Matériaux : Mélanges terre-végétaux, le temps de la reconnaissance

ENQUETE TERRE VEGETAUX

Du neuf avec du vieux

Associations, chercheurs et artisans se mobilisent pour améliorer les techniques et favoriser l’utilisation des ressources locales dans les mélanges de terre fibrée. En parallèle, la reconnaissance institutionnelle de ces matériaux s’amorce.

Qu’ils soient ancestraux ou plus récents, les matériaux à base de terre et de végétaux sont appréciés pour leur longévité et leur disponibilité. Aujourd’hui utilisés pour leur performance en termes d’inertie et d’isolation, ils sont longtemps restés à l’écart des processus normatifs du bâtiment. La reconnaissance officielle de leurs performances avance pourtant. En témoigne la récente publication d’une fiche de déclaration environnementale et sanitaire (FDES) dédiée à la technique du terre-paille, qui devrait bientôt être suivie d’une fiche dédiée au torchis. De quoi faciliter l’entrée des techniques de terre crue dans la construction neuve. Ces documents explicitent les données permettant l’analyse du cycle de vie (ACV) des matériaux, rendue obligatoire par la future Réglementation environnementale RE2020, et éviteront de fait que ne soient utilisées des données par défaut souvent pénalisantes.

Déjà, en 2018, l’édition d’un guide de bonnes pratiques consacré aux techniques de construction en terre crue (torchis, bauge, terre allégée, enduits, pisé et briques) avait impulsé un virage. Financé par le ministère de la Transition écologique, cet ouvrage a été rédigé par un collectif réunissant de nombreux acteurs des techniques terre pour diffuser « les pratiques et les mises en œuvre diverses, reconnues et validées par les praticiens du bâtiment », sensibiliser les professionnels aux vertus de la terre crue dans le bâtiment et stimuler la créativité en convoquant le passé pour mieux répondre aux enjeux actuels.


Enquête : Point d’eau, l’utile à l’agréable



Originaux et décoratifs, les aménagements aquatiques apportent une source de vie au jardin.

Un écosystème se met en place autour d’une mare ou d’un bassin de baignade naturel qui vous fera passer toute envie de piscine chlorée. spectacle perpétuel.

Quel bonheur d’entendre le clapo­tis de l’eau, d’observer la faune se développer au beau milieu du jardin et même d’y plonger à la belle saison. Calme ou intrépide, l’eau apporte la vie, le foisonne­ment ou l’apaisement. Simple bac de récupéra­tion, mare, fontaine, ruisseau, étang ou bassin de baignade, les aménagements possibles sont nombreux et à adapter aux envies et à la taille du jardin. « N’importe quel point d’eau possède un intérêt pour la faune et la flore, mais la mare est le milieu aquatique le plus simple et le plus riche en biodiversité à mettre en place dans un jardin. L’es­sentiel est de chercher à imiter la nature», explique Gilles Leblais, paysagiste-naturaliste et auteur de deux livres sur le sujet11 1.

Pour un récupérateur d’eau de pluie, les grands volumes préfèrent une cuve enterrée. Mais pour un usage modeste, il est possible de positionner une dérive et un réceptacle sous une gouttière. Un vieux tonneau en bois ou une cuve de récup’ habillée d’un bardage en bois ou de branchages font l’affaire. « Pour la dérive, j’ai canalisé 1,60 m avec des bambous coupés en deux Ils transportent l’eau jusqu’à la réserve. On peut aussi se servir de vieilles gouttières en cuivre ou en inox, avec un filtre fait d’un chiffon placé sur un embout de bouteille de plastique», ajoute le jardinier-photographe.


Enquête : Trop classe ta terrasse !



Une terrasse peut tout à fait être réalisée avec du bois local et non traité.

À condition de ne pas négliger sa conception et sa réalisation, notamment face à la gestion de l’humidité. Choix de l’essence de bois, des supports, fixations et autres accessoires qui allongeront sa durée de vie : Suivez le guide !

Ennemi n ° 1 d’une terrasse en bois: l’humidité. En découlent les prin­cipes d’une bonne conception et réalisation pour un ouvrage qui dure. Écartons le «bois composite» issu du pétrole, le pin qui doit rece­voir un traitement chimique et énergivore pour tenir en extérieur et, si les bois exotiques ont une excellente résistance, ils sont importés depuis d’autres continents. Plusieurs essences fran­çaises sont adaptées, naturellement classe 3, comme le douglas purgé d’aubier.
« On peut aussi utiliser du mélèze, mais je préfère le cèdre, plus facile à travailler et stable dans notre région», indique l’artisan Sylvain Fayet, de la Scop Arbâts (04). Ces trois essences se vendent autour de 21 à 35 €/m2 (lames sèches rabotées) ou 500 à 650 €/m3 brut de sciage. Pour des ter­rasses très exposées aux intempéries ou en bord de piscine, il emploie du robinier, classe 4 bien que français. «Il faut respecter un élancement plus faible pour qu’il reste stable. Son prix a flambé, désormais proche des bois exotiques, à plus de 70 €/m2» Le chêne est parfois difficile à déni­cher localement, mais« comme le châtaignier, il se positionne entre les essences courantes et le robinier en termes qualitatifs et budgétaires».


