Habitat groupé : Un hameau partagé et solidaire

Un hameau partagé et solidaire

Six logements, de multiples espaces de vie communs, un lieu d’accueil social, une boulangerie… Les douze habitants de ce lieu acheté en 2016 ont recréé un véritable petit village.

Un vendredi de printemps, à la Bigotière. Posée près d’un petit bois, à mi-chemin entre Rennes et Saint-Malo, l’ancienne ferme reconvertie en un habitat groupé de six logements dans deux bâtiments accueille ce jour-là divers chantiers et activités. « On a un petit muret de pierres à terminer, détaille Jean-Luc. Il faut aussi trier du bois, terminer de nouvelles toilettes sèches, creuser une mare au jardin et faire des semis. » Des bénévoles arrivent les uns après les autres dans la salle commune. Ils jettent un œil au tableau qui liste les chantiers, demandent où ils peuvent se rendre utiles, puis filent travailler. « On devrait avoir une trentaine de personnes à midi », calcule Nathalie, avant de partir préparer des paniers garnis de produits locaux qui seront distribués en fin de journée. Dehors, le bruit des scies et des marteaux se mêle à celui de la musique qui s’échappe des fenêtres ouvertes de la maison des « Trois petits pas », un lieu d’accueil pour de jeunes mères isolées et leurs bébés, où travaillent trois des habitantes de la Bigotière. « Dès le départ, notre projet d’habitat groupé souhaitait intégrer un lieu d’accueil social. Le très bon état de la maison où sont installés les Trois petits pas a fait partie des arguments qui nous ont décidés à acheter la Bigotière », explique Gilbert.

Un lieu grand ouvert

Les lieux apparaissent ce jour-là tels que les avaient rêvés leurs propriétaires : vivants, chaleureux et ouverts vers l’extérieur. D’abord évoquée sous forme de blague, au détour de vacances ou de week-ends en commun, l’idée d’un habitat collectif a finalement pris corps. C’était en 2012. « Nos enfants avaient grandi. Nous avions moins de contraintes et nos maisons étaient devenues trop grandes, évoque Jean-Luc. C’était le moment, pour nous, de réfléchir à de nouveaux modes de vie. » 

Dès le départ, il est question de mêler habitat, accueil et activités culturelles. Après moult réunions et la visite d’une quarantaine de lieux, le collectif jette son dévolu sur la Bigotière, qui cumule pas mal de ses exigences. « Nous voulions sortir de l’agglomération rennaise, aller vers le nord pour nous rapprocher de la mer, trouver un bâti ancien pour ne pas empiéter sur des terres agricoles et avoir suffisamment de bâtiments pour monter nos projets », précise Jean-Luc. La grande proximité des bâtiments offre en plus la possibilité d’avoir des équipements partagés : les six logements sont raccordés aux cuves de récupération de l’eau de pluie, une phytoépuration collective a été mise en place et une chaudière à granulés alimente trois des logements.


Habitat groupé : La Semblada a les communs à cœur

HABITAT GROUPE-N°129, La Maison écologique, À La Semblada, les communs à cœur

Ils sont réunis dans la salle commune de La Semblada pour l’apéro. Cela fait de longs mois que ce n’est pas arrivé, la pandémie de Covid-19 ayant eu raison, pendant un temps, des échanges conviviaux non masqués. Cet espace accueillant est au cœur de l’immeuble que sept familles – douze enfants et douze adultes – partagent depuis fin 2018 à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) dans l’écoquartier de Trémonteix. Le premier habitat participatif porté en autopromotion en Auvergne. Lors des multiples échanges destinés à trouver les moyens de réduire le budget global de ce projet, elles n’ont rien lâché sur ce point. Pas question de renoncer à donner une place centrale à la salle commune. « Nous avons préféré réduire l’ensemble du bâtiment, donc la surface de chacun des sept appartements, plutôt que de rebuter cette pièce dans un coin sombre où nous n’irions jamais », raconte Audrey, dont le duplex est, par exemple, passé de 89 m2 initialement à 82 m2.

