Habitat groupé : à la bonne choux-quête

Habitat groupé

Mutualisation des espaces, des équipements, des tâches et ouverture au reste du village : bienvenue aux Choux lents ! Un habitat (très) participatif dans le Rhône.

Sept foyers constituent l’habitat groupé

À 12 h 30, entre-chocs de couverts, rires d’enfants et conversations mêlées résonnent au-delà de l’imposante maison en pierre. Derrière, une cour, cernée par trois bâtiments rénovés, accueille une longue tablée. Audrey, Ludo et leurs enfants Dorian et Margot mangent en compagnie de Micha, Marie, Lucie et sa fille Lili. Ils sont une partie des sept foyers qui constituent l’habitat participatif Les Choux lents, créé en 2012 à Saint-Germain-au-Mont-d’Or (69). Ici, le partage des repas et de ses nourritures est comme la métonymie de leur philosophie : convivialité du collectif et mutualisation.

« On fait les courses en commun. C’est l’une de nos particularités », raconte Audrey. Elle qui de métier accompagne des groupes pour monter des habitats participatifs note que c’est une chose rare. Pour 17 Choux (propriétaires associé·es), Choux-fleurs (compagnes et compagnons de Choux) et Chouquettes (enfants de Choux et de Choux-fleurs), c’est toute une organisation. À chacun sa tâche : un pilote Amap pour les produits frais, un pilote Biocoop pour le vrac de produits secs, un pour le ramassage de courses, un pour la gestion des stocks, un pour la gestion des comptes… « Mais chacun reste libre de manger dans les espaces communs ou pas, de cuisiner dans son espace privatif, puis manger avec les autres ou de cuisiner avec les autres, puis manger chez soi. Dans tous les cas, la nourriture est à tout le monde », poursuit-elle. « L’hiver, on a plus tendance à s’inviter à manger les uns chez les autres », concède Lucie. Seul repas rituel où tout le monde cuisine pour tout le monde : celui de la réunion plénière, une fois toutes les deux semaines.

Grands communs

La taille des communs est pour beaucoup dans ce fonctionnement. Surtout la cuisine, au rez-de-chaussée de la maison du XIXe siècle dont le charme a été conservé. Cette large pièce, équipée d’un bar et d’une grande table, est fournie d’ustensiles, parsemée de boîtes et pots de conservation. À chaque porte de placard et tiroir, son étiquette : céréales, légumineuses, lait, boissons… Et encore, tout n’y est pas stocké ! Un garde-manger est étagé dans le cellier. Le salon aussi est généreux, il y règne une ambiance de salle de jeux. Le parquet en point de Hongrie craque sous les pas et les portes de placard grincent après le déclic des vieilles clés.


Rénover un appartement, l’urbain contraint

Rénover un appartement

Dans un immeuble de Lyon, Claire et Thomas ont jonglé avec les contraintes d’une rénovation en ville et en appartement. Approvisionnement, stockage, voisinage s’ajoutent au fait qu’ils n’ont pas la main sur tout le bâtiment. Pas facile d’atteindre une performance idéale, mais l’amélioration est incontestable.

Rénover un appartement induit des contraintes, pas toujours anticipées

Ni une, ni deux, Claire et Thomas ont signé une promesse d’achat dès la première visite de cet appartement d’un immeuble en mâchefer des années 1920-1930, « avec des cheminées en marbre, de vieux parquets, des moulures… On rêvait d’éléments architecturaux qui font le cachet de cette époque-là et d’y apporter le confort moderne, se réjouit Thomas. D’un point de vue environnemental, je ne suis pas pour la construction neuve. L’habitat écologique, c’est celui qui existe déjà et qu’on retape ». Mais rénover un appartement, qui plus est dans un quartier historique du centre-ville de Lyon, induit des contraintes, pas toujours anticipées…

