Avis d’experts : La RE2020 est-elle compatible avec l’autoconstruction ?



Réduire l’empreinte carbone et la consommation d’énergie des bâtiments ?

L’esprit de la Réglementation environnementale n’apporte rien de nouveau aux autoécoconstructeurs. Son application concrète, en revanche, trouble les habitudes.

La RE2020 complexifie les choses, mais les difficultés sont les mêmes que l’on construise avec des professionnels ou seul », rassure Jean-Luc Delpont, des Castors. Le grand changement de cette nouvelle Réglementation environnementale 2020 (RE2020) qui s’applique depuis janvier 2022 aux constructions neuves, c’est la prise en compte de l’impact carbone sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment. Le bois de structure et les matériaux biosourcés sont avantagés par la RE2020, qui vise à réduire de 30 % l’impact carbone à l’horizon 2030, avec des paliers dégressifs en 2025, 2028 et 2031.

Pas de place pour l’improvisation

Dès le dépôt de permis de construire, le maître d’ouvrage doit fournir différents documents attestant la prise en compte des exigences de performance énergétique et environnementale (voir encadré p. 41). Il faut ainsi être en mesure d’estimer son bilan carbone, avec des valeurs seuils à ne pas dépasser. ; « En tant qu’autoconstructeur, quand j’ai déposé ma demande de permis, je connaissais le mode constructif, la composition de l’enveloppe et l’aspect extérieur, mais je n’avais aucune idée des quantités des matériaux que j’allais utiliser », se souvient Étienne Béduneau. Dresser et justifier le bilan carbone de sa maison nécessite d’être particulièrement organisé et d’archiver l’ensemble des factures tout au long de la construction.

« Il faut désormais anticiper chaque détail, évaluer les quantités de matériaux mobilisées, connaître la marque des produits pour être sûr de respecter les seuils, et conserver de la marge, pointe David Lebannier. Un autoconstructeur achète souvent ses matériaux en fonction des opportunités. Il devra sans cesse se demander s’ils sont bien encadrés par une FDES* et si un changement ne modifie pas trop l’impact carbone. C’est un casse-tête, même pour une petite entreprise. »

Autre inquiétude, les plus petites filières (produits artisanaux, marginaux…) qui n’ont pas les moyens de faire réaliser ces FDES sont encadrées par des valeurs par défaut pénalisantes (six fois plus importantes que celle calculée au réel pour la brique de terre crue !). L’objectif affiché étant de forcer les filières à faire évaluer leur impact carbone.


Avis d’expert-es : Re2020 une révolution, vraiment ?

AVIS D'EXPERT.ES-N°129, La Maison écologique, RE2020 une révolution

RE2020 une révolution ?

La RE2020 est une montagne qui accouche d’une souris », constate amèrement Thierry Rieser, du bureau d’études Enertech. En 2017, l’expérimentation E+C- (pour énergie + et carbone -), un label qui caractérise les bâtiments à la fois sobres en énergie et en carbone, devait servir de point de départ à la nouvelle réglementation thermique française. Le cap semblait défini et la maison passive, capable de se passer de système de chauffage, comme la maison à énergie positive qui produit plus qu’elle consomme, faisaient largement consensus. La RE2020 a pris tout le monde par surprise. Derrière un discours auréolé de belles promesses – diminuer le bilan carbone, améliorer l’enveloppe, promouvoir les matériaux biosourcés –, la révolution tant attendue n’est finalement pas au rendez-vous.

Des attentes déçues

Première désillusion : la RE2020 n’encourage absolument pas le bâtiment à énergie positive (Bepos), expérimenté par le label E+C-. Le calcul ne prend en compte que l’énergie autoconsommée sur site. « Concrètement, si j’installe des panneaux photovoltaïques sur mon bâtiment, seuls les premiers mètres carrés posés seront valorisés, mais les panneaux supplémentaires, visant éventuellement à la consommation énergétique du quartier dans lequel j’habite, ne seront que très peu valorisés », détaille Thierry Rieser. Un revirement inconcevable pour son bureau d’études. « La France est en retard sur le développement des énergies renouvelables. Si les panneaux ne se mettent pas en toiture, alors où ? »