Une décision ferme, mûrie au fil des formations et nombreuses visites d’habitats groupés, réalisées après la première réunion organisée en 2011 par Yannick et Brigitte, à l’initiative du projet. De ce travail instructif, le groupe a tiré une seconde leçon pour maintenir le lien entre les habitants sur le long terme : l’importance d’organiser les espaces de façon à favoriser les rencontres fortuites. Pour concrétiser ces attentes, l’atelier d’architecture du Rouget, créé par Simon Teyssou, est sélectionné. « Ce dernier avait déjà eu, à titre personnel, une expérience d’habitat participatif et c’était le seul à nous parler autant de la façon dont nous voulions vivre dans le bâtiment que d’architecture », justifie Mickaela.

Un patio fédérateur

Le résultat est là. Dans cet immeuble principalement en bois, opportunément baptisé La Semblada, qui signifie « assemblée » en patois auvergnat, toutes les entrées des appartements donnent, comme la salle commune de 45 m2, sur le patio central. « Cette organisation n’était pas la moins onéreuse, mais c’était un effort à faire pour le collectif. Nous ne le regrettons pas », poursuit Mickaela. Pour profiter au mieux de cet espace convivial, une terrasse a été réalisée par le groupe sous le préau qui ouvre sur le jardin. Table de ping-pong et banquettes en palettes y sont désormais installées.

Autre point qui a son importance : six des sept familles mutualisent quatre machines à laver dans une buanderie partagée (10 m2), située sciemment au fond de la salle commune. Impossible d’aller laver son linge sale en famille sans croiser les voisins ! 


Habitat groupé : Éloge de l autoconstruction collective

autoconstruction collective

À Saint-Médard-sur-Ille, en Bretagne, huit maisons partiellement autoconstruites ont permis à des foyers de devenir propriétaires, tout en découvrant l’écoconstruction et la richesse de la vie collective.

L’autoconstruction collective, un vrai pari

Faire accéder à la propriété d’une maison écologique et performante de 85 m2 pour 140 000 €, moyennant une participation aux travaux. C’est le pari que s’étaient lancé la mairie de Saint-Médard-sur-Ille, à 25 km au nord de Rennes, le bailleur social Néotoa et l’association Compagnons bâtisseurs. « On avait déjà procédé à un projet similaire à Langouët [situé dans la même communauté de communes, ndlr], mais seulement sur les annexes et les clôtures, relate Véronique Cornillet, architecte. Pour des maisons, c’était vraiment une première. » « Concevoir des plans qui respectent l’enveloppe budgétaire et qui soient réalisables en partie par des non-professionnels, c’était une vraie difficulté, avance Mickaël Laurent, chargé de développement chez Bruded, un réseau d’échanges d’expériences de développement durable entre collectivités, qui a observé avec grand intérêt ce projet. Il fallait en plus qu’elles soient conformes à la réglementation thermique tout en étant écologiquement performantes. » 

Sorties de terre en décembre 2017 et inaugurées en septembre 2018, les huit maisons ont tenu leurs promesses thermiques : il y fait bon en toute saison. « On a même enlevé les convecteurs prévus pour les chambres, relate élodie, qui habite l’un des logements avec son mari et leurs trois enfants. Le chauffage bois suffit. » Les habitants goûtent particulièrement ce confort alors que les coûts de l’énergie s’envolent, de même que le nombre de personnes en situation de précarité énergétique.

Huit ménages sur un chantier

« Il y a huit maisons à ossature bois, isolées en laine de bois et chauffées par des poêles à granulés, détaille Mickaël Laurent. Les maisons ont été vendues en Vente en état futur d’achèvement (Vefa) par Néotoa qui avait auparavant acheté les terrains à la mairie. Les habitants se sont occupés essentiellement du second-œuvre : isolation, pose de cloisons sèches, carrelage, peinture… » Le mélange des genres, à savoir des maisons commandées mais partiellement autoconstruites, n’a pas été aisé à saisir pour les habitants. « Les gens avaient deux casquettes : face à nous ils étaient acquéreurs, mais sur le chantier ils étaient artisans. Cela a généré des confusions, détaille Véronique Cornillet. Il était question que les gens mettent la main à la pâte côté travaux, mais c’est tout. Les maisons étaient déjà dessinées, on ne pouvait plus en modifier la conception. » Élodie résume : « C’est vrai que quand on montait les cloisons, on se disait qu’on aurait bien ajouté un placard ou deux, mais ce n’était pas dans les plans. On n’a pas la même vision en tant que futur habitant par rapport à une architecte qui répond à
une commande. »