« Quand on a signé chez la notaire, on lui a parlé de notre projet qui impliquait de démolir tout l’intérieur, se souvient le couple. Elle nous a prévenus que dans ce quartier, plusieurs chantiers ont abattu des cloisons qui ne sont pas censées être porteuses mais, avec le temps et l’affaissement du solivage, elles ont pris en charge et leur retrait a provoqué des accidents sérieux. » Ils font donc venir en urgence un bureau d’études, qui examine le bâtiment et leur donne le feu vert. « Ça a rassuré tout le monde, y compris les voisins ! »

Pour le bien des voisins

Le voisinage est une composante à ne pas négliger dans un immeuble de dix copropriétaires. « On a essayé de ne pas faire de bruit les soirs et week-ends, mais c’est compliqué quand tu bosses la semaine. On demandait régulièrement aux voisins si ce n’était pas trop pénible, retrace Claire. Un seul copropriétaire s’est plaint, quand on descendait les gravats avec les diables dans les escaliers. » Sans compter un robinet qui a fui chez le voisin du dessous. « Garder un point d’eau dans un appartement entièrement remis à nu, c’est compliqué », constate Thomas. Et pour que les bonnes relations perdurent, contrairement aux murs extérieurs isolés en fibre de bois, le mur mitoyen reçoit des panneaux de ouate de cellulose et chanvre (60 mm) pour une meilleure isolation acoustique.

Claire et Thomas, qui ont opté pour une part importante d’autoconstruction, posent pas mal de congés « pour bien avancer durant l’été, quand les voisins étaient partis en vacances…


Oser l’écorénovation en copropriété

écorénovation en copropriété

En France, les copropriétés représentent 10 millions de logements, soit 30 % du parc existant. Afin de rénover des immeubles vieillissants, des habitants optent pour les matériaux biosourcés et les énergies renouvelables. Un travail de longue haleine.

D’abord un diagnostic complet

Dans le 3e arrondissement de Lyon, les échafaudages n’entourent plus la copropriété de la rue Martin. Les travaux de cette résidence rénovée à partir de matériaux biosourcés sont en cours d’achèvement. La première étape de ce long processus a été d’élaborer un diagnostic complet des systèmes énergétiques (chauffage, ventilation…) et de l’architecture (façades, toit…) afin d’identifier les besoins. Dès la naissance d’un tel projet, Jessica Jacoby Koaly, responsable de l’animation des entreprises affiliées CoachCopro(1) au sein de l’Agence parisienne du climat, recommande de se rapprocher de l’agence locale de l’énergie la plus proche pour se faire aider gratuitement par un conseiller Faire(2). « Il aidera les habitants à identifier les besoins de la copropriété, trouver des professionnels pour réaliser le diagnostic de l’immeuble, mais aussi une entreprise chargée de l’assistance à maîtrise d’ouvrage et un maître d’œuvre », précise-t-elle. 

Ensuite les matériaux

Après ce diagnostic, les habitants de la résidence lyonnaise bâtie en mâchefer, matériau à base de résidus solides provenant de la combustion du charbon, envisageaient « d’isoler en laine de roche, pensant que les copropriétaires ne seraient pas prêts à assumer le surcoût de la fibre de bois. Finalement, avec une offre quasiment au même tarif et des bonus accordés par la Métropole de Lyon pour les biosourcés, le ravalement et l’isolation n’ont coûté que 2 300 € de plus qu’un ravalement simple », retrace Mathieu Cadic, membre du conseil syndical. Soit un surcoût de moins de 1,8 % du budget total.

Puis les assurances entrent dans la danse

En 2019, la plupart des assurances n’offrant pas, en copropriété, de garantie décennale sur l’utilisation des produits n’ayant pas obtenu d’avis technique, l’architecte et ses voisins se renseignent auprès de Zolpan/Pavatex. L’entreprise en charge des travaux choisit le procédé Webertherm XM Fibre de bois qui associe des panneaux de fibre de bois de 16 cm à un enduit minéral à la chaux aérienne projeté. « Nous avons revêtu les façades nord et ouest avec cet enduit car il offre une meilleure perméabilité à la vapeur d’eau », explique Mathieu Cadic, copropriétaire. En effet, si le mâchefer, matériau poreux, se gorge trop d’humidité, cela peut causer des dégradations comme des fissures dans les murs. La façade est, à plus de 50 % mitoyenne, n’est pas isolée, de même que le sud. Présentant une grande porte-fenêtre et des balcons étroits, cela aurait impliqué trop de découpes d’isolant.