Petit pas vers la sobriété énergétique

Côté consommation énergétique, la RE2020 renforce les exigences du Bbio, un indicateur qui traduit le besoin en énergie d’un bâtiment en fonction de la qualité de son isolation et de sa conception générale. La performance énergétique devrait être équivalente à ce qui était demandé par la RT2012 moins 30 %, d’après le gouvernement. Il est néanmoins difficile de comparer ces deux réglementations, car la définition et le périmètre de calcul ont été modifiés ! L’avancée est loin d’être négligeable, mais les professionnels tempèrent. « Il était possible d’aller beaucoup plus loin sur la sobriété énergétique, comme sur le confort d’été », estime ainsi Hugo Arnichand, d’Effinergie.


RE 2020, les premiers textes réglementaires sont parus

RE 2020 - décret et arrêté

Au plein chassé-croisé estival, les premiers et importants décret et arrêté sur la RE 2020 (réglementation environnementale 2020) ont été publiés au Journal Officiel.
Cette nouvelle réglementation, qui vient se substituer à l’actuelle RT 2012 (réglementation thermique), sera applicable dès le 1er janvier 2022 pour les constructions neuves à usage d’habitation et à partir du 1er juillet 2022 pour les constructions du tertiaire ou de l’enseignement primaire et secondaire. Elle concernera, à compter du 1er janvier 2023, les extensions de ces constructions et les constructions provisoires. Les textes annoncent également un label réglementaire sur la performance énergétique et environnementale avec une entrée en vigueur au 31 décembre 2022 au plus tard, mais sans donner plus de détail sur son contenu.

Textes à archiver précieusement

RE 2020 exigences – Décret

C’est le décret n° 2021-1004, du 29 juillet 2021, relatif aux exigences de performance énergétique et environnementale des constructions de bâtiments en France métropolitaine. Il modifie le code de la construction et de l’habitation et fixe les exigences et coefficients de modulation associés.

RE 2020 exigences et méthode de calcul – Arrêté d’application

L’arrêté du 4 août 2021 est relatif aux exigences de performance énergétique et environnementale des constructions de bâtiments en France métropolitaine et portant approbation de la méthode de calcul prévue à l’article R. 172-6 du code de la construction et de l’habitation.

+ Annexes : I définitions ; II règles générales ; III règles Th-BCE 2020 ; IV règles Th-Bât 2020 ; V à XII (précisions diverses).

Les 5 exigences réglementaires

C’est dans l’article R 172-4 du décret précédemment cité que l’on retrouve la mention des exigences à atteindre pour :

  1. La conception énergétique du bâti, indépendamment des systèmes énergétiques mis en œuvre, via l’indicateur Bbio exprimé en point ;
  2. La consommation d’énergie primaire du bâtiment, via l’indicateur Cep exprimé en kWh/m2.an ;
  3. L’impact sur le changement climatique de la consommation d’énergie primaire pour le chauffage, le refroidissement, la production d’eau chaude sanitaire, l’éclairage, la mobilité des occupants interne au bâtiment, les auxiliaires (dont ventilation), via l’indicateur Icénergie exprimé en kgCO2eq/m2 ;
  4. L’impact sur le changement climatique des composants du bâtiment, de leur transport sur le chantier jusqu’à leur fin de vie, via l’indicateur Icconstruction exprimé en kgCO2eq/m2 ;
  5. L’inconfort dans le bâtiment en période estivale via le nombre de degrés-heures (DH) d’inconfort estival, exprimé en °C.h.

En outre, cet article prévoit, cette fois-ci à titre informatif, le calcul de « l’impact sur le changement climatique du bâtiment, évalué sur l’ensemble de son cycle de vie », ainsi que le calcul de « la quantité de carbone issu de l’atmosphère et stocké dans le bâtiment » exprimée en kgC/m2.

Les résultats minimaux de tous ces indicateurs sont fixés, par catégorie de bâtiment et en fonction de leur localisation géographique, en annexe de l’article.

 


Construction neuve, les plus et les moins de la RE2020

matériaux isolants

RÉGLEMENTATION RE2020. Fin novembre, les ministres de la Transition écologique et du Logement ont présenté leurs arbitrages sur la RE 2020, réglementation applicable aux constructions neuves à partir de l’été 2021.

