Territoire : Valoriser les ressources locales

PERMABITA-N°129, La Maison écologique, Valoriser les ressources locales

Au cœur de la Provence verte, dans la petite commune de Plan-d’Aups-Sainte-Baume (83), s’est construit un fournil un peu spécial. Accolée à la maison de Karine Meyran, boulangère en bio, l’extension de 80 m2 a été entièrement réalisée à partir de ressources locales ! « Je veux faire du pain avec des farines locales alors, pour construire le fournil, je ne me voyais pas utiliser du bois qui vient de loin », sourit-elle. Son ambition a pu se concrétiser grâce à la rencontre avec Loïc Frayssinet, l’un des quatre membres fondateurs de Permabita, une association dont le but est de créer une filière locale de l’écoconstruction. 

« La vallée du Gapeau est propice à l’utilisation de ressources locales dans la construction. On trouve du liège qui vient du chêne liège et qui pousse quasi exclusivement dans le Var ; du bois de pin d’Alep, châtaignier, cyprès, etc. ; de la paille de blé, de la laine de mouton, du genêt, de la canne de Provence, une tige cultivée pour produire des pièces d’instruments de musique et qui peut être utilisée en construction, et de la terre aussi, car nous avons pas mal de carrières », détaille l’ingénieur thermicien. L’objectif de Permabita ? Recenser toutes ces ressources locales et mettre en lien les agriculteurs, les propriétaires forestiers et les artisans avec les porteurs de projets, que ce soit en construction ou en rénovation. Cette mise en relation de l’association avec les acteurs locaux a ainsi permis à Karine Meyran de construire son fournil.

Débardage à cheval et scierie mobile

L’ossature bois a été montée avec du pin sylvestre qui poussait sur une zone Natura 2000. Au moment de l’entretien, le propriétaire forestier voulait couper des arbres pour favoriser la repousse de feuillus ; une aubaine pour le chantier. « Nous avons acheté le bois sur pied, 32 troncs exactement. Pas facile de savoir combien allaient être nécessaires à la construction de la charpente », se souvient Karine Meyran. Des bûcherons sont intervenus et les troncs ont été débardés à cheval « pour respecter au maximum la forêt », ajoute t-elle. 


Territoire : Recette habile pour réemploi massif

déchets de déconstruction

Près de Grenoble, la plateforme de réemploi Éco’Mat38, portée par l’association Aplomb, donne une nouvelle vie aux déchets de déconstruction.

Derrière l’église du village de Saint-Appolinard, des matériaux s’amoncellent : tuiles, pierres, pièces de charpente massives, sanitaires, rails de cloisons… Ils sont les trésors collectés par la plateforme de réemploi Éco’Mat38, en cours d’emménagement dans ses nouveaux locaux.

Créée en 2015, la plateforme est issue de l’association Aplomb qui forme des professionnels en écoconstruction et en rénovation de patrimoine. « Nous travaillons dans le bâti ancien, notre capacité à réutiliser in situ des matériaux est connue. Par exemple, transformer d’anciennes poutres en linteaux. On a voulu étendre ce principe pour réutiliser plus largement », justifie Bruno Jalabert, codirecteur. L’idée d’Éco’Mat38 : collecter des déchets de déconstruction pour les revendre à des professionnels ou particuliers.

L’activité qui a démarré modestement est aujourd’hui considérable. En 2023, les nouveaux locaux de Saint-Appolinard devraient compter « 4 000 m2 d’espaces de stockage dont un magasin », se délecte-t-il. Rien qu’en 2021, Éco’Mat38 a sauvé environ 850 t de matériaux de la benne et en a vendu 506 t, principalement pour du gros œuvre (charpente et tuiles). Avec 400 000 € réalisés, cette activité représente presque la moitié du chiffre d’affaires d’Aplomb.

Seule et sur tous les fronts 

Les raisons du succès ? Elles sont doubles. D’abord, Éco’Mat38 a investi le marché du réemploi jusque-là vacant au niveau local. Ensuite, le contexte politique cherche dans l’économie circulaire une rédemption à la production massive de déchets(1). La plateforme est devenue un partenaire clé de certains maîtres d’ouvrage engagés dans cette réduction. Comme l’Établissement public foncier local (EPFL) du Dauphiné qui accompagne des collectivités dans la gestion de gros aménagements et démolition sur des terrains bâtis. Souhaitant y inscrire le réemploi, il sollicite grandement Éco’Mat38. « On n’a pas vraiment besoin de faire de prospection de chantier, concède Bruno Jalabert. En ce moment, on en gère déjà trois en même temps. »

Comme la collecte de matériaux n’est pas obligatoire et reste un effort parfois jugé trop coûteux, Éco’Mat38 a trouvé une parade : la déconstruction, ou « curage ». Une étape obligatoire avant la démolition, qui consiste à déposer les éléments de second œuvre afin qu’il ne reste que l’enveloppe à débâtir. En étant à la fois « déconstructeur » et « collecteur » sur un chantier « on garde la main sur les matériaux que l’on souhaite récupérer et on préserve leur intégrité », justifie Bruno Jalabert. Plus en amont, Éco’Mat38 propose un « diagnostic ressources »(2), qui identifie les éléments à déconstruire ainsi que leur filière de tri.

