Cahier pratique : Déposer des plaques de plâtre pour les réemployer

PLAQUE DE PLÂTRE

En doublage, cloison ou plafond, la plaque de plâtre se trouve (et se jette) à foison. Démontons et réutilisons-la !

Habillant en grand nombre la majorité de nos logements, les plaques de plâtre sont « le matériau jetable typique de la construction du XXe siècle. Pourtant, son réemploi fonctionne très bien », interpelle Raphaël Fourquemin, architecte urbaniste à Pau (64) et fondateur de l’association Interprofessionnelle de la déconstruction et du réemploi (Idre)(1).
Il a fait d’un ancien restaurant son logement, dont la moitié du cloisonnement est fait des plaques de plâtre de l’ancienne bâtisse.

Leur dépose ne requiert qu’une ou deux personnes et « on récupère non seulement les plaques de plâtre, mais aussi l’ossature qui est derrière, les vis et, parfois, de l’isolant qui se prête bien au réemploi, car il s’agit souvent d’une laine de verre semi-rigide qui comprend un film tramé lui conférant une bonne tenue dans le temps et sa situation protégée fait qu’elle ne s’abîme pas ».

Pour accéder aux vis, « on a essayé une multitude d’aimants, jusqu’à trouver chez Decathlon un aimant pour ramasser les boules de pétanque qui mesure 13 mm de diamètre – à peine plus qu’une tête de vis – et peut porter 1,5 kg. Même derrière l’enduit et la bande, il se fige devant les vis, décrit Raphaël, qui a depuis déniché un aimant au néodyme portant 5 kg(2). Quand il croise une vis, il se jette dessus ! ».

Jusqu’à 90 % de taux de récupération

Quant à découper proprement les bandes de joint, « on a passé du temps avant d’établir ce protocole de dépose efficace, qui aboutit à un taux de récupération pouvant aller jusqu’à 90 % selon le type de bâtiment et le taux de plaques entières ».

Ne reste plus qu’à reposer les plaques de plâtre conformément au DTU 25.41. Leur aspect étant moins « propre » que leur version neuve, elles sont idéales en peau intérieure dans les cloisons double peau. Sinon, prévoir un ratissage au plâtre sur toute la surface. Ou retourner les plaques pour que la face qui était à l’intérieur de l’ancienne cloison devienne la face apparente, mais prévoir alors une bonne préparation du fond avant peinture.

1. Autres fiches de dépose en vue de réemploi (vitrage sur pare-close, porte intérieure sur cloison pleine, etc.) disponibles sur demande : contact@idre-dc.org

2. Crochet magnétique sur le site supermagnete.fr, moins de 2 €.


Enquête matériaux : Placo, Fermacell la tectonique des plaques

50 ENQUETE MATERIAU PLACO FERMACELL

Dans un marché français qui associe trop souvent cloison intérieure et plaque de plâtre, quelles sont les nouveautés dans les gammes des duettistes Placo et Fermacell ? Sur les chantiers, le débat qui les opposait hier semble moins vif et d’autres produits ont enrichi l’offre.

Depuis 30 ans, deux solutions à base de gypse se disputent le marché français. D’un côté la plaque de plâtre de type Placo BA13 (pour « bords amincis 13 mm »), composée d’une âme en gypse parfois renforcée par des fibres (verre, ouate ou cellulose, etc.) prise en sandwich entre deux feuilles de carton pour une épaisseur totale courante de 13 mm. De l’autre côté, la plaque de plâtre de type fibre-gypse dont le leader est l’Allemand Fermacell (racheté en 2018 par le groupe irlandais James Hardie), d’épaisseur variable (10, 12,5, 15 ou 18 mm). Mais s’ils sont encore renvoyés sur le ring, le combat se conclut de plus en plus souvent en match nul.

Fermacell conserve néanmoins une place de choix dans un projet de construction écologique, souligne Cédric Valdenaire, de l’entreprise Isologique (69) : « Ce produit se réclame sans adjuvant avec juste de la cellulose et du gypse [à 66 % de synthèse contre 100 % de gypse naturel extrait en carrière pour le Placo, ndlr]. On peut aussi le travailler dans la masse, à la différence du BA13, pour réaliser des quarts de rond en bout de cloison, par exemple. » Ses qualités en contreventement, sa meilleure résistance mécanique pour la fixation et sa résistance aux intempéries pendant le chantier en font le chouchou des constructeurs d’ossature bois.

Côté inconvénients : le poids (1 200 kg/m3 contre 750 kg/m3 pour le Placo), la difficulté de découpe. « En intérieur, il faut impérativement une scie circulaire avec une aspiration », précise Cédric Valdenaire. Le BA13 standard a l’avantage d’être très facile à découper au cutter ou à la scie égoïne. Et, avantage suprême, le coût au m2 est environ trois fois moins élevé que celui d’une plaque de Fermacell, ce qui fait souvent peser la balance en faveur d’une solution BA13 (environ 3 € TTC/m2 pour du Placo). Côté inconvénients, sa faible résistance aux chocs et ses faibles qualités hygrométriques ou phoniques en font un pur produit d’habillage neutre, n’apportant rien au confort intérieur. Le temps de mise en œuvre ne donne l’avantage ni à l’un, ni à l’autre.

De timides nouveautés

Si Fermacell a sorti des plaques à bords amincis, qui nécessitent la réalisation de bande à joint comme pour le BA13, son utilisation reste anecdotique d’après Cédric Valdenaire : « On ne l’utilise à la rigueur qu’en plafond, car il est plus difficile d’avoir la même précision qu’en paroi verticale au niveau des raccords entre plaques. Mais c’est surtout un produit destiné au marché français, friand de bande à joint. » De l’avis même de la directrice marketing de Fermacell, « à part les FDES qui sont à jour sur la base Inies, il n’y a pas de nouveauté dans la gamme et rien en prévision ». La plaque H2O de Fermacell, conçue pour les espaces très humides (le Fermacell est déjà hydrofuge et s’utilise couramment en salle de bains, par exemple), semble une évolution destinée spécialement aux marchés publics et à la promotion immobilière, d’autant que l’apport de ciment, d’une trame plastique et d’adjuvant dans sa composition fait largement baisser l’image écologique du produit.

