Enquête matériaux : Dans les coulisses des isolants en textiles recyclés

textiles recyclés ENQUETE MATERIAUX La Maison écologique 128

Le secteur du bâtiment reste le premier consommateur d’énergie en France et émet près d’un cinquième des émissions de gaz à effet de serre. Dans son sillon, l’industrie textile est elle aussi polluante. Entre les piètres qualités et la « fast fashion » (ou mode jetable), les dégâts sociaux et environnementaux se calculent aussi en déchets. En France, le volume de vêtements jetés chaque année est estimé à 200 000 t, soit l’équivalent de 1,3 milliard de tee-shirts ou 28 tours Eiffel, dans son simple habit métallique. Quand ils ne terminent pas leur course dans les incinérateurs et les décharges, ils sont le plus souvent donnés à des associations caritatives ou déposés dans des bacs de collecte. Ceux du Relais, une entreprise d’insertion émanant du giron d’Emmaüs, en avalent près de 70 %. Dans la foulée, 20 centres de collecte et de tri répartis dans toute la France se chargent de classer manteaux, jupes, draps ou linges de maison pour leur trouver la bonne affectation.

C’est le cas des deux centres de Bruay-la-Buissière, à 10 km au sud-ouest de Béthune, dont le plus vieux existe depuis 1984. Distants de quelques centaines de mètres, les deux lieux embauchent 10 salarié·es, dont une grande partie sont en contrats d’insertion. « Près de 77 t de textile y transitent chaque jour. Ils proviennent des 22 000 containers répartis un peu partout en France », explique Sébastien Lepillier, responsable du centre de tri.

Départ vers une nouvelle vie

Véritables experts du textile, les agents positionnés le long du tapis roulant attrapent, tâtonnent, jaugent, puis jettent chaque pièce vers le bac qui convient. Pêle-mêle, l’entrepôt voit s’accumuler la « crème » qui sera vendue dans les magasins Ding Fring, le « mêlé » avec de la laine bientôt exportée au Pakistan et en Inde pour redevenir matière première et la « fripe » qui partira pour être effilochée ou vendue sur les marchés en Afrique de l’ouest. Le « BRM » (pour brûlé, mutilé) alimente la fabrication de CSR (des briques de combustible) à fort pouvoir calorifique qui alimentent notamment les fours de cimenterie. Enfin, émerge le « Meg », composé de jeans en mauvais état et de pantalons en velours, qui servira de matière première à l’isolant en laine de coton recyclée.

Dans la pièce suivante, Virginie traite « le blanc ». « Je récupère des serviettes de bain, des draps, des linges blancs et je les transforme en chiffons pour l’industrie ou des professionnels », détaille la salariée en passant un gilet de coton débarrassé de tout bouton entre les dents de sa scie circulaire. Plus loin, des balles de 400 à 600 kg, préalablement pressées mécaniquement, s’amoncellent avant d’être dispatchées vers leur destination. Parmi elles, un paquet de 503 kg aux teintes bleu clair, brut, délavé. Le précieux denim arrivera bientôt dans les effilocheuses de l’entreprise Minot, à Billy-Berclau (62), partenaire du


Rénover : Une autorénovation qui divise la facture de chauffage par 4

autorénovation RENOVER La Maison écologique 128

Mathilde et Adrien souhaitaient vivre dans une maison de ville, avoir deux chambres, un jardin, aller travailler en vélo ou en transport en commun. En 2017, le couple trouve une maisonnette typique de la région lilloise en brique rouge des années 1950, avec une véranda donnant sur le jardin. « Quand on a emménagé, ça ressemblait plutôt à un squat… On s’est dit qu’on allait rénover la maison au fur et à mesure en fonction de notre budget, tout en suivant un schéma cohérent de rénovation pour être performant à la fin », se souviennent-ils.

L’autorénovation : c’est plus intéressant financièrement

Autre souhait : rénover par eux-mêmes. « Plus intéressant financièrement », ont-ils d’abord jugé. En tant que conseiller dans un point Info-Énergie, Adrien ne voulait pas non plus acheter un logement dont il n’aurait pas suivi la rénovation : « Je préfère avoir quelque chose de brut. Dans mon boulot, nous passons souvent avec une caméra thermique dans les habitations l’hiver pour identifier les zones de déperditions d’énergie. Sur des constructions neuves ou des rénovations, nous repérons parfois un mur qui n’a pas été isolé. » Adrien voit aussi les conditions dans lesquelles certains artisans travaillent : « Une entreprise doit être rentable et n’a pas toujours le temps de mettre en place le détail qui permettra une excellente étanchéité à l’air. » Le couple décide donc d’autorénover en privilégiant des écomatériaux de qualité.