Habitat groupé : Du participatif dans l’accession sociale à la propriété

ecoterra

Participatif, écologique et social

Les résidents d’Ecoterra, premier immeuble bois-terre-paille construit à Strasbourg, vivent dans un véritable laboratoire urbain. Ses 14 logements conjuguent habitat participatif et accession sociale à la propriété.

Une usine à gaz ? Plus maintenant. L’habitat participatif Ecoterra est sorti de terre en bordure de la route du Rhin, entre Strasbourg et Kehl (Allemagne); sur la friche d’une ancienne usine de production de gaz. Et à l’inverse de ce que laisse supposer l’expression, ce projet d’habitat vertueux porté par le bailleur social bas-rhinois a plutôt eu la vie facile. Depuis 2015, le bardage en douglas non traité de l’immeuble émerge dans l’écoquartier du Danube; situé au cœur d’une ancienne zone portuaire nouvellement urbanisée. Le bâtiment de 14 logements, sur quatre niveaux, se distingue par sa double originalité. Il est le premier bâtiment collectif « bois-terre-paille » construit dans la capitale alsacienne et, pour y vivre, ses habitants ont bénéficié d’un dispositif d’accession sociale sécurisée à la propriété.

Concrètement, ce dispositif permet à des ménages aux revenus modestes ou moyens de devenir propriétaires d’un logement neuf à des prix maîtrisés. En cas de difficultés financières, le bailleur social garantit le rachat de leur habitation pendant 10 ans. Il garantit également leur relogement dans une location du parc HLM pendant 15 ans. « La garantie de rachat se limite à 10 ans; car au-delà une majeure partie des échéances a été payée. C’est une première pour Habitat de l’Ill, car nous contrôlons très attentivement les capacités financières de nos candidats à l’accession », expose Laurent Kohler, directeur général d’Habitat de l’Ill.


Habitat groupé : Mascoop, le virus du vivre-ensemble

Habitat groupe mas coop

Près de toulouse, la coopérative d’habitants Mas Coop a créé onze logements autour d’une maison commune.

En ces temps de confinements sanitaires, ils n’en apprécient que plus les joies de l’habitat groupé. En temps de pandémie, l’habitat groupé se découvre une nouvelle carte à jouer. « On se reconfine quand vous vou­lez!», s’esclaffe Cécile. Après 15 jours de« quarantaine», la vie collective a repris au rythme des désinfections des poignées de la maison commune et des machines à laver partagées. Mais face aux écoles closes, la mixité sociale et générationnelle a permis à certains de travailler sans être bloqués par leurs enfants; en cours d’anglais chez la voi­sine Marie-Lou ou occupés au potager avec Robert. Seuls deux habitants partaient chaque semaine faire les courses pour les 14 adultes et 9 enfants.

Ces onze logements participatifs à Beaumont-sur-Lèze (31) sont nés fin 2014, quand deux couples quittent un projet qu’ils ne jugent plus viable. Moins de quatre mois après, ils mettent le grappin sur ce terrain de 1,1 ha. Le propriétaire accepte de leur louer le bâtiment existant, dans lequel ils vivent à compter d’août 2015 « en coloc » le temps de créer la coopérative, d’obtenir le prêt, le permis de construire, etc. Depuis, « on conseille aux groupes de chercher une mai-son existante plutôt que des terrains nus, rares et hors de prix. Si on avait dû la bâtir en plus des logements, on aurait fini par se contenter d’un hangar… Alors que c’est le centre de la vie de notre petit hameau ! », insiste Stéphanie.