La petite plaque de 1,5 x 1 m, sur le marché depuis environ 15 ans, semble être la seule véritable « nouveauté ». Cédric Valdenaire explique : « On utilise des grandes plaques uniquement pour les chantiers spacieux et très accessibles. Mais le plus souvent on utilise de la petite plaque pour des raisons de manutention et de facilité de pose. » Idem pour Bertrand Royal, de l’entreprise Peinture naturelle et compagnie, à Châtellerault (86) : « Au début, j’utilisais des grandes plaques, mais vu les difficultés de manipulation, je suis passé aux petites plaques uniquement. »


Avis d’expert.es : Savoir-faire : industriel ou artisanal, irréductibles frères ennemis

Industriel ou artisanal

En l’espace de 15 à 20 ans, le plâtre a quasiment disparu. Avoir une palette de plâtre dans un négoce aujourd’hui, c’est la croix et la bannière », se désole Jean-Yves Labat, maître artisan plâtrier dans les Landes. Fils et petit-fils de plâtrier, l’homme constate aujourd’hui la quasi extinction du métier tel qu’il le pratique encore, de la confection à la pause. En cause, la concurrence de la plaque de plâtre, implantée en France depuis les années 1950, dont la simplicité et la rapidité de mise en œuvre ont conquis le monde du bâtiment. Une situation qui n’est pas une exception. De la pose de carrelage à la fabrication de fenêtres, en passant par les charpentes ou la maçonnerie, la construction repose désormais majoritairement sur des produits et des systèmes industrialisés.

L’industrialisation, révolution du bâtiment

De tout temps, les artisans ont trouvé des procédés pour fabriquer plus rapidement les éléments de construction. Au XIXe siècle, l’automatisation des procédés et la fabrication en série ont accéléré la donne. « L’industrialisation ne nuit pas forcément à la créativité et à la qualité architecturale. Au-delà de la production en série de masse, elle a permis aussi à l’architecte de fabriquer à moindre coût l’élément qu’il imagine en grande quantité. Une solution particulièrement adaptée à une tour, par exemple. L’industrie est également équipée pour sortir des pièces parfois exceptionnelles, comme une charpente en lamellé-collé de 100 m de long », explique l’architecte Sylvia Frey, dont les projets mêlent matériaux locaux et structures industrielles.

La chimie et les machines revisitent l’ensemble des techniques. C’est le cas pour la maçonnerie. Mortiers prêts à l’emploi, à prise rapide, enduits monocouches, mousse isolante projetée réduisent les aléas – erreurs de dosage, pénibilité, temps de mise en œuvre, nuisances de chantier. « La préfabrication des mélanges en centrale à béton a considérablement amélioré le confort des maçons au quotidien. L’arrivée de produits prêts à l’emploi et qui fonctionnent bien, y compris dans des domaines plus écologiques comme la maçonnerie en chaux-chanvre, limite les soucis auparavant rencontrés, notamment au niveau du séchage », explique David Ducrot, compagnon maçon et tailleur de pierre. Une aubaine également pour les autoconstructeurs et les bricoleurs, qui peuvent plus facilement se lancer dans un projet sans savoir-faire particulier avec des plaques Fermacell, des mélanges chaux-chanvre prêts à l’emploi ou des panneaux isolants prêts à poser.

Performances et temps de pose quantifiables

Autre commodité des produits industriels, la disponibilité plus large de leurs données. Alors que les réglementations, notamment environnementales, requièrent  de calculer les performances d’un bâtiment, les produits industriels affichent des caractéristiques précises…


Finitions : Préparer un support plâtre avant la finition

FINITIONS SUPPORT PLATRE

Préparation des plaques de plâtre Fermacell avant leur mise en peinture ou l’application d’un enduit.

Les plaques de plâtre Fermacell ont beaucoup d’avantages par rapport à leurs cousines du marché (contreventement, solidité…), mais elles ont quelques inconvénients. Outre leur poids élevé qui ne facilite pas leur manipulation, les plaques Fermacell nécessitent plus de préparation avant la pose d’une finition. Leur surface est rugueuse et fibrée. Peindre directement dessus ne suffit pas si l’on souhaite un résultat esthétique et la disparition des « défauts ». Le problème ne se pose pas pour les enduits de finition, car la surface est recouverte et cachée par ceux-ci. Néanmoins, le rebouchage des trous de vis est nécessaire et la pose d’un calicot sur les joints entre plaques est fortement conseillée pour éviter les fissures futures.


Enquête

Plâtre

Le renouveau du plâtre.

Longtemps oublié en construction écologique, le plâtre est vraisemblablement à l’aube d’une nouvelle vie. Faible énergie grise, ressource locale, extrêmement collant, sans retrait, ses atouts sont variés et rassemblent de plus en plus d’adeptes.


Main à la pâte

Enduit chaux sur plaque de plâtre

Enduit chaux sur plaque de plâtre.

Les plaques de plâtre cartonnées (BA 13, Placo, Fermacell) sont couramment utilisées dans les habitations contemporaines ou en restauration. Faciles à utiliser, elles offrent un résultat net, sans la consistance et la chaleur des murs traditionnels. Pour combler ce manque, il est possible de leur donner du corps, en les parant d’un véritable enduit minéral traditionnel.