleur ou chou blanc ?
Par Aurélie Cheyssial
Publié le 22 mai 2024
Repeindre la canopée de nos forêts de toits urbains en blanc pour lutter contre la chaleur, l’idée n’est pas si folle. Solution simple, économique et low cost, cette pratique peut-elle vraiment lutter contre la surchauffe de nos logements ?
Exposé aux rayons du soleil, un corps sombre (albédo faible) s’échauffe plus qu’un corps clair (albédo fort). De ce principe simple est né le cool roofing. Issu de l’anglais « cool », pour frais, et « roof », pour toit, le concept consiste à repeindre des toitures en blanc avec un revêtement réflectif liquide, comme cela est pratiqué avec la chaux sur la terre ou la pierre en Grèce. Alors qu’une toiture foncée peut atteindre 80°C en plein soleil, se transformant alors en un puissant radiateur rayonnant, un matériau de couverture ainsi traité ne s’échauffe pas et reste à température ambiante.
« La solution a été pensée et s’emploie aujourd’hui dans plus de 95 % des cas pour les grandes toitures plates recouvertes de membranes bitumineuses des zones industrielles et commerciales et répond aux problématiques de ces bâtiments souvent très mal isolés. Sur cette clientèle d’entreprise sont venus se greffer des propriétaires de maisons ou d’appartements en quête d’une solution économique pour se prémunir de la chaleuvr », explique Maxime Bourassin. Émilie Proyart fait partie de ces cas. Habitant à Colombes (92) une maison en R+2 dont le deuxième étage, une extension pourtant récente et isolée, sous un toit mansardé en zinc, était inhabitable l’été en raison de la surchauffe. « La peinture a été appliquée fin mai. Quand les chaleurs sont arrivées, nous avons senti la différence, avec une diminution de 8°C à l’étage par rapport à l’été précédent », se félicite-t-elle.
Nous avons senti la différence, avec une diminution de 8°C à l’étage par rapport à l’été précédent.
Solution miracle ou mirage ?
Faut-il y voir la solution low cost à tous nos problèmes de surchauffe et une alternative sérieuse à la climatisation ? « Il est impossible de généraliser, car tout dépend de ce qu’il y a dans le complexe de toiture, et comment se caractérise le problème de surchauffe. L’inconfort d’été provient le plus souvent des surfaces vitrées et, dans les immeubles de bureau, des process que l’on a à l’intérieur du bâtiment. Un faux-plafond ou des combles perdus peuvent ainsi suffire à contrer le rayonnement, et la pose d’un cool roof n’a alors que peu d'impacts », prévient Pascal Lenormand. L’effet est spectaculaire dans un garage, une véranda, un entrepôt et sur toutes les toitures pourvues d’une isolation sommaire où le toit contribue majoritairement au phénomène de surchauffe. « D’une manière générale, cela fonctionne relativement mal dans les maisons où la chaleur qui s'accumule dans les combles isolés provient généralement des surfaces vitrées, notamment les fenêtres de toit, mal protégées du rayonnement solaire », prévient-il.
Inquiétude n°1 : savoir si cette solution pourrait augmenter les consommations de chauffage en hiver, annihilant par là même la baisse des consommations liées à la climatisation, moins gourmande en énergie. « En moyenne, sur 200 simulations que j’ai réalisées, on peut estimer que la peinture réflective réduit trois fois plus la demande en rafraîchissement qu’elle n’augmente la demande en chauffage. Le bilan global est donc positif lorsque les besoins de chauffage et de rafraîchissement sont sensiblement équivalents. Si le cool roof augmente la consommation de chauffage, c’est qu'à la base, il y a un problème de conception du bâtiment. Avant de se poser la question des consommations de climatisation, il faut d’abord veiller à réduire ses besoins en chauffage », estime ainsi le thermicien.
