Vue d’ailleurs : Luc Schuiten, l’archi végétal

Archi vegetal

L’archi végétal

L’un des précurseurs de la création des maisons autonomes en Belgique dans les années 1970, Luc Schuiten développe aujourd’hui, en tant qu’architecte utopiste, ses projections futuristes d’une ville où la nature serait beaucoup plus présente. Rencontre.

En 1977, Luc Schuiten a construit l’une des premières maisons autonomes en énergie près de Bruxelles. Il voit à l’époque les architectes retirer la végétation autour des bâtisses qu’ils érigent, pour les mettre en évidence comme des objets posés dans l’environnement. « Moi, je voulais au contraire que ma maison vive par l’environnement, raconte Luc Schuiten, que son environnement devienne sa ressource, son énergie, qu’elle trouve dans cet endroit quelque chose qui la fasse réellement vivre. » À cette époque, les premiers panneaux solaires thermiques viennent de sortir en Belgique. « J’estimais que le fait d’incorporer quelque chose d’aussi important nécessitait de revoir entièrement la façon de construire une maison », se souvient-il.

Il conçoit alors des plans intégrant 80 m2 de capteurs solaires, dont le fluide caloporteur alimente une cuve de 100 000 l au sous-sol. Le but : stocker l’énergie pour chauffer l’hiver. « L’installation de départ était coûteuse. C’est un système que je ne referais plus aujourd’hui. C’était une expérience un peu pionnière, on essayait des tas de choses. » Pour ne pas dépendre d’un système expérimental, Luc Schuiten installe aussi un poêle à bois. L’électricité, quant à elle, provenait d’une éolienne de 25 m de haut. « J’avais été voir le constructeur qui l’avait érigée à côté de son usine. Je lui avais dit : “Si vous mettez votre éolienne à côté d’une maison, on verra qu’elle fournit entièrement son électricité, ce sera bien plus démonstratif.” Il a été tout de suite d’accord. Donc je l’ai reçue et montée chez moi. » 

L’éolienne avait une capacité de 2 kW. « Ce n’était pas énorme, donc on a réduit nos besoins. On fonctionnait au courant continu sur du 12 V. On a changé nos ampoules pour être sur du 12 V. Il y avait six grosses batteries de camion dans la cave. C’était suffisant pour stocker l’énergie, qu’on consommait au fur et à mesure. »

La maison, prolongation de soi-même

Pour Luc Schuiten, notre habitat est quelque chose de totalement personnel, comme un vêtement. « L’habit que nous portons se fait à notre manière de bouger et d’être. Je voulais que les gens qui viennent chez nous sans que nous soyons là aient une idée de qui nous sommes, par la personnalité de chaque chose. Les objets n’étaient donc pas achetés, ils étaient fabriqués. On vivait dans un environnement qui nous était propre et identitaire, une prolongation de nous-mêmes. » 


Mobilier : La Menuiserie solidaire

la menuiserie solidaire

Quand la menuiserie participe à l’insertion des personnes en situation de handicap et des demandeurs d’emploi avec, cerise sur le gâteau, la valorisation de bois de récupération… Rencontre avec Laurent-Stéphane Tardy, à l’origine de la menuiserie solidaire.

Derrière La Menuiserie solidaire se cache une belle aventure humaine et sociale initiée par Laurent-Stéphane Tardy, dont la vie a basculé en 2006. À la suite d’un accident de deux-roues qui le laisse handicapé, c’est le déclic. « Si je ressortais vivant de l’hôpital, il fallait que je puisse être utile aux autres », se souvient Laurent-Stéphane, alors directeur des opérations dans un groupe international à Vélizy. Deux ans plus tard, en 2008, il créé La Menuiserie solidaire, une association d’aide aux personnes en situation de handicap et aux personnes en réinsertion sans emploi avec, pour dénominateur commun,  le goût de la menuiserie. Le projet : répondre à des enjeux à la fois sociaux, économiques et artisanaux en valorisant le bois recyclé à travers la fabrication de mobilier.

Du déchet à la matière

L’association emploie 18 personnes (dont 12 en situation de handicap et 2 à 6 en réinsertion) réparties sur deux sites. À Magnanville, dans les Yvelines, l’atelier menuiserie de l’Établissement et service d’aide par le travail (Esat) où œuvrent 12 personnes en situation de handicap travaille à la production de pièces en bois recyclé en fonction des commandes ; boîtes aux lettres, tables de pique-nique, carrés potagers, nichoirs à mésanges…

Les sources d’approvisionnement du bois sont multiples : planches et chevrons (sapin, pin, hêtre) issus de chantiers de démolition ou de construction et palettes industrielles (pin, sapin, chêne…) provenant des emballages d’un cuisiniste local. « Cela leur évite de payer la mise à la décharge. C’est un circuit vertueux sur la base d’une économie circulaire. Ce qui n’est pas utilisé par l’un est réutilisé par l’autre », poursuit Laurent-Stéphane. Au total, 20 m3 de bois sont recyclés chaque semaine.

« Rien ne se perd, tout se transforme »

Démontage manuel des planches (retrait des clous, vis et cerclages d’un usage passé), préparation (classement du bois par lots ou par séries), découpe et conditionnement… Le bois brut est aussi préparé à l’Esat pour être acheminé à l’atelier de menuiserie de Dreux en vue de son réemploi.

Dans l’atelier de menuiserie-production de 240 m2, au centre de Dreux (quartier Sainte-Ève), rien ne se perd, tout se transforme. Deux à six personnes en réinsertion, éloignées de l’emploi, sont formées par Laurent-Stéphane et le chef d’atelier Virgile afin de fabriquer les réalisations sur mesure à destination des particuliers, mais également des entreprises, des associations et des collectivités, comme d’improbables bancs d’église.


Territoire : association Energ’ethique

Association Energ'ethique

Association Energ’éthique : l’éco-rénovation sur un air solidaire.

L’association Energ’ethique 04 propose des écorénovations accessibles à tous les porte-monnaie. Construite dans les années 1950, la maison tout en parpaings de Françoise et Luc avait besoin d’un sérieux lifting. En effet, sol, murs et toiture doivent être isolés et les menuiseries, changées.

« Nous étions un peu perdus parmi toutes les données techniques, se souvient Françoise. Nous avons donc décidé de demander de l’aide à la Scic Énerg’Éthique 04 » Née en 2012 autour d’un projet de centrale solaire « citoyenne » sur le toit d’une école, la Scic Énerg’Éthique(1) a eu à coeur d’agir aussi sur la maîtrise de l’énergie et la solidarité énergétique.


Thérèse Clerc, pilier de la résidence Babayaga



Militante féministe, Thérèse Clerc avait fondé la Maison des Babayagas, résidence écologique autogérée réservée aux femmes âgées, ouverte en 2013 à Montreuil (93). Atteinte d’un cancer, Thérèse Clerc est décédée ce mardi 16 février 2016, à 88 ans. En 2010, le magazine La Maison écologique avait rencontré Thérèse Clerc, qui partageait alors dans nos pages ses considérations aux résonances tellement actuelles aujourd’hui encore. En hommage à Thérèse Clerc, nous souhaitons partager avec vous cet article consacré à un lieu de vie partagé pour femmes âgées précurseur… et à une vision de la vie alliant solidarité, écologie, citoyenneté et autogestion.

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