Valoriser et vendre les déchets de déconstruction

Les chantiers pour Éco’Mat38 se multipliant, les matériaux s’accumulent. Et leurs débouchés sont parfois incertains. Car les professionnels de la construction, qui comptent pour 20 % de la clientèle mais 80 % du chiffre d’affaires, ont besoin de diagnostic sur la viabilité des matériaux de réemploi afin d’assurer leur garantie décennale. Si l’état des matériaux bruts (verre, bois, tuiles, briques…) se juge visuellement, « beaucoup d’équipements comme les luminaires, les câbles ou gaines d’électricité, les vitrages, l’isolation, etc. sont soumis à réglementation. Or, ce qu’on enlève n’est souvent plus adapté aux normes. Il faut qu’on puisse les diagnostiquer en finançant de la recherche ou leur trouver d’autres usages, parce qu’on ne jettera rien ! », alerte le codirecteur. Éco’Mat38 valorise déjà quelques produits en fabriquant du bardage en bois brûlé, du gabio


Mobilier : Tiroirs à la mode récup’

Tiroirs à la mode récup'

Fabriquer des rangements à partir de plaques d’isorel récupérées.

Si vous ne connaissez pas les plaques d’Isorel, sachez qu’elles sont utilisées par les professionnels notamment pour faciliter les activités de logistique (intercalaire de palette), mais aussi pour des aménagements divers (plaquage, coffrage léger, fond de meuble, etc.). D’une épaisseur de 3 mm, on peut en récupérer auprès des commerces d’alimentation en format d’environ 80 x 120 cm (elles servent à caler les marchandises). Pour des plaques plus grandes d’environ 1 x 2,75 m, il faut se tourner vers les négoces de matériaux et les enseignes de bricolage.

L’Isorel est constitué de fibres de bois dures, obtenues par polymérisation sous pression et chaleur, mais sans adjonction de colle synthétique. Les panneaux présentent une face lisse, d’aspect moucheté assez esthétique, et une face granuleuse. Ce matériau est flexible, dense et résistant. Il se découpe facilement au cutter. La seule restriction pour l’Isorel, comme pour le carton, est que l’utilisation ne doit se faire qu’en milieu sec, excluant l’extérieur ou l’exposition à l’humidité.

Léger mais néanmoins solide, l’Isorel se prête volontiers à la création de boîtes, de tiroirs, de séparateurs de tiroirs, de mini-rangements… Ce qui se révèle bien pratique pour finaliser l’aménagement d’un dressing, d’une buanderie, d’un cellier ou encore d’un coin bricolage.


Décoration : Tresser un tapis en tissu recyclé

tapis en tissu recyclé

Le recyclage des tissus – ressource rare et précieuse dans certaines régions du monde et à diverses époques – en tapis a toujours existé. Chaque contrée a produit ses techniques de récupération, avec ses couleurs, ses motifs, son type de tissage. Si les tapis tressés produits par les pionniers pendant la conquête de l’ouest du continent américain à partir de vieux vêtements sont les plus connus – les plus anciens se négocient de nos jours à prix d’or –, il en existe bien d’autres : la lirette charentaise, les tapis Boucharouite (« bouts de chiffons » en berbère) de l’Atlas marocain, les tapis Amish, les crochetés et, enfin, les tissés présentés dans cet article.

Comme pour les tapis traditionnels, plus ils sont anciens, délavés, plus ils ont vécu, plus ils ont de valeur. Beaucoup de personnes créatives et de designers textiles s’ingénient à recycler en tapis des lanières de jeans, de cuir, des chutes de production textile, divers tissus, de la laine ou des fils de coton selon des méthodes très variées, en n’hésitant pas à mixer les approches. Les formes des tapis peuvent être ovales, rectangulaires, rondes et leurs tailles sont fonction de la grandeur des métiers à tisser.

Les tissus recyclés dans la réalisation présentée ici proviennent de tee-shirts en coton. Le jersey de coton dont ils sont constitués est intéressant à plus d’un titre ; il est naturel, solide, doux et souple. Il a également la capacité de s’enrouler sur lui-même quand on le découpe en bandes et de former spontanément un fil rond, facile à réutiliser. De plus, cette matière textile ne s’effiloche pas.