Leur priorité est d’isoler l’ensemble des surfaces, installer une bonne ventilation et, en dernier ressort, choisir le système de chauffage adapté. Du sol à la toiture et aux murs, de l’électricité au chauffage en passant par la plomberie, la ventilation, les nouvelles fenêtres et la gestion de la véranda existante, le chantier est vaste. Déjà bien informé grâce aux formations données au sein de son milieu professionnel par l’Ademe, Adrien peaufine son projet en profitant du savoir-faire de ses collègues. Il dévore également le livre L’Isolation thermique écologique de Jean-Pierre Oliva et Samuel Courgey, consulte le site ubakus.com
qui aide à planifier les bons isolants et identifier les risques de condensation dans les parois.

Conserver la perspirance des briques

Premier chantier pour le couple : isoler les murs par l’intérieur afin de conserver le cachet extérieur de leur maison en brique. Adrien précise : « Ça me permettait aussi de le faire moi-même. Isoler par l’extérieur était plus compliqué, plus cher : ça signifiait refaire l’étanchéité extérieure, les jonctions avec la façade des voisins ainsi que le contour des fenêtres. » Le couple pose de la laine de bois pour isoler tout en maintenant la perspirance de la brique*.


Vue d’ailleurs : En Belgique, un bâtiment 100% local

bâtiment 100% local VUE D AILLEURS La Maison écologique 128

À Namur, au sud de Bruxelles (Belgique), des entrepreneurs de l’écoconstruction ont érigé un bâtiment 100% local mi-expérimental, mi-totem. Pour encourager le recours à l’ossature bois, l’isolation paille ou aux Techno-pieux, ses concepteurs ont testé des techniques, en se reposant sur des ressources locales.

Un bâtiment 100% local

Son nom : Up Straw. Une référence au projet européen dans lequel s’insère la construction*. Mais surtout, un nom qui sonne comme un appel à faire monter la paille (« straw » en anglais), à l’élever au rang des matériaux incontournables pour les constructions sobres et performantes. « Avec Up Straw, nous voulons faire avancer l’écoconstruction en Wallonie. La faire valoir mais aussi valoriser le travail des entreprises qui existent déjà », explique Caroline Broux, architecte au sein de l’agence Hélium, partie prenante du chantier et cofondatrice du Cluster écoconstruction wallon qui réunit près de 260 professionnels pour sensibiliser et promouvoir la construction écologique. Le nouveau bâtiment, fraîchement achevé en août 2021, accueille l’administration du Cluster ainsi qu’un espace de coworking, et fait office d’avant-garde. Là-bas, les constructions bois avoisinent 12 à 15 % des chantiers neufs. « Si l’on ajoute le critère isolants biosourcés tels que la paille ou l’herbe, alors ce taux doit tomber à 6 ou 7 % maximum », estime Hervé-Jacques Poskin, délégué général du Cluster né en 2003. D’après lui, les clichés ont la peau dure : « En Belgique, on peut dire que les trois petits cochons ont fait du tort à la paille. Le pays a encore la brique dans le ventre. » 

Mais la suite de l’histoire n’est pas encore écrite. Dans le secteur, plusieurs entreprises, comme Paille tech dans la construction paille ou Mobic dans la construction bois, se sont lancées dans l’aventure depuis au moins 15 ans. Des écoles, des supérettes ou encore des maisons individuelles témoignent de l’attrait que l’isolant des champs suscite. Avec Up Straw, l’idée était d’aller encore plus loin en expérimentant des techniques de préfabrication. « Nous avons travaillé avec des bureaux d’études et des entreprises qui travaillent sur des maisons individuelles. Nous avons utilisé et adapté leur savoir-faire pour faire un bâtiment de bureaux, en éprouvant des techniques sur le remplissage paille et l’usage de grumes de bois peu transformées », illustre Caroline Broux.

Pour ce bâtiment, le principe constructif n’est pas totalement nouveau. Mais pour chaque étape, le collectif s’est donné à cœur joie pour tester de nouvelles manières de faire. Première intention : réaliser des caissons 3D, en atelier, et expérimenter une alternative à la paille en bottes pour l’isolation. « À partir de ballots, nous avons utilisé de la paille en vrac…


Principes de base et matériaux : Isolation

LA MAISON ECOLOGIQUE Principes de base et matériaux

Principes de base et matériaux :

  • Pour vivre heureux, vivons bien isolés : Comment atteindre une performance optimale ?
  • Les matériaux biosourcés, une solution d’avenir ? La filière connaît une belle progression, mais doit s’organiser
  • Les biosourcés, grands oubliés de la RE2020 ? vers une nouvelle réglementation pas si environnementale
  • La chasse aux petits trous : étanchéité et ventilation, un équilibre à trouver
  • L’essentiel des matériaux : synthétiques ou biosourcés, aperçu des principaux isolants du marché
  • La balade des isolants : Tour d’horizon des matériaux de cueillette