Enquête santé : Perturbateurs endocriniens, la chasse est ouverte dans nos logis

Sante perturbateurs endocriniens

Les dangers des perturbateurs endocriniens sont multiples et, pourtant, ces minuscules particules sont omniprésentes dans nos intérieurs.

Suivez notre enquête pour limiter leur présence dans vos logis.

Issus de la pétrochimie, les perturbateurs endocriniens ont des caractéristiques séduisantes. 1 ls rendent le plastique souple, repoussent les flammes et font, entre autres, durer les parfums plus longtemps. Résultat: on les retrouve dans mille et un objets de la vie quoti­dienne (moquettes, peintures, mate­las, rideaux de douche, téléphones portables … ); mais aussi dans de nombreux pesticides, donc dans nos assiettes. Le problème est qu’ils sont capables de mimer l’action de nos hormones et peuvent provoquer des cancers et des dysfonctionnements du système nerveux. Des soupçons pèsent concernant l’apparition des troubles de déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ou de la maladie de Parkinson, par exemple. Autres dommages que peuvent engendrer les perturba­teurs endocriniens: problèmes de reproduction, obésité, diabète …

« Ces substances n’obéissent pas aux courbes de toxicité classiques, précise le D’ Jean Lefèvre, membre de l’association Santé environnement France (Asef). Leurs effets peuvent être supérieurs à faible dose qu’à forte dose. Et des fenêtres d’ex­position font que les conséquences sont plus ou moins importantes. La vie fœtale et la toute petite enfance jusqu’à trois ans) sont particulièrement sensibles. » Un autre rendez-vous important a lieu à l’adolescence, moment de forte activité hormonale. Les effets des perturbateurs endo­criniens sont souvent différés : un enfant peut naître en bonne santé, mais déclarer un cancer des années plus tard. Il peut aussi y avoir des effets transgénérationnels.


Enquête : Autonomie en cuisine, allumez le feu… de bois

Cuisine au bois

La cuisine au bois revient au goût du jour

Comme moyen de cuisson autonome ou grâce à une ressource locale et renouvelable. Cuisinière, poêle ou rocket stove, tous les appareils sont permis pour cuisiner comme un chef !
La cuisine au bois a quelque chose de magique. Une allumette, du bois
sec et voilà un bon plat qui mijote au four, tout en réchauffant la pièce. Elle s’invite également dehors avec le rocket stove, un concentré de récup’ et d’autonomie pour de multiples usages. «Depuis le premier confinement, je croule sous les demandes de rocket stove !», lance Christophe Glaziou, co-concepteur d’un cuiseur (batchblock avec Uzume) et rédacteur du site outils-autonomie.fr. Alors, quels équipements choisir pour une cuisine quotidienne autonome et économe en énergie ?

Dans le commerce, de nombreux modèles de poêles permettent d’inclure un four. Il est alors bienvenu pour les cuissons lentes (max 150°C).
L’entreprise Aezeo, qui propose des formations à l’autoconstruction de poêles, a conçu un modèle bouilleur «troisenun» pour chauffer la maison, l’eau et cuisiner. La moitié de la puissance du Nautilus
sert au chauffage de la pièce d’implantation, l’autre moitié chauffe l’eau sanitaire. Une plaque de cuisson est ajoutée au-dessus de l’échangeur thermique. «Plus l’échangeur sera petit et plus la chaleur de la plaque sera importante. Mais elle ne dépasse guère 120°C», explique Sylvain Faruau, d’Aezeo. Le Nautilus peut aussi intégrer un four. L’entreprise est en train d’en concevoir un nouveau pour limiter les contraintes. «L’ancien ne dépassait pas 150°C, trop juste pour cuire gâteaux et gratins. Et l’été, pas de flambée. Il fallait un autre appareil. Dans le prochain four, nous avons ajouté des résistances électriques.


Enquête : L’écoconstruction plus résiliente face au Coronavirus ?

ecoconstruction et coronavirus

La crise sanitaire inédite qui a saisi le pays en mars dernier n’a pas épargné les acteurs de l’écoconstruction. Mais l’activité, certes ralentie, ne s’est pas arrêtée et beaucoup de professionnel.les restent confiant.es en l’avenir.

Premier constat : le confinement a obligé tout le monde à décaler ses plannings, ou presque. Même les artisans qui ont continué leurs chantiers comme si de rien n’était ont accumulé un peu de retard. « Certains clients comprennent, d’autres pas, constatent plusieurs professionnels. Le problème, c’est qu’on sera toujours en retard dans trois mois… » En cause : l’arrêt quasi-total des chantiers pendant les quinze premiers jours du confinement, jusqu’à la fin du mois de mars. « La situation était confuse, rapporte François Glaizot, de l’Association régionale pour la promotion de l’écoconstruction (Arpe) Normandie. Et les instructions du gouvernement étaient contradictoires. » D’un côté, les citoyens étaient sommés de se confiner. De l’autre, s’ils travaillaient dans le bâtiment, ils étaient encouragés à aller travailler, alors que les fédérations du bâtiment réclamaient une suspension provisoire.

