Rénovation globale ou par étapes ?

approche globale du projet

Si tous vos travaux ne peuvent être entrepris dans un même chantier, l’ approche globale du projet reste une condition sine qua non d’une rénovation performante sur le plan énergétique, saine et économique

Les fenêtres une année, l’isolation du toit une autre et le reste plus tard. L’expérience montre qu’un chantier « sans approche globale, non coordonné et ne traitant que quelques postes de travaux » permet rarement d’atteindre une performance BBC (80 kWhEP/m².an(1)), signale Camille Julien, du réseau Dorémi. Les « gestes isolés de travaux » n’aboutissent ainsi, estime négaWatt, qu’à moins de 35 % d’économies de chauffage(2), que la hausse du coût de l’énergie efface en quelques années. Contre 75 % pour les rénovations complètes et performantes.

Un bâtiment rénové performant, résume Camille Julien, procède ainsi d’un chantier « qui a traité ces six postes de travaux : isolation des murs, des planchers bas et du toit, remplacement des menuiseries extérieures, ventilation, production de chauffage et eau chaude sanitaire ». Jean-Pierre Legrand, architecte au CAUE du Pas-de-Calais, nuance ce systématisme pour les murs extérieurs, surtout dans l’ouest et le sud-ouest du pays : « Les murs d’un ancien évêché reconverti en bureau(3) n’ont pas pu être isolés par l’extérieur pour des raisons patrimoniales ; ils n’ont été qu’enduits par l’intérieur. Cette non-isolation a été compensée par une isolation renforcée du toit, des sols et des vitrages. Il a divisé sa consommation par quatre (122 kWhEP/m².an). »

L’approche globale du projet évite de se retrouver dans une « impasse de rénovation »

L’approche globale évite de se retrouver dans une « impasse de rénovation », reprend Camille Julien : « Une isolation peut être suffisante mais si elle est mal “ raccordée aux autres postes en termes d’interfaces ou d’interactions, des reprises seront nécessaires, entraînant surcoût et lassitude. » Les interfaces sont « les jonctions physiques assurant l’étanchéité à l’air et la continuité de l’isolation ». L’erreur la plus fréquemment observée, développe Guilian Leroux, de l’Asder, reste « le changement seul des menuiseries extérieures sans anticiper l’articulation avec l’isolation future des murs. Si des volets roulants sont posés dans l’épaisseur du mur, ils occupent en général toute la largeur, ce qui rend impossible le retour d’isolant jusqu’au montant de la menuiserie. D’inévitables ponts thermiques entraînent alors inconfort et surconsommation d’énergie ». Au contraire, « lorsque ces postes sont effectués en même temps avec une pose des fenêtres et du rail de volet au droit intérieur de l’isolant pour une isolation thermique par l’extérieur (ITE), l’isolation est efficace ».

La liaison entre la fenêtre et le mur doit par ailleurs être assurée par un adhésif d’étanchéité à l’air pour éliminer les fuites d’air qui augmentent les besoins de chauffage, créent des risques de pathologies (par condensation dans les parois) et nuisent au bon fonctionnement d’une VMC.


Se faire accompagner n’est pas un luxe

Se faire accompagner

Diagnostiquer le bâti, prescrire des matériaux compatibles, estimer le coût et l’ordre des travaux, financer le projet, trouver les bons artisans ; la rénovation énergétique ne s’improvise pas. Se faire aider, on a tout à y gagner.

J’ai trouvé une personne qui accompagne les autoconstructeurs

Je souhaitais employer un isolant adapté à mon projet de rénovation, mais je ne savais pas vers qui me tourner pour trouver la solution. Les bureaux d’études thermiques semblaient obnubilés par la performance, les artisans RGE consultés ne juraient que par le polystyrène et la laine de verre. Finalement, j’ai trouvé une personne qui accompagne les autoconstructeurs et je me suis lancé sur une isolation chaux-chanvre, mais ça ne m’a pas permis de bénéficier des aides de l’État », retrace Nicolas, qui a rénové sa maison en Gironde. Si cette solution lui a donné satisfaction, il regrette de n’avoir pas pris son temps pour trouver des subventions qui auraient réduit le coût des travaux et, surtout, permis d’atteindre une meilleure performance énergétique.

Débroussailler avec un conseiller

Le conseiller Faire (Faciliter, accompagner, informer pour la rénovation énergétique) de son territoire l’aurait dans un premier temps aidé à comprendre et connaître les aides, les acteurs et les dispositifs locaux. Ce service public indépendant, disponible au moins au niveau de chaque région, guide gratuitement les particuliers dans leurs travaux. Il aide à comprendre les devis et à connaître les différents types de matériaux ou d’équipements. La prise de 

contact se fait en général par téléphone avec parfois des visites sur site.

L’accompagnement va souvent plus loin, car de nombreuses collectivités locales, incitées à réduire leur impact sur le climat, souhaitent réellement massifier la rénovation énergétique, comme avec les dispositifs Rénov’Occitanie ou écoTravo à Rennes Métropole. Elsa Jullien, en charge de ce dernier, détaille : « Un ménage qui se lance dans une rénovation conséquente bénéficie d’un audit énergétique réalisé par un bureau d’études thermiques pris en charge à 80 % (plafonné à 800 € pour un audit base et 1 000 € pour un audit plus). Le reste à charge est autour de 200 €. Trois scénarios de travaux chiffrés sont présentés au ménage, complétés par un plan de financement personnalisé. Le scénario n°3 ambitionne le niveau BBC rénovation. »

Certains espaces Faire sont portés par des Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE), autre service gratuit et indépendant décliné sur les territoires. Des associations* et des Parcs naturels régionaux (PNR) accompagnent aussi les porteurs de projets, y compris dans la mise en œuvre ou l’organisation de chantiers participatifs.


Comparatif du coût des divers moyens de chauffage: notre étude inédite

Les moyens de chauffage passés au crible d'une étude exclusive de comparaison des coûts par Olivier Sidler (Enertech) et le magazine La Maison écologique

Une étude exclusive a été réalisée pour le magazine La Maison écologique. Son auteur n’est autre qu’Olivier Sidler, fondateur du bureau d’études Enertech et ex-formateur de l’Institut négaWatt. Elle compare les coûts globaux des moyens de chauffage (hors émetteurs). C’est-à-dire l’investissement initial, le coût de l’énergie ou du combustible, les frais d’entretien, les abonnements spécifiques.

Les énergies renouvelables sur le podium

Les coûts sont considérés hors crédit d’impôt et aides publiques. Pour les énergies renouvelables, l’investissement initial est donc en réalité moins élevé. Les graphiques obtenus grâce à cette étude inédite prennent l’hypothèse d’un investissement sur fonds propres. Le recours à l’emprunt changerait notablement les résultats, avec une dépense annuelle très faible les premières années.

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