Dossier : Pour demain construire ou rénover

construire ou rénover

Désormais, le « rêve » d’un pavillon avec jardin n’apparaît plus comme un eldorado. Pire, la maison individuelle ne serait plus « soutenable » et même devenue symbole d’un « non-sens économique, écologique et social » nous menant directement « dans une impasse ». Ces mots, prononcés mi-octobre 2021, ont soulevé un tollé général. Leur autrice, la ministre déléguée au Logement Emmanuelle Wargon, a dû se justifier, détailler, réexpliquer. Car s’attaquer au modèle de l’habitat individuel relève de la gageure. Au-delà des professionnels de la construction, c’est toute la culture du logement et de la propriété à la française qui s’est sentie taclée.

La contrainte du contexte

À l’heure où l’urgence climatique oblige à envisager une transformation globale des modes de vie, l’habitat n’est, en effet, plus épargné. À lui seul, le secteur de la construction représente près d’un quart des émissions des gaz à effet de serre en France, dont les deux tiers sont imputables au résidentiel. Dans son rapport remis en novembre, « Habiter dans une société bas carbone », The Shiftproject, association créée en 2010 pour imaginer une société libérée des énergies fossiles, rappelle que ces émissions sont « en très grande majorité le fait du chauffage et des consommations d’eau chaude sanitaire(1) ».

Construire ou rénover ? telle est la question…

Pour relever le défi climatique, la construction neuve et sa consommation énergétique sobre induite par les nouvelles réglementations telles que la RE 2020, fraîchement entrée en vigueur en ce début d’année, ne suffira pas. La rénovation du parc existant, et surtout sa rénovation énergétique, reste le défi majeur. Pour tenir les objectifs du Plan climat, rénover au moins 500 000 logements par an est annoncé comme nécessaire quand 300 000 nouveaux sortent de terre chaque année(2). Une raison suffisante pour recommander aux familles qui veulent se bâtir leur « sweet home » de renoncer au neuf pour aller vers de la rénovation ?

Pour de nombreux architectes, comme Ludovic Devernay en Bretagne, spécialisé dans l’écoconstruction et l’écorénovation, tout est question de contexte, notamment géographique.


Habitat groupé : à la bonne choux-quête

Habitat groupé

Mutualisation des espaces, des équipements, des tâches et ouverture au reste du village : bienvenue aux Choux lents ! Un habitat (très) participatif dans le Rhône.

Sept foyers constituent l’habitat groupé

À 12 h 30, entre-chocs de couverts, rires d’enfants et conversations mêlées résonnent au-delà de l’imposante maison en pierre. Derrière, une cour, cernée par trois bâtiments rénovés, accueille une longue tablée. Audrey, Ludo et leurs enfants Dorian et Margot mangent en compagnie de Micha, Marie, Lucie et sa fille Lili. Ils sont une partie des sept foyers qui constituent l’habitat participatif Les Choux lents, créé en 2012 à Saint-Germain-au-Mont-d’Or (69). Ici, le partage des repas et de ses nourritures est comme la métonymie de leur philosophie : convivialité du collectif et mutualisation.

« On fait les courses en commun. C’est l’une de nos particularités », raconte Audrey. Elle qui de métier accompagne des groupes pour monter des habitats participatifs note que c’est une chose rare. Pour 17 Choux (propriétaires associé·es), Choux-fleurs (compagnes et compagnons de Choux) et Chouquettes (enfants de Choux et de Choux-fleurs), c’est toute une organisation. À chacun sa tâche : un pilote Amap pour les produits frais, un pilote Biocoop pour le vrac de produits secs, un pour le ramassage de courses, un pour la gestion des stocks, un pour la gestion des comptes… « Mais chacun reste libre de manger dans les espaces communs ou pas, de cuisiner dans son espace privatif, puis manger avec les autres ou de cuisiner avec les autres, puis manger chez soi. Dans tous les cas, la nourriture est à tout le monde », poursuit-elle. « L’hiver, on a plus tendance à s’inviter à manger les uns chez les autres », concède Lucie. Seul repas rituel où tout le monde cuisine pour tout le monde : celui de la réunion plénière, une fois toutes les deux semaines.

