Faut-il couper le chauffage en cas d'absence ?
Publié le 26 mars 2026
Bonjour, je lis des conseils souvent contradictoires sur le chauffage des pièces inutilisées et plus précisément sur le chauffage du logement en cas d’absence. En bref, doit-on, ou non, couper son chauffage lorsque l’on s’absente de chez soi pendant plusieurs jours ? Nicolas T.
Réponse d'Olivier Sidler, expert énergétique du bâtiment, fondateur du bureau d’études Enertech, cofondateur de négaWatt
Je propose de ne jamais arrêter le chauffage. En effet, dans un immeuble il n’y a aucun risque et ça ne pose aucune difficulté technique, sauf aux voisins qui vont consommer plus pour avoir les températures habituelles (d'où mon refus éthique à le faire). Mais en maison individuelle (secteur diffus) c’est une autre affaire.
Si la maison n’a pas d'isolation et peu d’inertie thermiques, la température va chuter très vite. À la limite, si l’inertie était nulle, la température intérieure serait immédiatement égale à la température extérieure et l’économie de chauffage serait de 100 % puisque les pertes sont proportionnelles à l’écart des températures intérieure et extérieure. Si on part un mois, il est possible, en montagne, de trouver au retour une installation gelée et des radiateurs fendus. Je l’ai déjà vu. Sans être fréquent, c’est un risque. On ne sait d’ailleurs pas quand on part quelle va être l’évolution de la température extérieure. Ici [dans la Drôme, ndlr] en décembre, on est passé de 9,5°C à -8°C en dix jours.
Mais même en l’absence de gel, la question de la condensation est récurrente. Avec des températures intérieures inférieures à 15°C, on peut observer de la moisissure sur des éléments bas de l’ameublement, car il fait encore plus frais au niveau du sol ou sur des objets dans une armoire un peu isolée, etc. Qu’on se souvienne aussi que, même en l’absence de personnes dans un logement, il subsiste des apports de vapeur dans l’air, provenant soit des matériaux de construction, soit de l’extérieur en fonction des conditions climatiques et de l’étanchéité à l’air du logement. C’est ce qui se produit dans les maisons inoccupées quelques temps en Bretagne où tout le linge finit par sentir le moisi…
Si la maison comporte une forte inertie et que je coupe le chauffage, ma chaudière va être remplacée par les masses lourdes intérieures (les murs, planchers, etc.) qui vont céder leur chaleur à l’air, si bien que la température intérieure va baisser doucement. Supposons qu’au bout d’une semaine elle soit passée de 18 à 13°C avec une baisse moyenne de 3°C sur la semaine. Si la température moyenne dehors a été de 0°C, l’économie relative est simple : c’est 3/(18-0) = 17 % de ce qu’aurait été la consommation si je n’avais pas coupé le chauffage. Un logement consommant 100 kWh/m2.an de chauffage (classe C) consomme en une semaine d’hiver environ 6 kWh/m2. L’économie apparente est donc de 6 kWh/m2 puisqu’on a tout coupé, mais l’économie réelle n’est que de 1 kWh/m2 (17 % de 6 kWh/m2), soit pour un logement de 70 m2 un sac de 15 kg de granulés de bois.
Pourquoi ? Parce qu’au retour de vacances il va falloir réchauffer la masse du logement qui s’est refroidie à 13°C. Pour cela on va perdre 5 de ces 6 kWh/m2 économisés au moment de la remise en température du logement ; ils vont servir à réchauffer les masses qui avaient précisément fourni 5 kWh/m2 au logement pendant l’absence (raison pour laquelle il n’était pas à la température extérieure). L’inertie a fait un « prêt » d’énergie de 5 kWh/m2, ce qui a maintenu le logement à une température entre 18 et 13°C sans que l’on fasse fonctionner le chauffage, et au retour on rembourse ce prêt. In fine l’économie résiduelle n’est donc bien que de 1 kWh/m². Et pendant plusieurs jours le confort du logement sera… très moyen.
Le conseil est donc de ne pas arrêter le chauffage mais d’abaisser la température de 2 à 4°C selon d’où on part (celui qui est à 16°C pourra programmer 14°C). Mais il faut se méfier des températures trop basses pour les raisons évoquées précédemment, et les conséquences ne seront pas les mêmes à Chamonix, en Bretagne ou à Paris.