Cahiers pratiques : poser sa propre isolation

LA MAISON EOCOLOGIQUE Cahiers pratiques de mise en oeuvre pour poser sa propre isolation

Cahiers pratiques de mise en oeuvre : toutes les clés pour apprendre à poser sa propre isolation

  • Les outils incontournables
  • Schémas de principe
  • Poser une isolation de sol en liège
  • Isolation de façades par l’extérieur en chanvre en vrac
  • Mise en oeuvre d’une ITE en panneaux de fibre de bois
  • Réussir une ITI avec du Biofib’
  • Souffler de la ouate en combles perdus
  • Isoler en rouleaux sous rampants

Rénover : Un coeur de pierre couvert d’un manteau de paille

rénover une bâtisse en pierre

À Saint-Appolinaire, dans le Rhône, Clément et Emmanuelle ont fait le choix de rénover une bâtisse en pierre partiellement en ruines. En visant une simplicité d’exécution et une faible énergie grise tout en respectant les irrégularités de l’existant, ils ont dû faire preuve d’inventivité.

Le vitrail multicolore réalisé par Emmanuelle et niché entre le mur en pierre du salon et la salle de bain illustre la faculté de Clément et Emmanuelle à réutiliser la matière cassée, usée, délabrée pour ériger du « Beau ». Cette dernière décrit : « Il ne s’agit que de verres de récupération que j’ai taillés, teintés et assemblés avec du silicone liquide entre deux plaques. » Clément ajoute : « On a récupéré des liteaux en chêne pour faire le cadre. » L’arbre de vie qui en constitue le motif chatoie de cyan, de feu et de doré, « en référence à Klimt », un peintre autrichien. Il est vif, irrégulier mais harmonieux, et orne le cœur d’une création plus grande encore : leur maison, autorénovée sur la base d’un bâtiment de pierres, elles aussi cassées, usées ou délabrées.

Auto-rénover une bâtisse en pierre d’un manteau de paille

« Avant notre arrivée en 2016, le lieu était abandonné depuis cinquante ans. Il ne restait que quatre murs en pierre, un toit pourri, cinquante chats et l’odeur qui va avec ! », ironisent-ils. D’après leurs fouilles quasi archéologiques, le bâtiment aurait été « une ferme, puis une maison d’habitation, puis un atelier avec un métier à tisser ». Le terrain de 2 000 m2 était « si arboré qu’on ne le voyait pas de la route en contrebas. De la végétation avait même poussé dans l’éboulis d’un mur ». Mais le charme des vieilles pierres a eu raison de leur première impression. La capacité inertielle(1) des roches et le potentiel bioclimatique du bâti orienté sud, face à l’horizon dentelé du Beaujolais Vert, aussi. Ils se lancent donc dans une autorénovation avec, comme étendard, simplicité d’exécution, faible énergie grise et respect de l’existant.

D’abord, ils divisent le bâtiment d’environ 100 m² au sol en deux parties. Du pignon sud jusqu’au premier mur de refend, ils dessinent la maison à rénover et à augmenter d’une extension largement vitrée. La surface habitable est portée à 170 m² avec un étage, pour loger les cinq membres de la famille. La partie au nord restera un garage et un espace tampon entre les températures extérieure et intérieure. 


Cahier pratique : Poser une isolation extérieure en liège

liège

En isolation thermique par l’extérieur, le liège, durable et d’origine naturelle, peut être utilisé comme isolant. Il peut même faire office de revêtement pour habiller la façade. Seule condition pour un résultat esthétique et performant : une mise en œuvre précise.

Protéger sa maison via une écorce qui joue d’un seul coup l’isolation des murs et la finition de la façade, c’est possible grâce aux atouts du liège spécial façade, disponible sous forme de plaques de 50 x 100 cm (ép. de 50 à 200 mm). Quand il est utilisé comme isolant, le liège est « expansé », c’est-à-dire chauffé sous pression pour améliorer ses qualités isolantes. Le liège dédié aux façades l’est aussi, mais sa densité est plus élevée (140-160 kg/m3 contre env. 120 kg/m3). Ses propriétés isolantes sont légèrement plus faibles, avec une conductivité thermique de 0,040 à 0,042 W/m.K contre 0,040 W/m.K pour le liège expansé courant, d’après le producteur Amorim. En revanche, sa durabilité est renforcée face aux intempéries. 