Habitat groupé : Rencontre avec des andralopithèques

écohameau Mas d'Andral

À l’approche du Vigan, au nord du Lot, un petit panneau blanc indique discrètement le lieu-dit Mas d’Andral. Mais à peine engagé sur la petite route, d’autres panneaux donnent le ton d’une manière plus tonitruante : « Non au compteur Linky ! », « Linky non merci ! ». Bienvenue à l’écohameau du Mas d’Andral.

Nichées au cœur d’une petite vallée sèche, sur un terrain de près de 9 ha, quatorze maisons habitées et deux en cours de construction constituent le lieu de vie d’une trentaine d’habitants. Quatre d’entre eux sont de corvée de poubelles en ce dimanche un peu grisâtre de début septembre : Françoise, Hervé, Patricia et Christiane, bientôt rejoints par Aline, s’affairent autour de la cuisine d’été, un petit auvent réalisé en matériaux de récupération et servant de lieu de convivialité pour tout le voisinage. À côté, un poulailler enduit de chaux accueille une petite bassecour qui dispense des œufs frais aux habitants. Christiane se souvient : « Le poulailler était la seule construction sur le terrain quand nous l’avons acheté ! »

Des fondations…

C’est un 14 juillet 2008 qu’a débuté la prise du Mas d’Andral par ses futurs occupants, se remémore-t-elle : « L’initiateur du hameau habitait à Villeneuve-sur-Lot et a trouvé ce terrain, vendu en deux parcelles. Nous avons été une trentaine à pique-niquer sur le site et le projet était lancé. » S’ensuit tout un travail de communication et de rencontres avec les habitants de la commune et les pouvoirs publics pour présenter le projet d’écohameau.

Le groupe se dote rapidement d’une charte, articulant solidarité, esprit de partage et écologie, ainsi que d’un cahier des charges, qui concerne aussi bien les principes de construction (toilettes sèches obligatoires, récupération d’eau de pluie, matériaux locaux et biosourcés) que la gestion des terres agricoles, des jardins collectifs et l’occupation du sol. Comme le rappelle Françoise, « sur ce dernier point, la mitoyenneté est au coeur du principe constructif de l’écohameau. Avec une occupation du sol par parcelle de 85 m2 maximum et 25 parcelles viabilisées, nous avons voulu regrouper pour laisser de grands espaces naturels sans construction ».

Côté énergie, si les habitants souhaitaient au départ rendre obligatoire l’installation de chauffe-eau solaire, le coût n’était pas accessible à toutes les bourses. « On a par contre décidé de se fournir en électricité exclusivement chez Enercoop et de limiter la puissance par maison à 3 kVA, soit le minimum possible », précise Christiane. Ce qui ne pose aucune difficulté pour la vie quotidienne, comme tiennent à le souligner les habitants. […]


Habitat Participatif vivons heureux, vivons groupés !

Habitat Participatif

Partager un immeuble ou une maison, mutualiser un potager, une chambre d’amis et des panneaux solaires afin de mener une vie plus solidaire et écologique… En ces temps de crise sanitaire, écologique et sociale, l’habitat participatif prend tout son sens. Etat des lieux de cette autre façon d’appréhender le logement.

De solides fondations humaines

Un habitat participatif se construit d’abord sur l’humain. Il ne s’agit pas tant de bâtir des logements que de réussir à bien vivre ensemble.

« Quand je me suis cassé le bras, je ne pouvais plus cuisiner. Tout l’immeuble s’est spontanément relayé pendant trois semaines pour me préparer à manger. Depuis, je garde souvent les enfants de mes voisins. Pour moi qui ai 80 ans, c’est un rêve de vivre dans un tel environnement », raconte Claire Galland, ancienne psychothérapeute et résidente à Écoravie, une coopérative d’habitants basée à Dieulefit (Drôme).

Une architecture participative

La bâtiment a un rôle à jouer pour favoriser le vivre-ensemble. Surtout quand les futurs habitants participent à sa conception.

