Avis d’expert·es : Un panel d’options pour isoler les soubassements



L’isolation des soubassements d’un bâtiment neuf ou en rénovation ne doit pas être négligée.

D’une part, cette partie basse des murs posée sur les fondations forme « les bottes » du bâtiment. Les soubassements des bâtiments neufs doivent donc « rester bien étanches pour éviter les remontées capillaires », rappelle Jean-François Bebin, gérant de l’entreprise de conseil en écoconstruction et de négoce de matériaux écologiques Eko Etik Matériaux (35), car ils supportent directement les murs porteurs. Pour autant dans le bâtiment ancien, l’isolation « ne doit surtout pas bloquer l’humidité, mais permettre au contraire son évacuation, sous peine d’entraîner des dégradations du mur », poursuit l’ancien artisan en maçonnerie. D’autre part, dans le cas d’un chantier de rénovation, si les soubassements s’avèrent en contact direct avec la dalle, ils relaient un pont thermique qu’il va falloir limiter autant que possible pour éviter les déperditions de chaleur.

Pour répondre à ces enjeux, « il n’y a que peu de matériaux dans la sphère des biosourcés, résume Jean-François Bebin. Nous préconisons généralement des plaques de liège ». Sous forme expansée, le liège affiche en effet des qualités ad hoc : conductivité thermique (λ) entre 0,036 et 0,042 W/m.K, résistance à la diffusion de la vapeur d’eau (λ) de 5 à 30 et imputrescibilité. Présenté en panneau (jusqu’à 300 mm d’épaisseur), il peut être fixé sans grande difficulté sur le soubassement. En construction neuve, il trouve souvent sa place côté intérieur, en continuité de l’isolant sous dalle, afin de couper tout pont thermique. En rénovation, si l’on ne peut intervenir sur la dalle, il est alors fixé sur la face extérieure du soubassement.

Liège : des hôtes malvenus

La fixation des panneaux rigides de liège appelle cependant plusieurs précautions. « La continuité du contact entre le liège et la maçonnerie doit être maximale, car toute poche d’air peut générer des gouttes d’eau lors du transfert d’humidité », pointe Jean-François Bebin. Dans ce but, les panneaux « doivent être vissés ET collés », renchérit Nicolas Delbarre, du magasin Amboise maisons et matériaux écologiques (A2ME), en Indre-et-Loire. Le vissage s’effectue au moyen de chevilles rosaces (tous les 30 cm environ et à chaque angle). La colle, idéalement perméable à la vapeur d’eau (par exemple, Aera chaux, de la marque Fixalit), « est soit disposée partout à l’aide d’un peigne, soit sous forme de deux boudins horizontaux en haut et en bas afin d’éviter la convection d’air qui nuit à l’isolation, précise Nicolas Delbarre. Si une isolation thermique par l’extérieur (ITE) est prévue, mieux vaut choisir des panneaux de liège de 145 mm, car les panneaux de fibre de bois [ou autre isolant biosourcé, ndlr] utilisés pour la partie supérieure du mur, au-delà des premiers 20 cm minimum, ont généralement cette épaisseur ».

Malgré son imputrescibilité, rare dans la famille des matériaux biosourcés, un problème s’observe en cas d’usage de liège en conditions extérieures : il plaît aux insectes, en particulier aux fourmis qui le colonisent volontiers. Celles-ci déstructurent les panneaux, qui perdent alors leur effet thermique et d’étanchéité. « Entre 10 cm dans le sous-sol et jusqu’à 10 cm au-dessus du sol fini, les fourmis  peuvent investir le liège, observe Nicolas. En-dessous et au-dessus, le risque est bien moindre. » La protection des panneaux de liège par recouvrement a un intérêt esthétique, mais empêche aussi toute intrusion d’insectes. Un enduit chaux-sable peut tout à fait convenir, à condition que les plaques aient été solidement fixées au soubassement pour éviter les risques de mouvement et de fissure. « Un dressage sur le liège, dans lequel on noie un treillis en fibre de verre prépare le support pour l’enduit de finition », poursuit Nicolas Delbarre.