Le frein des règles d'urbanisme
« La grande majorité de notre clientèle de particuliers cherche une solution pour des maisons ou des extensions de maison à toit plat, souvent en ossature bois, avec des isolants en laine minérale offrant peu de déphasage thermique », énonce Maxime Bourassin. Alors qu’une rénovation coûteuse n’est pas envisageable sur ces bâtiments qui ont souvent moins de 10 ans, cette solution peut alors contribuer à la réduction de l’inconfort. Cette sur-représentation des toits plats est liée aux réglementations actuelles. En effet, il est très rare d’obtenir l’accord des services de l’urbanisme sur des toitures en pente, car les Plans locaux d'urbanisme (PLU) n’ont pas prévu ce cas de figure et les Architectes des Bâtiments de France (ABF) y sont plutôt rétifs. Émilie Proyart sait qu’elle a eu de la chance. « Nous n’étions pas sur une zone ABF et notre mairie est écologiste. J’ai présenté le concept aux services techniques en expliquant que ça valait mieux qu’une climatisation polluante. Ils se sont renseignés et nous ont dit de faire une simple déclaration préalable. »
La solution est néanmoins acceptée pour les maisons et extensions à toits plats, car elle n’est pas visible depuis l’espace public. Le cool roofing peut en effet produire éblouissement et inconfort visuel. Vient aussi le problème de l’intégration dans l’espace urbain de toitures qui tranchent avec leurs voisines. « J’avais un peu peur aussi du côté esthétique, mais c’est joli. Les voisins s’arrêtent et à la vue du rapport bénéfice/coût, tout le monde veut faire pareil. Cela m’a coûté 8 500 € pour 100 m2 de toiture. Pour diminuer le coût, il faut essayer de profiter d’autres travaux, car l’échafaudage représente à lui seul près d’un tiers du prix sur un bâtiment de 9 m de haut », confie Émilie Proyart.
Lutter contre les îlots de chaleur urbains
Blanchir nos villes aurait un double impact sur leur rafraîchissement. En effet, les toits, les murs, l’asphalte et toutes les surfaces sombres participent à la création d'îlots de chaleur urbains. D’autre part, plus les températures montent dans les logements, plus on installe des climatiseurs qui renvoient la chaleur dans la ville. Un ensemble d’habitations aux toits blancs participerait ainsi à atténuer la surchauffe globale dans les villes. À Paris où la canopée des toitures représente le tiers de l'emprise foncière, une correction de l'albédo des toits de + 0,3 permettrait, selon l'architecte Raphaël ménard, de réduire de 10 % la chaleur solaire. Le dernier rapport du Giec, qui cite les surfaces à fort albédo parmi les différentes solutions à la main des concepteurs, prouve que l’idée fait petit à petit son chemin. Jusqu’à prescrire, demain peut-être, des valeurs de référence de l’albédo dans les prochaines réglementations environnementales.
Une palette de peintures
Le procédé semble donc répondre à de multiples problématiques rencontrées par les habitants. Pour autant, cette solution « low cost », comparée à une rénovation thermique, ne s’improvise pas. « Il ne suffit pas de barbouiller de la peinture sur un support non préparé. Il faut prendre en compte la température, le taux d’humidité dans l’air et dans le support pour s’assurer qu’il n’y ait pas de risque de décollement, que chaque couche polymérise bien », explique l’entrepreneur.
Par opportunisme, de nombreux fabricants de peintures se sont lancés sur ce marché encore confidentiel il y a quatre ou cinq ans. Difficile alors de faire un choix entre les procédés proposés. Un produit Cool Roof est d’autant plus efficace que son SRI, indice de réflectance solaire, est important. La plupart sont au-dessus de 100 et renvoient jusqu’à 95 % des UV et des infrarouges dans l’atmosphère. Mais ces performances ne doivent pas se dégrader avec le temps. « Nous proposons quatre produits différents pour s’adapter aux divers supports. Nos solutions sont ensuite protégées de l’encrassement par un vernis qui évite que la pollution pénètre la peinture et qu'elle soit en partie lavée par les pluies. »
Pour autant, demeure l’inquiétude sur les pollutions engendrées. « Contrairement à une peinture acrylique ordinaire, nous ne mettons pas de biocides dans nos systèmes. Le vernis protège et évite à la peinture de s’abîmer, de fariner et de se dégrader dans le temps par l’action des mousses et lichens. On a réalisé une étude des eaux de ruissellement. Aucun polluant (type PFAS), ni traces de peinture dans celles-ci », affirme Maxime Bourassin.
Sur ce même principe, la société Cool Roof propose quant à elle des solutions réflectives biosourcées, à base de coquilles d’huîtres qui contribuent à limiter l’impact environnemental de la fabrication du matériau. L’entreprise met aussi à disposition des particuliers sa formule du CoolRoofDIY*. À base de bicarbonate de soude, de caséine, de poudre de marbre, cette solution éphémère et nettoyable ne coûte qu’environ 3 € TTC/m2 mais elle s’efface ou laisse des traces en cas de fortes pluies. Le gérant de Cool Roof conseille pour sa part de la renouveler tous les ans.
Notes
*Pour 5 m2 : 125 g de caséine en poudre + 70 g de bicarbonate de soude + 730 g d'eau/2,5 kg de carbonate de calcium + 715 g d'eau.








