Rénover : un cabanon de jardin devenu chalet familial

Rénover un cabanon de jardin

Dans les méandres des venelles orléanaises, un îlot de verdure jaillit. Au bout d’un chemin, à peine plus large qu’un vélo, un jardin de 800 m2 abrite un cabanon. C’est la vision qu’a eue Quentin Monroty lorsqu’il a visité sa future maison dans le Loiret. « Sur l’acte notarié, il était écrit “chalet de jardin”. Le terrain n’était pas constructible, donc impossible de le démolir ou de l’agrandir. Cela n’intéressait que les jardiniers. Le prix de vente était donc assez bas », indique Quentin, heureux propriétaire de cet ancien cabanon de 44 m2. Quand, en 2018, Élise Hug, sa compagne, a déniché cette vieille maison de 1936, il a un coup de cœur. Architecte indépendant, spécialisé dans les réaménagements, il en perçoit également le potentiel. « Je me suis dit que si le sous-sol était aménagé, cela donnait 87 m2 au total, et je pouvais en faire quelque chose pour notre famille. Il faut lire les lieux. En tant qu’architecte, je me suis spécialisé dans le réaménagement et la rénovation et je fais assez peu de logement neuf notamment pour éviter le grignotage des terres », ajoute Quentin, qui souhaitait habiter en centre-ville pour continuer de faire tous ses déplacements à vélo. L’enjeu de la rénovation devient alors de gagner de l’espace tout en conservant le chalet en bois.

Véritable passoire thermique, la bicoque a déjà fait l’objet de plusieurs rénovations en 1960 et 1980, mais elle présente toujours beaucoup de dégradations : tuiles non remplacées, fuites de plomberie, lit de fondation en bloc béton mâchefer (à la fois fragile et issu de combustion polluante), sol plastique sur plancher bois qui empêche toute respiration du matériau, le tout dans un mélange de graisse et de nicotine. 

Comment rénover un cabanon de jardin

La première étape consiste à désamianter la façade extérieure avant d’accueillir un chantier participatif réunissant des amis et la famille pour enlever tous les revêtements intérieurs. « C’était très long. Nous avions beaucoup de protections, comme des gants, des masques, et il fallait tout rouler à la brouette, dans les venelles, avant d’emporter les débris à la déchetterie. Une seule accepte ce type de déchets dans l’agglomération », se souvient Quentin qui, au fil des travaux, réussit à négocier un passage chez son voisin, lui permettant d’approcher un véhicule près de la maison. Une fois la tonne d’amiante évacuée, les trois couches de lino et les dalles de polystyrène enlevées, le bâtiment d’origine est à peu près sain et conservé.

Creuser sous les fondations

Quentin s’attaque alors à la partie basse la maison, en cherchant une solution pour creuser sous les fondations.


Cahier pratique : Poser une isolation extérieure en liège

liège

En isolation thermique par l’extérieur, le liège, durable et d’origine naturelle, peut être utilisé comme isolant. Il peut même faire office de revêtement pour habiller la façade. Seule condition pour un résultat esthétique et performant : une mise en œuvre précise.

Protéger sa maison via une écorce qui joue d’un seul coup l’isolation des murs et la finition de la façade, c’est possible grâce aux atouts du liège spécial façade, disponible sous forme de plaques de 50 x 100 cm (ép. de 50 à 200 mm). Quand il est utilisé comme isolant, le liège est « expansé », c’est-à-dire chauffé sous pression pour améliorer ses qualités isolantes. Le liège dédié aux façades l’est aussi, mais sa densité est plus élevée (140-160 kg/m3 contre env. 120 kg/m3). Ses propriétés isolantes sont légèrement plus faibles, avec une conductivité thermique de 0,040 à 0,042 W/m.K contre 0,040 W/m.K pour le liège expansé courant, d’après le producteur Amorim. En revanche, sa durabilité est renforcée face aux intempéries. 

Finition venue du Portugal

Fabrice Thénault, gérant de la société Écorce habitat (87) a découvert cette technique via un client portugais. « Au Portugal, explique le professionnel, ce revêtement est très répandu. En France, il est moins connu, mais il prend tout son sens par ses qualités isolantes et esthétiques. » Lignes nettes, aspect très nature, ce revêtement original et durable a une couleur taupe quand il est neuf, légèrement argenté après quelques années à l’extérieur. Attention toutefois, certains panneaux présentent de petites zones à l’aspect dur et brillant (type carbonisé), qui resteront noires dans le temps. Un choix qualitatif adapté aux rénovations globales (menuiseries, isolation de toiture, etc.), pour un coût en matériaux d’environ 92 € TTC/m2 pour ce chantier, soit le même ordre de prix qu’un complexe d’ITE composé d’un isolant et d’un bardage extérieur. 