Aucun n’est droit ! Et c’est voulu. Les immenses poteaux de bois qui transpercent les coursives des deux immeubles sont plantés à la manière d’une forêt. Le bord du toit, déstructuré, semble onduler sous la chaleur de l’été montpelliérain. Entre les bâtiments, une bande d’enfants joue, profitant de l’ombre portée. Bienvenue à MasCobado, un habitat participatif urbain pensé pour le climat méditerranéen, mais aussi pour la convivialité. « Dans le Sud, on aime vivre dehors, mais attention à ne pas créer d’îlots de chaleur en bétonnant. Ici, le défi architectural était de concevoir un bâti bioclimatique, très ouvert sur l’extérieur, tout en préservant l’intimité des logements, explique Laurent Pelus, architecte chargé du projet. Le second défi consistait à associer les habitants. »

Les statuts de la liberté

Copropriété, société civile immobilière, coopérative d’habitants… Le choix du statut juridique dépend de notre rapport à la propriété et de nos capacités de financement. Il est autant pratique que politique.

Un habitat participatif est un lieu de vie, pas un montage juridique. C’est pourquoi le statut n’est qu’un outil au service du projet.

Quel avenir pour l’habitat participatif ?

Malgré sa capacité à répondre aux enjeux climatiques et sociaux, l’habitat participatif peine à faire entendre sa voix auprès des institutions et à trouver des financements.
Banques frileuses, communes rechignant à débloquer du foncier, loi Alur à laquelle il manque des décrets d’application pour jouer son rôle d’accélérateur… « Il est temps que ça change. L’habitat participatif apporte une vraie réponse à l’urgence climatique et sociale. Nous voulons être considérés pour ce que nous sommes : des acteurs du logement », assène Odile Guillemot, présidente d’Habitat participatif France, qui a publié une tribune en avril pour interpeler les pouvoirs publics sur la nécessité d’inscrire cette « autre façon d’habiter » dans l’offre de logements nationale.

 


Habitat groupé : Les colibres

Les colibres

Les colibres ou la solidarité comme art de vivre

Installé au creux d’un petit hameau des Alpesde- Haute-Provence, ce projet d’habitat groupé très abouti du point de vue environnemental pousse aussi ses exigences sociétales très loin. Une démarche holistique.

Ce projet d’habitat participatif en autopromotion aurait dû voir le jour à Marseille. Finalement, Les Colibres se sont installés sur les hauteurs de Forcalquier, dans les Alpes de- Haute-Provence. Les onze logements répartis en deux bâtiments (800 m2 de surface de plancher) s’adossent aux restanques du hameau de Chambarels et regardent plein sud, face à la vallée de la Durance. La salle des fêtes gironde et colorée et les communs, ces espaces intérieurs et extérieurs collectifs, font le lien entre les deux ensembles en R+1. Le panorama dégagé s’étend jusqu’aux premiers sommets des Alpes que l’on devine enneigées. Cet ancrage géographique n’a rien d’un atterrissage forcé. Les habitants des Colibres (neuf familles), âgés de 3 à 81 ans, se plaisent à vivre ensemble dans ce coin de nature préservé.

 


Habitat groupé : Les Z’Écobâtisseurs inventent un « nouveau voisinage »

habitat groupé en écoconstruction et autopromotion

Six ans après s’être installé dans leurs logements, les habitants de ce hameau bioclimatique normand continuent d’affiner leurs modalités d’autogestion et de vie commune. Figurant parmi les premières initiatives françaises d’habitat groupé en écoconstruction et autopromotion (voir LME n°66), le hameau des Z’Écobâtisseurs se situe à Louvigny, dans le Calvados. Quelques prairies humides séparent Caen de ce village, devenu attractif pour qui cherche à jouir à la fois des avantages de la ville et de ceux de la campagne. Les treize logements, terminés au printemps 2012, constitutifs de ce groupe d’habitations construites dans une zone pavillonnaire hébergent aujourd’hui une trentaine de personnes de tous âges ; 21 adultes et 10 enfants.