Le rythme des chantiers au ralenti

La publication, le 2 avril, d’un « guide de bonnes pratiques » par l’OPPBTP a (un peu) apaisé les craintes et les tensions, en listant les conditions requises pour pouvoir relancer un chantier. L’activité a donc repris, mais de façon très progressive. D’après la Fédération française du bâtiment (FFB), fin mai, 83 % des chantiers avaient repris. Mais seuls 52 % de ces chantiers « actifs » affichaient un niveau d’activité normal. « Les équipes ont été réduites pour respecter les gestes barrière et certains salariés ne pouvaient pas reprendre le travail, étant obligés de rester à domicile pour garder leurs jeunes enfants [les crèches et écoles n’ont rouvert que partiellement à partir du 11 mai, ndlr], précise Olivier Ferron, délégué général d’Abibois, l’interprofessionnelle bretonne du bois. Les personnes fragiles ne peuvent pas non plus reprendre le travail. » À ces arrêts et reprises timides s’ajoutent parfois des défauts d’approvisionnement, très inégaux selon les régions et les matériaux.

Avant de reprendre, les artisans ont dû envoyer leurs « plans de bataille » aux architectes, précisant les modalités prévues pour le respect des conditions sanitaires. Responsables de la sécurité sur les chantiers pour lesquels ils assurent la maîtrise d’oeuvre, les architectes donnaient ensuite leur feu vert, ou non, pour la reprise des travaux. « Pour eux, la période a été rude, avance un artisan. Ils ont dû revoir l’organisation de nombreux chantiers. » « Sur les gros chantiers, nous sommes souvent douze autour d’une table pour les réunions hebdomadaires, raconte Jean-Baptiste Thévard, de l’agence Accort-paille.


Enquête habitat léger : L’habitat léger sort du bois

Habitat léger

Écologique et économique, l’habitat léger sort de la marge et attire de plus en plus depuis 2010. La récente loi engagement et proximité barre pourtant le chemin. Pistes et stratégies pour obtenir ou “s’arranger” avec une autorisation en bonne et dûe forme.

Je vis en yourte dans cette forêt depuis douze ans. J’entends les feuilles glisser dessus. Je puise l’eau du ruisseau pour boire. Je coupe du bois pour me chauffer. Des panneaux solaires alimentent la lampe et la radio. J’ai prévenu la mairie à mon arrivée. Elle me tolère. Je suis intégrée, je me nourris des légumes du jardin de ma voisine en échange de travaux dans ses champs. Si on ne se laisse pas envahir par le monde, on est connecté ! », se réjouit Pimprenelle, 54 ans, habitante d’un bois du Tarn.

Un million de Français ont choisi l’habitat léger et réversible d’après les chiffres 2013 du ministère du Logement. La diversité des profils est vaste. Notre enquête révèle une majorité d’habitants très sensibles à l’écologie, voire survivalistes, éduqués, voire très éduqués, et socialement bien intégrés, avec emploi salarié ou activité indépendante. Les « petits habitats » eux-mêmes s’avèrent hétérogènes, de la yourte plutôt visible en campagne ou montagne à la tiny house urbaine ou péri-urbaine, en passant par la roulotte champêtre, le dôme et le zome architecturaux, la kerterre bretonne ou le tipi forestier.

On retrouve cette diversité dans les prix. Une kerterre peut s’autoconstruire gratuitement avec de la paille et de la terre, une yourte s’autoconstruit pour une somme modique ou s’achète autour de 3 000 € pour 20 m2. 15 000 à 25 000 € la roulotte de 18 m2 en bois, 13 000 € le dôme de 20 m2, 50 000 € la tiny de 20 m2. L’éventail fluctue suivant le constructeur, la taille, les matériaux, la part d’autoconstruction (accompagnée ou non), etc.

Une loi vidée de sa substance

L’État reconnaît ce mode de vie depuis la loi Alur du 24 mars 2014. Elle a notamment créé la notion de « résidence démontable » ainsi que la possibilité pour les collectivités d’instaurer dans leur Plan local d’urbanisme (PLU) – en zone agricole ou naturelle – des terrains dédiés, les Stecal, pour accueillir les habitats légers. En réalité, ces zones ne sont répertoriées nulle part.  D’après l’association ardéchoise Les Hameaux légers, seuls trois à dix PLU en sont pourvus dans l’Hexagone. Dans ces conditions, où s’installer ? Est-il obligatoire de n’être que toléré, discret, à la marge ? Plusieurs stratégies sont possibles. La première : déclarer son habitat léger, avec une demande de permis d’aménager pour une résidence démontable de plus de 40 m2, ou une déclaration préalable de travaux en-dessous de 40 m2. […]