OUTILS

• Scie circulaire (profondeur de coupe minimum 80 mm)

• Idéalement scie sur table

• Meuleuse d’angle équipée d’un disque à ailettes

• Perforateur

• Mélangeur

• Visseuse

• Niveau laser

• Spatule crantée 20 mm

• Ponceuse à bande avec disque grain 40 à 80

Matériaux et Coût

• Liège expansé spécial façade ép. 80 mm, plaque 50 x 100 cm : 52 € TTC/m2 (+/- 10 %)

• Liège expansé standard ép. 80 mm, plaque 50 x 100 cm : 28 € TTC/m2

• Mortier-colle fibré à base de chaux hydraulique NHL5 : 8 € TTC/m2

• Chevilles à frapper pour isolant : 4 € TTC/m2

• Lisse basse Pliage Alu RAL 7016 : 24 € TTC/m


Rénovation globale ou par étapes ?

approche globale du projet

Si tous vos travaux ne peuvent être entrepris dans un même chantier, l’ approche globale du projet reste une condition sine qua non d’une rénovation performante sur le plan énergétique, saine et économique

Les fenêtres une année, l’isolation du toit une autre et le reste plus tard. L’expérience montre qu’un chantier « sans approche globale, non coordonné et ne traitant que quelques postes de travaux » permet rarement d’atteindre une performance BBC (80 kWhEP/m².an(1)), signale Camille Julien, du réseau Dorémi. Les « gestes isolés de travaux » n’aboutissent ainsi, estime négaWatt, qu’à moins de 35 % d’économies de chauffage(2), que la hausse du coût de l’énergie efface en quelques années. Contre 75 % pour les rénovations complètes et performantes.

Un bâtiment rénové performant, résume Camille Julien, procède ainsi d’un chantier « qui a traité ces six postes de travaux : isolation des murs, des planchers bas et du toit, remplacement des menuiseries extérieures, ventilation, production de chauffage et eau chaude sanitaire ». Jean-Pierre Legrand, architecte au CAUE du Pas-de-Calais, nuance ce systématisme pour les murs extérieurs, surtout dans l’ouest et le sud-ouest du pays : « Les murs d’un ancien évêché reconverti en bureau(3) n’ont pas pu être isolés par l’extérieur pour des raisons patrimoniales ; ils n’ont été qu’enduits par l’intérieur. Cette non-isolation a été compensée par une isolation renforcée du toit, des sols et des vitrages. Il a divisé sa consommation par quatre (122 kWhEP/m².an). »

L’approche globale du projet évite de se retrouver dans une « impasse de rénovation »

L’approche globale évite de se retrouver dans une « impasse de rénovation », reprend Camille Julien : « Une isolation peut être suffisante mais si elle est mal “ raccordée aux autres postes en termes d’interfaces ou d’interactions, des reprises seront nécessaires, entraînant surcoût et lassitude. » Les interfaces sont « les jonctions physiques assurant l’étanchéité à l’air et la continuité de l’isolation ». L’erreur la plus fréquemment observée, développe Guilian Leroux, de l’Asder, reste « le changement seul des menuiseries extérieures sans anticiper l’articulation avec l’isolation future des murs. Si des volets roulants sont posés dans l’épaisseur du mur, ils occupent en général toute la largeur, ce qui rend impossible le retour d’isolant jusqu’au montant de la menuiserie. D’inévitables ponts thermiques entraînent alors inconfort et surconsommation d’énergie ». Au contraire, « lorsque ces postes sont effectués en même temps avec une pose des fenêtres et du rail de volet au droit intérieur de l’isolant pour une isolation thermique par l’extérieur (ITE), l’isolation est efficace ».

La liaison entre la fenêtre et le mur doit par ailleurs être assurée par un adhésif d’étanchéité à l’air pour éliminer les fuites d’air qui augmentent les besoins de chauffage, créent des risques de pathologies (par condensation dans les parois) et nuisent au bon fonctionnement d’une VMC.


Ils ont conjugué le passé au présent

Rénover une maison ancienne

En rénovant cette vieille maisonnette en pierre, Alice et Matthieu ont métamorphosé ce logis vétuste de Loire-Atlantique en cocon très performant et économe, tout en préservant les traces de ses vies antérieures.

