15 jours et 25 000 € pour sa maison autonome

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Par Gwendal Le Ménahèze

Publié le 30 septembre 2026

7 minutes de lecture


Isère

Pour sa maison sous serre en Isère, Jean-Philippe a développé un système constructif simple, rapide, à très bas prix et visant l’autonomie. Bottes de paille porteuses et charpente en troncs bruts sont au menu.

En poussant la porte de la monumentale serre bâtie en troncs d'arbres bruts, on croit plonger dans un jardin tropical. Nous sommes en février, à 800 m d'altitude au sud de Grenoble, mais il faut vite retirer la veste et l'écharpe. À droite, quelques bêlements s'élèvent d'un troupeau de moutons et de chèvres, baignés de lumière dans cette douce chaleur. À gauche, on navigue entre les orangers, citronniers et kumquats délicieusement mûrs jusqu'à une maison carrée blottie sous ce hangar vitré. Jean-Philippe Valla nous y accueille. Paysan éleveur, cultivateur de céréales et maraîcher, il accompagne aussi occasionnellement des chantiers au gré desquels il essaime son principe constructif de « maison efficace, nourricière, rapide et facile à construire, pas chère, qui n'artificialise pas les sols, en paille porteuse et matériaux écologiques, parfaitement isolée et chaleureuse »(1).

Achevée en 2019, sa maison de 100 m² ne lui a coûté que 11 000 €, hors aménagements et équipements. Avec la hausse du coût des matériaux – « seul le prix de la paille ne bouge pas, autour de 100 € la tonne » – et sans les « méga bons plans » qu'il a dénichés (vente aux enchères du stock d'une menuiserie en faillite, rebuts d'usine, engins de manutention à disposition...), « aujourd'hui la même maison coûterait entre 20 000 et 25 000 € ». Son habitation est même autonome en eau comme en énergies.

La maison renaît de ses cendres

Avant d'en arriver là, retour en 2009. Jean-Philippe s'installe sur ce terrain nu de Saint-Paul-les-Monestiers (38). Il y érige une serre de maraîchage, sous laquelle il entrepose ses affaires. « J'ai formé au bout de la serre un cube avec quelques bottes de foin de mes moutons, posé des planches dessus, puis des bottes de foin sur ce toit. J'ai ajouté une porte, un lit et un bureau, se souvient-il. L'été, alors qu'il faisait super chaud dehors et encore plus sous la serre, c'est dans cet abri qu'il faisait le plus frais, y compris par rapport à la forêt toute proche. J'ai alors compris l'intérêt isolant de la paille. »

Il construit ensuite sa première maison sur le principe de la paille porteuse, avec de petites bottes. Bilan de l'expérience : « C'est bien chiant ! C'est fragile et tu dois planter des bouts de bois partout pour les maintenir en place. Elles ne pèsent que 15 kg mais demandent beaucoup de temps de pose et coûtent plus cher au poids. »

En 2017, la ferme brûle à cause d'un défaut des batteries chinoises achetées d'occasion pour son installation photovoltaïque et installées par mégarde à l'étage. Jean-Philippe reconstruit un hangar-serre en grumes (troncs d'arbres juste écorcés), après une formation de deux semaines à L'Atelier paysan(2) pour apprendre à bâtir en bois rond, qui « coûte quatre fois moins cher que le bois scié ».

Pour la maison qui prend place dessous, il opte cette fois pour de grosses bottes de paille, larges de 70 cm, longues de 200 à 240 cm et hautes de 120 cm. « Il suffit d'empiler deux bottes pour obtenir des murs d'une hauteur classique de 2,40 m. Certes, chacune pèse environ 300 kg, mais je n'en ai que 30 pour toute la maison et il ne faut que 2 min à deux personnes pour en positionner une et 12 min pour en découper une. Ça nécessite un engin manuscopique, mais j'ai prouvé maintes fois, vidéos à l'appui, qu'en 5 min n'importe qui, de 9 à 84 ans, est capable de le manier pour prendre une botte et la mettre au bon endroit. Oui, tu ajoutes 1 000 € de location d'engin, mais tu poses tes charges vite et en sécurité. Sans piquets de bois ajoutés, tu empiles deux bottes et tu peux courir dessus, c'est stable. Pour un autoconstructeur, c'est génial cette sécurité », s'enthousiasme Jean-Philippe, qui cherchait un système à la portée « de gens qui n'ont jamais rien construit ».

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