Habitat groupé : Rénover en famille un habitat participatif



Le Penjat, habitat participatif bienveillant.

« Durant un an et demi de travaux, on n’avait pas beaucoup de sujets de conversation hormis la couleur des poignées et la date du prochain chantier ! Après avoir emménagé, on a fait appel à une intervenante pour vivre autre chose que le projet immobilier », retrace Delphine, l’une des 17 occupants du Penjat, une ferme de 1820 réhabilitée en habitat groupé à côté d’Auch (32). Si la taille du groupe (sept foyers) et les valeurs communes n’ont pas fait naître de tensions particulières, cet atelier « a remis l’humain au centre de nos réflexions. On passait du temps ensemble pour soulever des sacs de sable ou savoir combien il manquait d’argent à tel endroit ; on n’était pas dans la recherche du vivre-ensemble. Ce n’est pas qu’il n’existait pas, mais on avait besoin d’en prendre soin ».

Sa voisine Fabienne acquiesce : « On peut se projeter dans l’habitat partagé pour plein de raisons, écologiques, humaines… Mais, confrontés à ce que nous sommes, dans toutes nos différences, on doit faire preuve d’un certain lâcher-prise. On fait des trucs qu’on n’aurait pas pensé faire ; on apprend et ça fait grandir notre humanité. On s’ouvre aux autres et on fait tous le pas nécessaire pour que le projet fonctionne. Si quelque chose m’ennuie, il faut savoir en parler et ce stage nous a montré comment le faire tout en prenant soin du collectif. »

Stratégie de la porte ouverte

Le plus gros changement constaté par les « Penjatiens » par rapport à leurs précédents lieux de vie découle peut-être de l’histoire du chantier. Lorsqu’ils emménagent, les portes des logements ne sont pas installées. Bien qu’elles le soient désormais, « on vit les portes ouvertes. On se croise, on discute… Ou on ne discute pas ! », sourit Delphine. Une façon de provoquer la rencontre, comme avec la salle commune qui a mis du temps à jouer son rôle. « On y allait peu. Le jour où un canapé y a fait son apparition, on a compris qu’on pouvait y être vraiment bien ensemble. Et encore plus quand une cuisine y a été installée. »

À l’occasion de son premier Noël, en 2021, le Penjat s’est offert un vidéoprojecteur pour la salle commune. « C’est important d’avoir des temps ensemble qui ne soient pas programmés périodiquement et qui deviendraient une obligation. J’informe les autres que je fais une soirée cinéma gourmand, Untel me demande de quoi j’ai besoin et ce petit moment se partage à l’improviste, tout en laissant la possibilité à chacun de dire qu’il est fatigué à cause du boulot ou qu’il n’a pas envie ce soir. »

Pour fluidifier les relations et la gestion des lieux, l’application numérique Signal décline divers fils de discussion pour la culture du potager entre ceux qui souhaitent y participer, de même pour le poulailler dont les œufs sont à disposition dans le couloir d’entrée, pour gérer les imprévus de la vie quotidienne, les réservations de la chambre d’amis commune, les possibilités de covoiturer pour les courses ou une séance de cinéma, pour se féliciter quand quelque chose fonctionne ou alerter dans le cas inverse… « Une fois, on mettait un miroir dans la salle de bains, hop un petit Signal : quand ça passe à travers le mur, je fais quoi ? L’un a répondu sur la messagerie, un autre est venu sur place et c’était réglé », raconte Anne-Marie, l’une des quatre instigateurs du projet.


Habitat groupé : Mascoop, le virus du vivre-ensemble

Habitat groupe mas coop

Près de toulouse, la coopérative d’habitants Mas Coop a créé onze logements autour d’une maison commune.

En ces temps de confinements sanitaires, ils n’en apprécient que plus les joies de l’habitat groupé. En temps de pandémie, l’habitat groupé se découvre une nouvelle carte à jouer. « On se reconfine quand vous vou­lez!», s’esclaffe Cécile. Après 15 jours de« quarantaine», la vie collective a repris au rythme des désinfections des poignées de la maison commune et des machines à laver partagées. Mais face aux écoles closes, la mixité sociale et générationnelle a permis à certains de travailler sans être bloqués par leurs enfants; en cours d’anglais chez la voi­sine Marie-Lou ou occupés au potager avec Robert. Seuls deux habitants partaient chaque semaine faire les courses pour les 14 adultes et 9 enfants.