Nous avons fait notre nid dans une coquille existante

Nous avons fait notre nid dans une coquille existante, qu’on a adaptée tout en gardant son âme », retrace Alice Maine, qui a jeté son dévolu avec son compagnon Matthieu Quantin sur cette vieille maisonnette en pierre, sommairement rénovée dans les années 1950, puis restée en l’état et devenue vétuste. « Il était plus facile de partir d’une base presque nue. On pouvait choisir notre système de chauffage, mettre une bonne isolation… Ça aurait été encore plus compliqué s’il avait fallu garder des éléments auxquels adapter notre projet. » Même si, avec le recul, Alice estime qu’il aurait été « mille fois plus simple de construire neuf » que de conjuguer avec « la dalle pas droite, le toit alambiqué et toutes ces adaptations sur-mesure qui prennent un temps monstrueux », il reste important pour le couple de « nous situer dans une histoire, savoir que cette maison avait déjà vécu des choses et qu’on allait en revivre avec elle. Et les volumes sont plus originaux, pas standardisés ».

L’histoire en mémoire

Pour respecter cette histoire, la jeune architecte affine les plans pour obtenir « une insertion la plus harmonieuse possible ». Elle crée une maquette 3D numérique, mais aussi une en carton pour mieux se rendre compte de « comment le projet s’insérait dans l’environnement et trouver la forme du nouveau toit qu’on avait du mal à visualiser ». Charpente et couverture sont vétustes ; « quitte à les retirer, on en a profité pour gagner des mètres carrés en surélevant le toit ». La partie la plus ancienne dispose d’un grenier qui sera aménagé en R+1 et la surélévation permet de prolonger au-dessus de l’ancienne extension (actuelle cuisine) ce plancher existant, mais en conservant la différence de niveau. Sans quoi « on aurait dû remonter l’ancien plancher au niveau de l’autre, donc augmenter la hauteur de la façade sur rue. Or, nous ne voulions pas dénaturer la maison, ni la rue qui est mignonne ». Alice refuse aussi de modifier la hauteur de l’autre façade « pour ne pas ajouter d’ombre portée sur le jardin qui est petit ». Face à ces deux contraintes, « un toit unique paraissait très massif et effaçait l’histoire de cette extension ajoutée à la première partie ». Le toit sera finalement double, en forme de M asymétrique dont les fortes pentes maximisent les apports solaires en hiver par les fenêtres de toit.


Fiches projets : 11 fiches à consulter

Fiches projets

Retrouvez 11 fiches projets avec plans, coûts et témoignages :

  • Du cabanon à la maison à Orléans (45)

    Transformer une maisonnette en bois de 44 m2 des années 1930 en plein centre-ville en une maison familiale confortable.

  • De la paille dans le toit à Saint-Cézaire-sur-Siagne (06)

    Technique rapide et peu coûteuse, l’isolation de toiture avec de la paille a séduit cette maison de 1930 en parpaing. Seule contrainte, la couverture doit être complètement déposée pour pouvoir poser l’isolant par le dessus.

  • Isoler par l’intérieur et sans regret à Saint-Genès-Champanelle (63)

    Des contraintes empêchent de réaliser une isolation par l’extérieur ? Ce couple a su s’adapter et même rebondir en trouvant des avantages à l’ITI.

  • Gagner à se faire accompagner à Concremiers (36)

    Martine Tissier et Alain Blanchet ont bénéficié d’un chantier participatif pour leur isolation, organisé par le parc naturel régional de la Brenne. Une façon de montrer aux autres habitants les possibilités en termes de rénovation énergétique et écologique

  • Se regrouper pour mieux rénover à Corzé (49)

    L’entreprise sociale et solidaire Dorémi a élaboré un système unique pour choisir les bons travaux en fonction du type de maison. Pour cette vieille bâtisse de 1750, une attention particulière est apportée à l’étanchéité à l’air. 

  • L’indépendance électrique à la clé à Corzé (49)

    En finir avec la dépendance à l’électricité était le projet initial de ce couple qui, après diverses étapes de travaux, dispose aujourd’hui d’une maison à énergie positive.

  • Super rénovation pour pas un rond à Le Hom (14)

    Pour cette maison en pierre d’avant-guerre, les propriétaires ont choisi des matériaux biosourcés et locaux : paille, chanvre, lin, jute, liège, bambou. Et prouvent que l’on peut atteindre une performance BBC même avec des revenus très modestes.