Le hameau attire régulièrement des visiteurs curieux de découvrir l’architecture, l’urbanisme et le fonctionnement de ce lieu emblématique. Tout à la fois projet social et écologique, le hameau des Z’Écobâtisseurs peut s’aborder suivant plusieurs angles. Selon que l’on s’adresse à Pascal Gourdeau ou à Christian Delabie, tous deux fondateurs du projet, une dimension prend le pas sur l’autre. Si ce dernier, salarié de l’Ademe au début du projet en 2007, souhaitait créer un hameau ambitieux sur le plan écologique, le premier, figure des organisations régionales de l’économie sociale et solidaire, a proposé une forte dimension humaine : « L’essence de ce projet, ce n’est pas l’architecture, mais la tentative de créer une nouvelle forme de voisinage». Articulé autour d’un vaste jardin commun central (1 300 m²) , de chaque côté duquel se déploient deux alignements parallèles de maisons mitoyennes, le lieu témoigne d’emblée du souhait de vivre autrement ensemble.

Les alignements étant axés est-ouest afin de profiter des apports solaires, les habitations de la « barre » nord sont largement ouvertes vers ce jardin collectif. Ce qui a contrarié dans un premier temps François Bernard : « J’ai vraiment manqué d’intimité au début. Aujourd’hui, le “vivre ensemble” co-construit jour après jour a pris l’ascendant sur ce besoin.» De l’autre côté du jardin, Annie Bons, 70 ans, vit seule dans sa maison de 85 m² et se réjouit au contraire de cette proximité : «La vie en groupe, j’en profite pleinement ! Je me suis installée ici pour me rapprocher de Caen, mais aussi pour la dimension intergénérationnelle du projet. Les enfants qui jouent dans la cour, ça me plaît ! Et je trouve toujours un voisin pour le moindre coup de main. »

Assis à la table d’Annie, qui offre le café, Philippe Denis, autre « écobat de la barre sud », opine de la tête : « En été, le jardin c’est le pied. On s’y croise, on y joue, les apéros s’improvisent. »


Habitat groupé : Ecoravie, la fête de l’humain

habitat groupé participatif

Ecoravie, la fête de l’humain

L’habitat les techniques constructives, les jardins, les potagers, tout cela serait bien peu de choses si l’humain n’était pas au centre de la démarche. Telle est la philosophie d’Ecoravie, expérience d’habitat groupé réussie dans la Drôme.

La structure en pin douglas du premier habitat collectif d’Ecoravie resplendit sous les lumières matinales de cette journée ensoleillée de mai. Installée dans le beau séjour lumineux de son appartement, Claire se souvient :

« Au début, nous étions de doux rêveurs, nous voulions une petite maison individuelle pour chacun. Mais très vite, une conscience collective a pris le dessus et nous avons compris qu’il fallait s’orienter vers un habitat collectif. Il y avait ce grand terrain constructible au-dessus de la ville… »

Un habitat groupé participatif

L’aventure débute il y a sept ans. Constituées en un petit groupe de réflexion, les personnes intéressées par l’idée d’un habitat collectif affinent au fil des réunions et des rencontres les formes du projet. À l’issue de cette phase préparatoire, l’association Ecoravie est créée et deux terrains attenants au centre-ville sont achetés. Seul bémol, ils ne disposent d’aucun accès. Intervient alors une vente aux enchères qui permet à l’association d’acheter un terrain permettant justement d’accéder aux deux parcelles. Pour participer à cette vente, l’association doit momentanément se former en SCI, statut dont le côté spéculatif rebute le groupe, aussi est elle rapidement transformée en SAS coopérative, qui rend les habitants collectivement propriétaires des lieux et locataires de leur logement.

Sur le papier, le futur collectif prend forme, conforme aux règles d’urbanisme – un minimum de 18 logements sur les deux parcelles acquises. Les bases matérielles posées, le terrain acquis et le mode constructif défini, il faut encore investir collectivement les bâtiments, travailler « l’humain », les interactions et l’implication de chacun. Pour cela, les habitants s’appuient sur une charte générale aux énoncés simples, créée dès l’origine du projet : respect de la nature, de soi-même et des autres. […]