Ces onze logements participatifs à Beaumont-sur-Lèze (31) sont nés fin 2014, quand deux couples quittent un projet qu’ils ne jugent plus viable. Moins de quatre mois après, ils mettent le grappin sur ce terrain de 1,1 ha. Le propriétaire accepte de leur louer le bâtiment existant, dans lequel ils vivent à compter d’août 2015 « en coloc » le temps de créer la coopérative, d’obtenir le prêt, le permis de construire, etc. Depuis, « on conseille aux groupes de chercher une mai-son existante plutôt que des terrains nus, rares et hors de prix. Si on avait dû la bâtir en plus des logements, on aurait fini par se contenter d’un hangar… Alors que c’est le centre de la vie de notre petit hameau ! », insiste Stéphanie.


Habitat Participatif vivons heureux, vivons groupés !

Habitat Participatif

Partager un immeuble ou une maison, mutualiser un potager, une chambre d’amis et des panneaux solaires afin de mener une vie plus solidaire et écologique… En ces temps de crise sanitaire, écologique et sociale, l’habitat participatif prend tout son sens. Etat des lieux de cette autre façon d’appréhender le logement.

De solides fondations humaines

Un habitat participatif se construit d’abord sur l’humain. Il ne s’agit pas tant de bâtir des logements que de réussir à bien vivre ensemble.

« Quand je me suis cassé le bras, je ne pouvais plus cuisiner. Tout l’immeuble s’est spontanément relayé pendant trois semaines pour me préparer à manger. Depuis, je garde souvent les enfants de mes voisins. Pour moi qui ai 80 ans, c’est un rêve de vivre dans un tel environnement », raconte Claire Galland, ancienne psychothérapeute et résidente à Écoravie, une coopérative d’habitants basée à Dieulefit (Drôme).

Une architecture participative

La bâtiment a un rôle à jouer pour favoriser le vivre-ensemble. Surtout quand les futurs habitants participent à sa conception.

Aucun n’est droit ! Et c’est voulu. Les immenses poteaux de bois qui transpercent les coursives des deux immeubles sont plantés à la manière d’une forêt. Le bord du toit, déstructuré, semble onduler sous la chaleur de l’été montpelliérain. Entre les bâtiments, une bande d’enfants joue, profitant de l’ombre portée. Bienvenue à MasCobado, un habitat participatif urbain pensé pour le climat méditerranéen, mais aussi pour la convivialité. « Dans le Sud, on aime vivre dehors, mais attention à ne pas créer d’îlots de chaleur en bétonnant. Ici, le défi architectural était de concevoir un bâti bioclimatique, très ouvert sur l’extérieur, tout en préservant l’intimité des logements, explique Laurent Pelus, architecte chargé du projet. Le second défi consistait à associer les habitants. »

Les statuts de la liberté

Copropriété, société civile immobilière, coopérative d’habitants… Le choix du statut juridique dépend de notre rapport à la propriété et de nos capacités de financement. Il est autant pratique que politique.

Un habitat participatif est un lieu de vie, pas un montage juridique. C’est pourquoi le statut n’est qu’un outil au service du projet.

Quel avenir pour l’habitat participatif ?

Malgré sa capacité à répondre aux enjeux climatiques et sociaux, l’habitat participatif peine à faire entendre sa voix auprès des institutions et à trouver des financements.
Banques frileuses, communes rechignant à débloquer du foncier, loi Alur à laquelle il manque des décrets d’application pour jouer son rôle d’accélérateur… « Il est temps que ça change. L’habitat participatif apporte une vraie réponse à l’urgence climatique et sociale. Nous voulons être considérés pour ce que nous sommes : des acteurs du logement », assène Odile Guillemot, présidente d’Habitat participatif France, qui a publié une tribune en avril pour interpeler les pouvoirs publics sur la nécessité d’inscrire cette « autre façon d’habiter » dans l’offre de logements nationale.

 


Vue d’ailleurs : l’habitat groupé en Suisse

habitat groupé en Suisse

L’habitat groupé à la sauce Suisse.

A Lausanne, l’association Smala développe l’habitat groupé en Suisse. Elle a, en effet, crée une coopérative d’habitat, Bâtir groupé. Cette coopérative propose des maisons partagées à des gens qui n’auraient jamais fait ce choix de vie.

Ainsi, Vivre à Gare 5, la maison partagée de la Smala, c’est tout un programme ! On passe de la chambre Auroville à la chambre Longo Maï, il y a des poules à nourrir, une pelouse à tondre. Située à Grandvaux, à 8 minutes en train de Lausanne, cette colocation abrite aussi le bureau de l’association au rez-dechaussée. Créée en 1997, la Smala a valorisé son expérience en animation et gestion d’espaces culturels ou à vivre en se lançant dans l’habitat participatif. Elle a fondé sa coopérative d’utilité publique, Bâtir groupé, il y a dix ans pour construire des « écovillages ».