Grands communs

La taille des communs est pour beaucoup dans ce fonctionnement. Surtout la cuisine, au rez-de-chaussée de la maison du XIXe siècle dont le charme a été conservé. Cette large pièce, équipée d’un bar et d’une grande table, est fournie d’ustensiles, parsemée de boîtes et pots de conservation. À chaque porte de placard et tiroir, son étiquette : céréales, légumineuses, lait, boissons… Et encore, tout n’y est pas stocké ! Un garde-manger est étagé dans le cellier. Le salon aussi est généreux, il y règne une ambiance de salle de jeux. Le parquet en point de Hongrie craque sous les pas et les portes de placard grincent après le déclic des vieilles clés.


Oser l’écorénovation en copropriété

écorénovation en copropriété

En France, les copropriétés représentent 10 millions de logements, soit 30 % du parc existant. Afin de rénover des immeubles vieillissants, des habitants optent pour les matériaux biosourcés et les énergies renouvelables. Un travail de longue haleine.

D’abord un diagnostic complet

Dans le 3e arrondissement de Lyon, les échafaudages n’entourent plus la copropriété de la rue Martin. Les travaux de cette résidence rénovée à partir de matériaux biosourcés sont en cours d’achèvement. La première étape de ce long processus a été d’élaborer un diagnostic complet des systèmes énergétiques (chauffage, ventilation…) et de l’architecture (façades, toit…) afin d’identifier les besoins. Dès la naissance d’un tel projet, Jessica Jacoby Koaly, responsable de l’animation des entreprises affiliées CoachCopro(1) au sein de l’Agence parisienne du climat, recommande de se rapprocher de l’agence locale de l’énergie la plus proche pour se faire aider gratuitement par un conseiller Faire(2). « Il aidera les habitants à identifier les besoins de la copropriété, trouver des professionnels pour réaliser le diagnostic de l’immeuble, mais aussi une entreprise chargée de l’assistance à maîtrise d’ouvrage et un maître d’œuvre », précise-t-elle. 

Ensuite les matériaux

Après ce diagnostic, les habitants de la résidence lyonnaise bâtie en mâchefer, matériau à base de résidus solides provenant de la combustion du charbon, envisageaient « d’isoler en laine de roche, pensant que les copropriétaires ne seraient pas prêts à assumer le surcoût de la fibre de bois. Finalement, avec une offre quasiment au même tarif et des bonus accordés par la Métropole de Lyon pour les biosourcés, le ravalement et l’isolation n’ont coûté que 2 300 € de plus qu’un ravalement simple », retrace Mathieu Cadic, membre du conseil syndical. Soit un surcoût de moins de 1,8 % du budget total.

Puis les assurances entrent dans la danse

En 2019, la plupart des assurances n’offrant pas, en copropriété, de garantie décennale sur l’utilisation des produits n’ayant pas obtenu d’avis technique, l’architecte et ses voisins se renseignent auprès de Zolpan/Pavatex. L’entreprise en charge des travaux choisit le procédé Webertherm XM Fibre de bois qui associe des panneaux de fibre de bois de 16 cm à un enduit minéral à la chaux aérienne projeté. « Nous avons revêtu les façades nord et ouest avec cet enduit car il offre une meilleure perméabilité à la vapeur d’eau », explique Mathieu Cadic, copropriétaire. En effet, si le mâchefer, matériau poreux, se gorge trop d’humidité, cela peut causer des dégradations comme des fissures dans les murs. La façade est, à plus de 50 % mitoyenne, n’est pas isolée, de même que le sud. Présentant une grande porte-fenêtre et des balcons étroits, cela aurait impliqué trop de découpes d’isolant.


Habitat groupé : Du participatif dans l’accession sociale à la propriété

ecoterra

Participatif, écologique et social

Les résidents d’Ecoterra, premier immeuble bois-terre-paille construit à Strasbourg, vivent dans un véritable laboratoire urbain. Ses 14 logements conjuguent habitat participatif et accession sociale à la propriété.

Une usine à gaz ? Plus maintenant. L’habitat participatif Ecoterra est sorti de terre en bordure de la route du Rhin, entre Strasbourg et Kehl (Allemagne); sur la friche d’une ancienne usine de production de gaz. Et à l’inverse de ce que laisse supposer l’expression, ce projet d’habitat vertueux porté par le bailleur social bas-rhinois a plutôt eu la vie facile. Depuis 2015, le bardage en douglas non traité de l’immeuble émerge dans l’écoquartier du Danube; situé au cœur d’une ancienne zone portuaire nouvellement urbanisée. Le bâtiment de 14 logements, sur quatre niveaux, se distingue par sa double originalité. Il est le premier bâtiment collectif « bois-terre-paille » construit dans la capitale alsacienne et, pour y vivre, ses habitants ont bénéficié d’un dispositif d’accession sociale sécurisée à la propriété.