Comment transformer de vieux tee-shirts en tapis faits maison.

1 Préparer le métier à tisser en clouant, tous les 2 cm, 32 clous en haut et 32 clous en bas sur les lattes du dos de la palette. On obtient un rectangle d’environ 64 x 112 cm. Pour éviter que le tapis se déforme, visser de chaque côté une baguette ronde avec trois vis chacune. Laisser 1 cm entre les baguettes et la palette.

2 Rassembler les tee-shirts. Pour le choix des couleurs, il y a deux méthodes : composer une palette réfléchie ou spontanée. C’est affaire de goût…

3 Découper les tee-shirts sous les manches et au-dessus de la couture basse (3.1). Couper ce « tube » rectangulaire sur les deux épaisseurs, en lanières de 8 cm de large et sans aller jusqu’au bout de la découpe. Laisser 5 cm environ (3.2). Décaler la couture pour voir apparaître les deux séries de bandes. Commencer la première coupe en biais. Procéder de même pour les suivantes (3.3). Voilà une pelote de fil de tee-shirts (trapilho) !


Se chauffer grâce au biogaz

Se chauffer grâce au biogaz

Se chauffer avec nos déchets

Nos poubelles débordent, pourquoi ne pas utiliser nos déchets pour nous chauffer ? Si le concept est séduisant, il reste complexe à concrétiser à l’échelle individuelle, sous les latitudes françaises. Mais pourquoi pas en collectif…

Recycler ses déchets et se chauffer. En théorie, ces deux notions se complètent bien grâce à la méthanisation. Les biodéchets sont placés dans une cuve (méthaniseur) qui, en l’absence d’oxygène, produit un gaz inflammable, essentiellement composé de méthane. On pourrait donc se servir de nos déchets fermentescibles (épluchures, restes alimentaires, tonte de pelouse…) pour chauffer l’eau de nos radiateurs.

C’est l’esprit du système Jean Pain qui, quant à lui, consiste à emmagasiner du compost humide et récupérer la chaleur qui s’en dégage, sans production de gaz. Pierre1911, un bloggeur touche-à-tout engagé dans l’autonomie, l’a testé. Il a collecté 20 t de bois vert(1) autour de chez lui (environ 30 m3) et les a broyés. Il en a ensachés, puis disposés en cube, en plein air dans son jardin. Au centre, il a ensuite alterné les couches de broyat et les tuyaux d’eau et a ajouté du fumier de chèvre pour accélérer le processus. Les tuyaux ont été raccordés au système de chauffage central. Le réacteur est monté à plus de 50°C et a permis de chauffer trois pièces à 18°C durant quatre mois d’hiver.

 


Vue d’ailleurs : Free & real en Grèce

free & real

L’autonomie portée aux nues

Sur l’île d’Evia, en Grèce, Free & Real est une éco-communauté végane tournée vers la durabilité et l’autosuffisance. Constituée de seulement quatre permanents, elle a déjà accueilli plus de 35 000 personnes. Preuve qu’un petit groupe de passionnés peut faire beaucoup.

Depuis 2010, des jeunes et des adultes du monde entier viennent suivre des formations au sein de la communauté Free & Real ou participer bénévolement à ses activités pour apprendre l’autosuffisance, l’agriculture naturelle, l’écoconstruction, les énergies renouvelables ou encore à entretenir son corps et sa santé.

 

 


Finitions : lampe-cintre

lampe-cintre

Lampe-cintre, art du design minimaliste.

Le ” fait maison ” et le recyclage séduisent même les designers ! Le fameux « DIY », à l’origine principe revendicateur anti-consommation, se démocratise largement. Preuve avec Pierre Lota, créateur d’intérieur, et son ouvrage 1 heure, 1 objet. Un cahier pratique qui vous accompagne dans la confection de 35 projets simples et originaux basés sur la récupération. Diplômé de l’école nationale des arts décoratifs, Pierre Lota délaisse le sophistiqué sur  au profit du minimalisme. Déjà connu pour ses partenariats avec de grandes enseignes, le créateur confie au micro d’une célèbre radio privée, en mai dernier, son « envie de montrer ce qu’on peut faire avec peu de moyens et un côté facile ».

 


Rencontre en Uruguay

Ecole en Uruguay

Un vaisseau autonome pour les mômes.

À Jaureguiberry, en Uruguay, se trouve la première école 100 % durable d’Amérique Latine. Construite selon le principe des earthships (vaisseaux de terre), elle est composée principalement de matériaux recyclés et est autonome en énergie.