  • Tout un quartier pour rénover ma maison à Villers-lès-Nancy (54)

    Ce pavillon de 1974 a été rénové par les habitants du quartier et des artisans regroupés en coopérative. Un chantier solidaire qui a permis de réduire les coûts et de faire participer les propriétaires au projet.

  • Différencier les isolants pour chaque paroi à Toulouse (31)

    Adaptation est le maître-mot de cette maison en brique foraine et galet du XIXe siècle avec extension béton de 1950. Le choix d’isolants adaptés à chaque paroi, l’apport d’un mur en brique et la gestion de l’humidité ont été cruciaux.

  • Facture de chauffage au ras des pâquerettes à Saint-Egrève (38)

    19 sacs de granulés de bois par an pour chauffer 130 m2, et c’est tout ! Une performance rendue possible grâce à une très bonne isolation, une étanchéité à l’air optimale et une ventilation double flux, le tout dans une maison compacte.

  • Diviser son logement pour mieux financer le chantier à Chambéry (73)

    Cher à l’achat, ce bien a pu être entièrement rénové grâce à la création de deux autres logements au sein de la maison, loués pour rembourser les travaux. L’autorénovation a aussi réduit les coûts.


La maison aux mille et une vies



Pour restaurer leur maison en pays gascon, Elisabeth et Loïc n’ont utilisé presque que des matériaux naturels, locaux et parfois chargés d’histoire(s). Bienvenue dans un lieu aux multiples passés.

Il paraît que les chats ont sept vies. Difficile de savoir combien en a eu la maison qu’Elisabeth et Loïc ont restaurée dans le Gers. Ni combien elle en aura encore, puisqu’elle est presque entièrement biodégradable. La partie centrale du bâtiment date de 1797. Mais un bois de colombage gravé à l’extérieur révèle qu’une extension a été réalisée en 1813. « Cette maison aurait été construite avec les restes d’une métairie d’une ferme voisine qui avait brûlé, explique Loïc. Ici, c’est ce qu’on appelle une borde, la maison des ouvriers. Elle mesurait à peine 100 m2 au sol, dont une étable pour mettre un ou deux animaux. » Voilà pour les trois premières vies – au moins. Lire la suite


Rénover : Faire de son appartement un coin de campagne

appartement écologique

Faire danser le bois et la terre crue en centre-ville, voilà l’ambition d’Isabelle et Rémy pour leur appartement de 60m2 au cœur de Clermont-Ferrand.

Vivre en ville dans un appartement conventionnel ; au mieux, j’aurais tenu deux mois », affirme Rémy Ollier. Charpentier spécialisé dans la construction en paille, le jeune homme ne s’imagine pas dans un habitat « inerte ». Lorsqu’il rencontre la danseuse Isabelle Franques en 2016, celle-ci occupe en colocation un appartement de 60 m² au quatrième étage d’un immeuble en pierre de Volvic du centre historique de Clermont-Ferrand (63). Acheté deux ans auparavant dans un état rustique, elle l’a rénové pour en faire un logement viable, mignon et pratique : aménagement de la cuisine et de la salle d’eau avec des matériaux et meubles standards, pose de toile de verre au plafond et peinture sur l’ensemble des plaques de plâtre qui couvrent les murs isolés avec de la laine de verre, pose de carrelage en complément du parquet stratifié existant, remplacement des menuiseries bois abîmées par du PVC, investissement dans du chauffage électrique performant…

D’écologie, il n’est alors pas vraiment question. Clermontois d’origine, Rémy, alors installé dans le Lot, décide d’emménager avec sa compagne dans le Puy-de-Dôme. Elle n’est pas prête à laisser son compagnon habiter chez elle, ni à vendre l’appartement ; il rêve d’une vie en pleine nature. Une solution s’impose : recréer l’atmosphère d’un coin de campagne en centre-ville, importer le savoir faire de Rémy pour créer chez Isabelle un nid commun aussi « organique » que la nature et la danse.

Des courbes naturelles

Dans cette perspective, le choix des matériaux naturels est une évidence, mais le couple va plus loin. Il souhaite bannir arêtes et angles droits. « Ces derniers n’existent pas dans la nature, sauf pour se défendre. Ils pompent de l’énergie », estime Rémy. « Tandis que les arrondis sont doux, accueillants », complète Isabelle. Pour la finition des murs, le couple n’a qu’une idée en tête : des enduits en terre crue. « Ils permettent non seulement de créer des courbes apaisantes, mais également d’instaurer une ambiance feutrée, où les bruits tranchants n’ont pas leur place », justifie Isabelle, qui a pu constater les bénéfices de ce matériau sur des chantiers participatifs. Rémy, lui, connaît bien la technique pour avoir travaillé avec le spécialiste Éric Handrich (voir entretien p. 30).