Concrètement, ce dispositif permet à des ménages aux revenus modestes ou moyens de devenir propriétaires d’un logement neuf à des prix maîtrisés. En cas de difficultés financières, le bailleur social garantit le rachat de leur habitation pendant 10 ans. Il garantit également leur relogement dans une location du parc HLM pendant 15 ans. « La garantie de rachat se limite à 10 ans; car au-delà une majeure partie des échéances a été payée. C’est une première pour Habitat de l’Ill, car nous contrôlons très attentivement les capacités financières de nos candidats à l’accession », expose Laurent Kohler, directeur général d’Habitat de l’Ill.


Habitat groupé : Mascoop, le virus du vivre-ensemble

Habitat groupe mas coop

Près de toulouse, la coopérative d’habitants Mas Coop a créé onze logements autour d’une maison commune.

En ces temps de confinements sanitaires, ils n’en apprécient que plus les joies de l’habitat groupé. En temps de pandémie, l’habitat groupé se découvre une nouvelle carte à jouer. « On se reconfine quand vous vou­lez!», s’esclaffe Cécile. Après 15 jours de« quarantaine», la vie collective a repris au rythme des désinfections des poignées de la maison commune et des machines à laver partagées. Mais face aux écoles closes, la mixité sociale et générationnelle a permis à certains de travailler sans être bloqués par leurs enfants; en cours d’anglais chez la voi­sine Marie-Lou ou occupés au potager avec Robert. Seuls deux habitants partaient chaque semaine faire les courses pour les 14 adultes et 9 enfants.

Ces onze logements participatifs à Beaumont-sur-Lèze (31) sont nés fin 2014, quand deux couples quittent un projet qu’ils ne jugent plus viable. Moins de quatre mois après, ils mettent le grappin sur ce terrain de 1,1 ha. Le propriétaire accepte de leur louer le bâtiment existant, dans lequel ils vivent à compter d’août 2015 « en coloc » le temps de créer la coopérative, d’obtenir le prêt, le permis de construire, etc. Depuis, « on conseille aux groupes de chercher une mai-son existante plutôt que des terrains nus, rares et hors de prix. Si on avait dû la bâtir en plus des logements, on aurait fini par se contenter d’un hangar… Alors que c’est le centre de la vie de notre petit hameau ! », insiste Stéphanie.


Habitat groupé : Rencontre avec des andralopithèques

écohameau Mas d'Andral

À l’approche du Vigan, au nord du Lot, un petit panneau blanc indique discrètement le lieu-dit Mas d’Andral. Mais à peine engagé sur la petite route, d’autres panneaux donnent le ton d’une manière plus tonitruante : « Non au compteur Linky ! », « Linky non merci ! ». Bienvenue à l’écohameau du Mas d’Andral.

Nichées au cœur d’une petite vallée sèche, sur un terrain de près de 9 ha, quatorze maisons habitées et deux en cours de construction constituent le lieu de vie d’une trentaine d’habitants. Quatre d’entre eux sont de corvée de poubelles en ce dimanche un peu grisâtre de début septembre : Françoise, Hervé, Patricia et Christiane, bientôt rejoints par Aline, s’affairent autour de la cuisine d’été, un petit auvent réalisé en matériaux de récupération et servant de lieu de convivialité pour tout le voisinage. À côté, un poulailler enduit de chaux accueille une petite bassecour qui dispense des œufs frais aux habitants. Christiane se souvient : « Le poulailler était la seule construction sur le terrain quand nous l’avons acheté ! »

Des fondations…

C’est un 14 juillet 2008 qu’a débuté la prise du Mas d’Andral par ses futurs occupants, se remémore-t-elle : « L’initiateur du hameau habitait à Villeneuve-sur-Lot et a trouvé ce terrain, vendu en deux parcelles. Nous avons été une trentaine à pique-niquer sur le site et le projet était lancé. » S’ensuit tout un travail de communication et de rencontres avec les habitants de la commune et les pouvoirs publics pour présenter le projet d’écohameau.

