Le village facteur 4
Par Thierry Salomon
Publié le 30 juillet 2026
En six ans, Montbazin a réduit de 56 % les consommations énergétiques de ses bâtiments publics. Sobriété, rénovation et énergies renouvelables : un modèle inspirant de transition énergétique locale.
Le village facteur 4
Montbazin est un charmant village entre Sète et Montpellier. Pas encore péri-urbanisé par la métropole, il a gardé le charme de ces villages languedociens dont le vieux centre est remarquablement adapté aux fréquentes canicules. Lors des élections de 2020, la municipalité a été renouvelée par une équipe animée par des personnes engagées sur la biodiversité, l'écologie et la transition énergétique. Le nouveau conseil s'est alors mis à l’œuvre. Six ans plus tard, les résultats sont éloquents : les économies d'énergie réalisées sur les bâtiments municipaux et sur l'éclairage par rapport au début du mandat sont de 56 % ! Pourtant, la commune ne dispose que de faibles moyens. Et aucune proche centrale nucléaire ne lui permet de recevoir une juteuse manne providentielle, laquelle aurait d’ailleurs tué dans l’œuf tout effort de sobriété énergétique.
Comment Montbazin a-t-elle obtenu un résultat aussi remarquable ? Eh bien avec méthode, celle des trois piliers de la démarche négaWatt :
• Sobriété : extinction nocturne de l’éclairage public ; optimisation des régulations (chauffage, ventilation) pour mieux correspondre aux usages réels ; sensibilisation auprès des usagers des bâtiments communaux sur les écogestes au quotidien.
• Efficacité : rénovation de la mairie et de l’école, avec la création d’un îlot de fraîcheur par désimperméabilisation et végétalisation des cours ; remplacement des luminaires par des modèles performants et sobres du point de vue de la biodiversité.
• Renouvelables : 160 m2 de panneaux solaires équipés sur la salle polyvalente par une coopérative citoyenne, « En Volt Toit ». En contrepartie de la mise à disposition de la toiture, la commune perçoit une redevance dont la moitié est réinvestie dans des travaux de rénovation énergétique.
Bien sûr, des nostalgiques ont voulu revenir sur la coupure de l’éclairage nocturne ou la baisse de température de chauffage dans les locaux. En 2026, la liste du maire sortant a été réélue par le score sans appel de 59 % des voix. Avis aux candidats : dénigrer l’écologie comme punitive risque de vous punir vous-mêmes !
Ce n’est pas tout. D'autres opérations sont prévues : une pompe à chaleur géothermique dans l'école et une installation photovoltaïque de 80 kWc en autoconsommation collective sur le patrimoine communal. Ces actions pourraient porter la réduction à 76 % par rapport à 2019. On atteindrait ainsi le fameux « facteur 4 » (- 75 %) sur les consommations d'énergie, le niveau cohérent avec une stabilisation du climat.
Bien entendu, pour obtenir un tel résultat il faut vaincre toutes les excellentes raisons de ne rien faire, celles de la litanie du « trop » : trop cher, trop compliqué, trop lent, trop risqué. Un projet de transition énergétique réussi est finalement comme un tabouret à trois pieds : il faut des élus volontaristes accompagnés de personnes expertes, une maîtrise d'œuvre qui joue le jeu, des pouvoirs publics qui accompagnent les investissements nécessaires, ce qui a été le cas avec l'Ademe, la Région Occitanie, l’Agglo de Sète et le Fonds vert. Si l’un des trois pieds est trop faible, le tabouret dérape et le projet, perdant son assise, tombe par terre.
Montbazin disposait d’un tabouret aux trois pieds solides. Mais pour réussir il a fallu aussi bosser dur, car [comme le dit une citation attribuée au coiffeur américain Vidal Sassoon, ndlr] « le seul endroit où le succès précède le travail est dans le dictionnaire ! ».