Biosourcés, la norme en 2030…

Soulagement pour les matériaux biosourcés à qui l’on donne enfin les moyens réglementaires de rentrer massivement sur le marché de la construction en France. N’en déplaise aux industriels du ciment, de l’acier et des isolants minéraux, grâce à l’adoption du calcul dynamique du stockage de carbone, les matériaux biosourcés végétaux prennent désormais une longueur d’avance et devraient devenir la norme à l’horizon 2030 en maison individuelle.

Le Réseau français de la construction paille et les filières bois (forêt et construction) se félicitent de ces annonces et du calendrier imposé pour la RE2020. Autres points positifs, mais qui restent à surveiller de près : l’amélioration de 30 % du Bbio (besoins en chauffage, climatisation et éclairage) par rapport à la précédente réglementation et la prise en compte des performances des logements en temps de canicule.

La fin des bâtiments à énergie positive ?

Un gros regret tout de même, l’ambition initiale de généraliser les bâtiments à énergie positive semble complètement passée à la trappe de cette RE2020. Consolation avec cette petite révolution : le glas a sonné pour le fioul et le gaz. Ils seront interdits en construction individuelle dès l’été prochain.

Soulevés par le bureau d’études Enertech et 300 acteurs de terrain, plusieurs signaux inquiétants sur des choix très techniques mais fondamentaux restent cependant à craindre, notamment parce qu’ils pourraient redonner une place importante aux convecteurs électriques (chers à l’usage et avec un impact important sur les consommations de pointes hivernales très carbonées), et ceci par le simple jeu de changements arbitraires de cœfficients !

Affaire à suivre jusqu’à la version définitive du texte, fin du premier semestre 2021…

Brève d’actu parue dans La Maison écologique n°121 (février-mars 2021)

Qui sommes-nous ?
La Maison écologique est un magazine indépendant. Depuis 2001, il s’attelle à transmettre avec passion des informations pratiques et concrètes sur l’habitat écologique et les énergies renouvelables.
Son ambition : rendre l’écohabitat accessible à tous ! LME est gérée sous statut coopératif (Scop) et alimentée en électricité 100 % renouvelable par une autre coopérative, Enercoop.

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Construction paille, participez au développement

Construction paille - Up Straw 2019

Permettons aux bottes de paille de faire reconnaître leurs performances environnementales en tant que matériau de construction !

Dès 2021, une nouvelle réglementation du bâtiment va entrer en application en France. Elle remplacera la Réglementation Thermique 2012 (RT2012). L’obtention des permis de construire, notamment, est conditionnée au respect des critères de cette réglementation. Cette nouvelle réglementation se nommera la RE2021 (Réglementation Environnementale 2021).

En plus d’être légèrement plus ambitieuse que la réglementation de 2012 sur les performances thermiques des bâtiments, cette nouvelle norme introduit la notion de performance environnementale. Cela signifie, que pour être conformes, les constructions devront justifier de leurs impacts sur plusieurs paramètres environnementaux. Ces paramètres sont détaillés dans des fiches réalisées selon une norme et des processus bien définis. Il s’agit des FDES pour Fiche de Déclaration Environnementale et Sanitaire.

Vous l’avez compris, sans FDES de qualité, la botte de paille dans la construction est en péril… et la FDES “Botte de paille” arrive à échéance de validité !

Soutenez la rédaction des nouvelles FDES

 

Botte de paille pour la construction © ARPE BN
© ARPE Basse Normandie

 

La prochaine FDES concernera non seulement la botte de paille ordinaire mais aussi, la réalisation de 3 FDES complémentaires pour :

  • Les bottes de paille “fabriquées à façon”, produites en atelier
  • Les bottes produites à partir de paille en “agriculture biologique”
  • La paille hachée pour l’utilisation en vrac

Ces 4 FDES collectives, en cours de rédaction, rendront possible le recours à ces pratiques pour TOUS les acteurs.

La moitié du coût est soutenu par des fonds publics, l’autre moitié dépend des acteurs de la filière et de leurs soutiens…
Pour contribuer, rendez-vous ICI (les contributions des particuliers et des entreprises sont fiscalement déductibles)