Finition venue du Portugal

Fabrice Thénault, gérant de la société Écorce habitat (87) a découvert cette technique via un client portugais. « Au Portugal, explique le professionnel, ce revêtement est très répandu. En France, il est moins connu, mais il prend tout son sens par ses qualités isolantes et esthétiques. » Lignes nettes, aspect très nature, ce revêtement original et durable a une couleur taupe quand il est neuf, légèrement argenté après quelques années à l’extérieur. Attention toutefois, certains panneaux présentent de petites zones à l’aspect dur et brillant (type carbonisé), qui resteront noires dans le temps. Un choix qualitatif adapté aux rénovations globales (menuiseries, isolation de toiture, etc.), pour un coût en matériaux d’environ 92 € TTC/m2 pour ce chantier, soit le même ordre de prix qu’un complexe d’ITE composé d’un isolant et d’un bardage extérieur. 

OUTILS

• Scie circulaire (profondeur de coupe minimum 80 mm)

• Idéalement scie sur table

• Meuleuse d’angle équipée d’un disque à ailettes

• Perforateur

• Mélangeur

• Visseuse

• Niveau laser

• Spatule crantée 20 mm

• Ponceuse à bande avec disque grain 40 à 80

Matériaux et Coût

• Liège expansé spécial façade ép. 80 mm, plaque 50 x 100 cm : 52 € TTC/m2 (+/- 10 %)

• Liège expansé standard ép. 80 mm, plaque 50 x 100 cm : 28 € TTC/m2

• Mortier-colle fibré à base de chaux hydraulique NHL5 : 8 € TTC/m2

• Chevilles à frapper pour isolant : 4 € TTC/m2

• Lisse basse Pliage Alu RAL 7016 : 24 € TTC/m


Ils se sont battus pour éviter les coûts

MAITRISER LE BUDGET RENOVATION

Le combat d’Astrid et Jérémie pour maîtriser le budget de leur rénovation a été payant. Malgré les imprévus qui ont alourdi la note et contrarié les travaux, leur pavillon d’Ille-et-Vilaine est passé de passoire énergétique à logement basse consommation.

Un combat de longue haleine

Maîtriser les coûts d’une rénovation est un combat de longue haleine. En Ille-et-Vilaine, Astrid et Jérémie Emery-Schiettecatte ont dû conjuguer avec un budget contraint, des exigences de performance énergétique et de matériaux écologiques, ainsi que des mauvaises surprises qui plombent les factures.

Pour les guider, ils enrôlent l’architecte Séverine Duchemin, qui propose de démonter le chien assis, grande lucarne intégrée dans la toiture, et le remplacer par une gerbière, qui rejoint le plan de la façade en prolongeant le mur des niveaux inférieurs. Petite fuite dans le porte-monnaie suite à la dépose du chien assis durant l’hiver : le bâchage défaillant provoque des infiltrations dans la chambre d’Eliot, obligeant à reprendre une partie du parquet. Au-dessus de cette gerbière au toit presque plat, un élément en zinc reprend la pente d’origine « pour pouvoir installer les panneaux solaires avec une inclinaison optimale de 40-45°, pointe Séverine Duchemin. On aurait pu les mettre à côté, mais cette boîte centrale aurait porté son ombre sur les panneaux ». Très peu visibles, ils ne sont pas encastrés dans la couverture, « faisant économiser à peu près 1 000 € ».

La subtile valse des fenêtres

Toutes les ouvertures sont conservées, mais les fenêtres sont redimensionnées pour être plus harmonieuses et pratiques. « On a cassé les allèges sous d’anciennes fenêtres pour en faire des portes-fenêtres donnant accès à la future terrasse en hauteur, détaille l’architecte. Agrandir l’ouverture permet d’avoir plus de lumière, on retrouve en hauteur ce qu’on perd en largeur de vitrage à cause de l’isolation des tableaux. » Mais dans la chambre au premier étage, les propriétaires ont « résisté à la tentation de transformer la fenêtre en porte-fenêtre, ce qui aurait impliqué des travaux de maçonnerie, donc un surcoût, alors qu’elle ne donne pas sur la terrasse et aurait requis un garde-corps », souligne Astrid. De plus, cela permet de caser le radiateur dessous.

Pour bénéficier de la lumière naturelle et de la vue jusqu’à la cuisine positionnée au nord, la cloison qui la séparait du séjour est déposée. « Un ingénieur structure a vérifié que le ferraillage présent dans la poutre qui passe au-dessus pouvait bien porter le plancher supérieur sans ajouter de poteau », précise Séverine Duchemin. Lorsque le porte-feuille se renflouera, une verrière fermera la cuisine pour l’isoler en termes de bruit et d’odeurs tout en gardant la lumière et la vue qui ont séduit le couple lorsqu’il a visité la maison.