Désireux d’améliorer la thermique de leur appartement, ils commencent en février 2018 par une phase de déconstruction. Les murs périphériques sont mis à nu, jusqu’à retrouver la structure en maçonnerie. […]


Construire : Leur maison voit la vie en roseau

maison roseau

Surplombant les roselières de la Brière du Brossais (44), la maison de Clémence et Cédric est habillée de roseau. Isolant murs et toiture, ce végétal revêt aussi les façades. Une technique contemporaine qui plie la tradition mais ne la rompt pas.

La large baie vitrée de Clémence et Cédric domine les marais de la Brière du Brossais, parsemés de roseaux. « Quand j’ai découvert la paroi en bois et roseau de la société RizHome, ça a tout de suite fait sens », se souvient Clémence Cazenave, architecte et propriétaire de cette maison de Savenay (44) avec Cédric Bassaget, informaticien. « La pose de bottes de roseau en vêture extérieure est pratiquée depuis des années aux Pays-Bas, Suède et Norvège, décrit Mireille Avril, de RizHome. Ils ont une assurabilité et annoncent 80 ans de durée de vie. » Clémence apprécie ce « bardage naturel qui sert d’isolant, protège de la pluie, offre une finition esthétique et des bienfaits acoustiques ».

L’experte promeut l’utilisation du roseau en construction dans une « démarche d’économie circulaire à impacts positifs. En plus de l’intérêt pour le bâti, c’est une boucle vertueuse qui valorise cette biomasse tout en entretenant les roselières qui jouent un rôle important pour l’épuration des eaux rendues à la mer. Ce débouché offre aussi une évolution au savoir-faire local des chaumiers ». Coupé sec sur pied, le roseau ne nécessite aucune transformation avant utilisation.

Une filière pour les roselières

Sans intrants ni irrigation, ce végétal pousse naturellement sur terrain humide, pouvant même devenir envahissant. Il ne fait pas l’objet d’une exploitation, mais d’un simple entretien des parcelles. « Si la roselière n’est pas entretenue, la matière sèche tombe au sol, donc en modifie la structure. Le roseau peut finir par ne plus être à l’aise et d’autres espèces prennent le dessus, dont des invasives comme le baccharis. » Des marchés publics d’entretien visent à ce que le roseau soit coupé et évacué.

Non entretenus, les roseaux poussent en tous sens. Ils peuvent alors être broyés pour isoler des caissons comme ceux des murs et du toit de Cédric et Clémence. Mais de tels roseaux en vêture extérieure auraient une esthétique aléatoire et une mise en oeuvre plus complexe, donc plus coûteuse. « Pour obtenir une tige fine, droite et homogène, il faut six à huit ans d’entretien de la roselière. » En Bretagne, la coupe d’entretien est très peu valorisée. Structurer une filière y est donc compliqué, mais RizHome se démène pour y parvenir. En attendant, les 1 400 bottes de ce chantier ont été acheminées de Camargue, contrairement au roseau broyé des caissons, qui vient de Bretagne.


Dossier : 10 autoconstructions 10 ans après

autoconstruction 10 ans après

Leçons tirées du chantier, évolutions apportées, habitat au quotidien… Retour d’expériences de dix autoconstructeurs.

1/5 S’adapter au quotidien

Au fil des années, la famille Bel a apporté des améliorations à sa maison bois. Leur comportement a évolué face aux aléas climatiques, n’enlevant rien à la satisfaction que leur apporte leur habitat autoconstruite en 2008.

Nous sommes très contents de vivre dans cette maison, l’hiver comme l’été et en mi-saison aussi ! », s’exclament en cœur Emmanuel et Christine Bel. Ils habitent leur autoconstruction bioclimatique dans les Yvelines depuis 2008 avec leurs quatre enfants. Depuis la visite de La Maison écologique n° 80, « il y a des choses qu’on a améliorées », reconnaissent-ils.

Ils ont par exemple ajouté un sas isolé à l’entrée, côté nord. « Une pièce de 15 m2 pour entreposer chaussures et manteaux. Elle joue en plus un rôle de tampon thermique. » Ils ont aussi revu le mobilier de cuisine afin de le rendre plus fonctionnel. Ou encore ajouté deux dépendances : un abri pour le bois et un dôme géodésique de 20 m2 qui fait office de bureau. Un chauffe-eau solaire est également à venir.