Le groupe se dote rapidement d’une charte, articulant solidarité, esprit de partage et écologie, ainsi que d’un cahier des charges, qui concerne aussi bien les principes de construction (toilettes sèches obligatoires, récupération d’eau de pluie, matériaux locaux et biosourcés) que la gestion des terres agricoles, des jardins collectifs et l’occupation du sol. Comme le rappelle Françoise, « sur ce dernier point, la mitoyenneté est au coeur du principe constructif de l’écohameau. Avec une occupation du sol par parcelle de 85 m2 maximum et 25 parcelles viabilisées, nous avons voulu regrouper pour laisser de grands espaces naturels sans construction ».

Côté énergie, si les habitants souhaitaient au départ rendre obligatoire l’installation de chauffe-eau solaire, le coût n’était pas accessible à toutes les bourses. « On a par contre décidé de se fournir en électricité exclusivement chez Enercoop et de limiter la puissance par maison à 3 kVA, soit le minimum possible », précise Christiane. Ce qui ne pose aucune difficulté pour la vie quotidienne, comme tiennent à le souligner les habitants. […]


Habitat Participatif vivons heureux, vivons groupés !

Habitat Participatif

Partager un immeuble ou une maison, mutualiser un potager, une chambre d’amis et des panneaux solaires afin de mener une vie plus solidaire et écologique… En ces temps de crise sanitaire, écologique et sociale, l’habitat participatif prend tout son sens. Etat des lieux de cette autre façon d’appréhender le logement.

De solides fondations humaines

Un habitat participatif se construit d’abord sur l’humain. Il ne s’agit pas tant de bâtir des logements que de réussir à bien vivre ensemble.

« Quand je me suis cassé le bras, je ne pouvais plus cuisiner. Tout l’immeuble s’est spontanément relayé pendant trois semaines pour me préparer à manger. Depuis, je garde souvent les enfants de mes voisins. Pour moi qui ai 80 ans, c’est un rêve de vivre dans un tel environnement », raconte Claire Galland, ancienne psychothérapeute et résidente à Écoravie, une coopérative d’habitants basée à Dieulefit (Drôme).

Une architecture participative

La bâtiment a un rôle à jouer pour favoriser le vivre-ensemble. Surtout quand les futurs habitants participent à sa conception.

Aucun n’est droit ! Et c’est voulu. Les immenses poteaux de bois qui transpercent les coursives des deux immeubles sont plantés à la manière d’une forêt. Le bord du toit, déstructuré, semble onduler sous la chaleur de l’été montpelliérain. Entre les bâtiments, une bande d’enfants joue, profitant de l’ombre portée. Bienvenue à MasCobado, un habitat participatif urbain pensé pour le climat méditerranéen, mais aussi pour la convivialité. « Dans le Sud, on aime vivre dehors, mais attention à ne pas créer d’îlots de chaleur en bétonnant. Ici, le défi architectural était de concevoir un bâti bioclimatique, très ouvert sur l’extérieur, tout en préservant l’intimité des logements, explique Laurent Pelus, architecte chargé du projet. Le second défi consistait à associer les habitants. »

Les statuts de la liberté

Copropriété, société civile immobilière, coopérative d’habitants… Le choix du statut juridique dépend de notre rapport à la propriété et de nos capacités de financement. Il est autant pratique que politique.

Un habitat participatif est un lieu de vie, pas un montage juridique. C’est pourquoi le statut n’est qu’un outil au service du projet.

Quel avenir pour l’habitat participatif ?

Malgré sa capacité à répondre aux enjeux climatiques et sociaux, l’habitat participatif peine à faire entendre sa voix auprès des institutions et à trouver des financements.
Banques frileuses, communes rechignant à débloquer du foncier, loi Alur à laquelle il manque des décrets d’application pour jouer son rôle d’accélérateur… « Il est temps que ça change. L’habitat participatif apporte une vraie réponse à l’urgence climatique et sociale. Nous voulons être considérés pour ce que nous sommes : des acteurs du logement », assène Odile Guillemot, présidente d’Habitat participatif France, qui a publié une tribune en avril pour interpeler les pouvoirs publics sur la nécessité d’inscrire cette « autre façon d’habiter » dans l’offre de logements nationale.