La bouilloire et la passoire
Par Thierry Salomon
Publié le 30 septembre 2026
Quel été ! Des méga-feux jusqu’en Bretagne et à Fontainebleau, une sécheresse intense et des canicules qui n’en finissent pas. Il aura fallu que, tels Saint-Thomas, nous souffrions des stigmates du changement climatique pour prendre (temporairement ?) conscience d’une alternative : poursuivre dans l’insouciance mortifère des fossiles faciles ou s’engager dans une bifurcation courageuse mais vitale, et que tout attentisme rendra de plus en plus difficile.
Il aura fallu aussi cet été torride pour que les médias couvrent et nos politiques découvrent ce que l’on savait depuis 25 ans : nos logements ne sont absolument pas adaptés aux épisodes caniculaires. Les « passoires thermiques » en hiver sont dès lors devenues des « bouilloires thermiques » en été. Une appellation reprise partout, simple, efficace, communicante… et totalement fausse !
Le terme « bouilloire thermique » n'a en effet absolument aucun sens physique pour désigner les surchauffes estivales de nos logements et de nos bâtiments. C'est même un parfait contresens : une bouilloire est évidement constituée de parois étanches alors que le problème vient justement du fait que les parois des logements en surchauffe ne le sont pas, laissant passer la chaleur extérieure.
Une bouilloire est mise en chauffe par une source unique de chaleur située sous elle, or les sources de chaleur estivale sont au nombre d’au moins sept et aucune n’est située sous la maison : un ensoleillement mal occulté, la chaleur rentrant par conduction par les murs et toitures, les ponts thermiques, l’air chaud extérieur rentrant par des ouvertures, le dégagement de chaleur des appareillages, la chaleur émise par les occupants et enfin, en milieu urbain, le phénomène d’îlot de chaleur. Une bouilloire a aussi pour but de faire bouillir de l'eau : nos logements et leurs occupants ne rentrent heureusement pas en ébullition !
Rien à voir, donc, avec une « bouilloire thermique ». D'où vient ce terme ? Utilisé pour la première fois par la Fondation Abbé-Pierre en 2023, il a refait surface en 2024 dans son rapport « Logements bouilloires : le degré zéro de l'action publique ». Depuis, il a continué avec succès sa vie médiatique jusqu’au débat parlementaire sur le projet de loi Logement.
Faut-il dès lors continuer à l’employer ? Non. Car mal nommer les choses, c’est renoncer à faire preuve d’un minimum de pédagogie pour expliquer pourquoi un logement surchauffe, seule façon de sensibiliser les occupants à des solutions simples avant de se précipiter à tout climatiser. Alors laissons le terme de bouilloire aux amateurs de thé et aux machines à vapeur. Et aux centrales nucléaires, ces bouilloires thermiques qui sont l’invention humaine la plus complexe, chère et dangereuse pour faire bouillir de l’eau…
D’ailleurs, du côté de Gravelines, dans le Nord, le film de cet « été meurtrier » à « 37°2 le matin » fut plutôt « l’année des méduses » lorsque quelques malicieux cnidaires se sont amusés à bloquer les unités 3 et 6 des six réacteurs de la plus grande centrale nucléaire d’Europe de l’Ouest. « Nos ennemis les plus à craindre sont souvent les plus petits », fabulait déjà La Fontaine !