C’est en habitant qu’ils se rendent compte du fonctionnement de la maison et de leurs besoins. Pour les Bel, exit la ventilation mécanique contrôlée. « Au début, je réfléchissais beaucoup aux normes de renouvellement d’air. Mais on voit bien qu’en ouvrant simplement les fenêtres, on n’a jamais eu de problèmes d’air vicié ou d’humidité. Avec la terre, l’isolant chanvre, on sent que la régulation hygrothermique se fait naturellement », explique Emmanuel. La cuisine, les toilettes sèches et la salle de bains possèdent des extracteurs d’air simples qui donnent directement sur l’extérieur. Leur puits canadien trouve son utilité en été « pour rafraîchir l’air entrant. Le moteur est un peu bruyant, mais c’est pratique. En saison froide, par contre, il amènerait un air à 12°C alors qu’on n’a jamais moins de 16°C sans chauffage, donc on ne le met pas en route ».

Évolution des consommations

Un confort thermique qui prouve que leur conception bioclimatique est efficace. Les premières années, leur poêle consommait six stères de bois par an. Les hivers étant plus doux, trois stères suffisent désormais ! Côté sud, une petite véranda encastrée sur une bonne partie de la façade récupère de la chaleur. Cette dernière s’engouffre dans la maison via des fenêtres intérieures et une porte centrale. L’été, pour éviter les surchauffes, un voile d’ombrage est tendu devant le vitrage telle une « pergola ». La température maximale en pleine canicule 2019 était de 27°C dans les pièces de vie.


Autoconstruire : 2 bâtiments-tests avant la maison finale

bâtiments-tests

En construisant dans le Gers une maisonnette où habiter pendant leurs futurs chantiers, puis un hangar, Jérôme et Valérie ont pu tester divers matériaux et techniques d’écoconstruction. Et ainsi choisir en toute conscience ce que serait leur maison finale.

Thèse, antithèse, synthèse. En partie basse du terrain pentu de Valérie et Jérôme Boisneau, dans le Gers, flotte une maisonnette de 16 m2 en bois et ouate de cellulose sur pilotis. Thèse. Jouxtant ce premier bâtiment érigé et habité par le couple et ses enfants pendant plus de trois ans, un grand hangar partiellement isolé en bottes de paille. Antithèse. La synthèse de ces deux premières expériences se dresse dans leur prolongement. « L’objectif du petit chalet était de vite habiter sur place, mais aussi de nous tester en tant qu’autoconstructeurs et tester des techniques et des matériaux », retrace Valérie.

La démonstration s’achève en 2014 avec l’emménagement dans leur maison bioclimatique qui a su tirer parti des expériences menées sur les deux premiers bâtiments. « C’est plus rassurant de commencer par tout petit, ça va plus vite et les erreurs coûtent moins cher », prône Jérôme. De la ouate de cellulose a été insufflée dans l’ossature bois de la maisonnette; le toit, isolé en rampant avec de la chènevotte de chanvre en vrac. Test validé pour cette dernière, qui isole la maison finale mais simplement déversée au sol des combles perdus. La ouate insufflée a été recalée, « elle nécessite un savoir-faire et sa mise en oeuvre est laborieuse. Il faut découper de nombreux trous dans le mur pour insuffler, les reboucher… Ces ronds se devinent toujours à travers l’enduit, qu’on voulait appliquer directement sur le Pavaplan(1) sans le doubler ».

Porter haut les basses technologies

Autre enseignement : « Pour le chalet, on a misé sur l’isolation seulement. Sans inertie thermique, on avait des surchauffes en été, se souvient Jérôme. Au lieu d’un sol isolé sur pilotis, nous avons préféré coller la nouvelle maison au terrain, uniquement séparés par des matériaux massifs. »

Une partie du sol est revêtu de terre cuite. « En été, ces tomettes absorbent la chaleur et le sol reste agréablement frais. En hiver, elles accumulent le rayonnement devant les vitrages plein sud. » Deux cloisons en briques de terre crue comprimée (BTC) participent aussi à l’inertie du bâtiment, ainsi qu’à la régulation de l’hygrométrie. « Bien que la salle d’eau soit toute petite, on peut enchaîner quatre douches sans aucune buée sur les miroirs », apprécie Valérie.

Adepte des low-tech, le couple ne voulait pas de VMC. […]