Territoire : R-Urban : construire la ville en circuits courts

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Créer des liens et instaurer des circuits courts dans les villes, c’est l’ambition de l’Atelier d’architecture autogérée qui a mis au point la stratégie R-urban. Au programme : Recyclab et Agrocité.

Il existe dans un coin de Bagneux, au sud de Paris, un petit poumon vert fait de jardins et de bâtiments écoconstruits. L’un de ces bâtiments, le « Recyclab », a été terminé au début de l’été 2021, après cinq mois de chantier. Construit à partir de containers, il est conçu avec une empreinte carbone minimale et a été monté sur pilotis, de façon à ne pas imperméabiliser les sols. « Les matériaux utilisés sont biosourcés et issus du réemploi, explique Constantin Petcou, architecte et cofondateur de l’Atelier d’architecture autogérée (AAA), structure qui a initié et coordonné la construction du Recyclab. Les caissons du plancher ont été élaborés avec des portes récupérées dans des immeubles haussmanniens et les doubles vitrages sont partiellement issus de réemploi. » 

À terme, le lieu accueillera des activités de l’économie sociale et solidaire, un fablab (atelier de fabrication équipé de machines numériques), des séminaires, des activités de réemploi, etc. « Dans le premier Recyclab que nous avons construit, à Colombes (92), il y avait un Repair café pour dépanner les vélos, des espaces de coworking, des résidences pour designers, séminaires, etc. ; tout un écosystème d’activités favorisant une transition écologique basée sur des activités et des acteurs locaux », raconte l’architecte.

Habitants impliqués à toutes les étapes

Juste à côté du Recyclab se trouve l’Agrocité. Bâtie en 2019 selon les mêmes principes écologiques. « Nous avons utilisé des planches de séchage de parpaing recyclées pour le plancher. L’isolation est en paille, qui est aussi un déchet local, issu de l’agriculture, et que nous avons récupérée en Île-de-France. Le bardage est bigarré, réalisé avec diverses fins de séries de bois », détaille Constantin Petcou. 

Entre ces deux bâtis verts : des jardins familiaux. Soit 1 500 m² en tout, au cœur d’une cité densément peuplée : 10 000 habitants par km². « Les projets sont en interaction les uns avec les autres, ajoute le cofondateur d’AAA. Les eaux pluviales récoltées sur le Recyclab servent, par exemple, à alimenter le jardin en permaculture de l’Agrocité. Il y a une complémentarité entre les deux unités. » Cette interdépendance s’inscrit pleinement dans la stratégie « R-urban », portée par AAA, qui ambitionne de créer des réseaux locaux et de valoriser les circuits courts en milieu urbain pour l’habitat, le travail, les mobilités ou encore l’agriculture. À chaque projet constructif, les habitants de la commune sont associés. Et ils restent très actifs ensuite, une fois les bâtiments achevés.


Habitat groupé : Éloge de l autoconstruction collective

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À Saint-Médard-sur-Ille, en Bretagne, huit maisons partiellement autoconstruites ont permis à des foyers de devenir propriétaires, tout en découvrant l’écoconstruction et la richesse de la vie collective.

L’autoconstruction collective, un vrai pari

Faire accéder à la propriété d’une maison écologique et performante de 85 m2 pour 140 000 €, moyennant une participation aux travaux. C’est le pari que s’étaient lancé la mairie de Saint-Médard-sur-Ille, à 25 km au nord de Rennes, le bailleur social Néotoa et l’association Compagnons bâtisseurs. « On avait déjà procédé à un projet similaire à Langouët [situé dans la même communauté de communes, ndlr], mais seulement sur les annexes et les clôtures, relate Véronique Cornillet, architecte. Pour des maisons, c’était vraiment une première. » « Concevoir des plans qui respectent l’enveloppe budgétaire et qui soient réalisables en partie par des non-professionnels, c’était une vraie difficulté, avance Mickaël Laurent, chargé de développement chez Bruded, un réseau d’échanges d’expériences de développement durable entre collectivités, qui a observé avec grand intérêt ce projet. Il fallait en plus qu’elles soient conformes à la réglementation thermique tout en étant écologiquement performantes. » 

Sorties de terre en décembre 2017 et inaugurées en septembre 2018, les huit maisons ont tenu leurs promesses thermiques : il y fait bon en toute saison. « On a même enlevé les convecteurs prévus pour les chambres, relate élodie, qui habite l’un des logements avec son mari et leurs trois enfants. Le chauffage bois suffit. » Les habitants goûtent particulièrement ce confort alors que les coûts de l’énergie s’envolent, de même que le nombre de personnes en situation de précarité énergétique.

Huit ménages sur un chantier

« Il y a huit maisons à ossature bois, isolées en laine de bois et chauffées par des poêles à granulés, détaille Mickaël Laurent. Les maisons ont été vendues en Vente en état futur d’achèvement (Vefa) par Néotoa qui avait auparavant acheté les terrains à la mairie. Les habitants se sont occupés essentiellement du second-œuvre : isolation, pose de cloisons sèches, carrelage, peinture… » Le mélange des genres, à savoir des maisons commandées mais partiellement autoconstruites, n’a pas été aisé à saisir pour les habitants. « Les gens avaient deux casquettes : face à nous ils étaient acquéreurs, mais sur le chantier ils étaient artisans. Cela a généré des confusions, détaille Véronique Cornillet. Il était question que les gens mettent la main à la pâte côté travaux, mais c’est tout. Les maisons étaient déjà dessinées, on ne pouvait plus en modifier la conception. » Élodie résume : « C’est vrai que quand on montait les cloisons, on se disait qu’on aurait bien ajouté un placard ou deux, mais ce n’était pas dans les plans. On n’a pas la même vision en tant que futur habitant par rapport à une architecte qui répond à
une commande. »


Dossier : Pour demain construire ou rénover

construire ou rénover

Désormais, le « rêve » d’un pavillon avec jardin n’apparaît plus comme un eldorado. Pire, la maison individuelle ne serait plus « soutenable » et même devenue symbole d’un « non-sens économique, écologique et social » nous menant directement « dans une impasse ». Ces mots, prononcés mi-octobre 2021, ont soulevé un tollé général. Leur autrice, la ministre déléguée au Logement Emmanuelle Wargon, a dû se justifier, détailler, réexpliquer. Car s’attaquer au modèle de l’habitat individuel relève de la gageure. Au-delà des professionnels de la construction, c’est toute la culture du logement et de la propriété à la française qui s’est sentie taclée.

La contrainte du contexte

À l’heure où l’urgence climatique oblige à envisager une transformation globale des modes de vie, l’habitat n’est, en effet, plus épargné. À lui seul, le secteur de la construction représente près d’un quart des émissions des gaz à effet de serre en France, dont les deux tiers sont imputables au résidentiel. Dans son rapport remis en novembre, « Habiter dans une société bas carbone », The Shiftproject, association créée en 2010 pour imaginer une société libérée des énergies fossiles, rappelle que ces émissions sont « en très grande majorité le fait du chauffage et des consommations d’eau chaude sanitaire(1) ».

Construire ou rénover ? telle est la question…

Pour relever le défi climatique, la construction neuve et sa consommation énergétique sobre induite par les nouvelles réglementations telles que la RE 2020, fraîchement entrée en vigueur en ce début d’année, ne suffira pas. La rénovation du parc existant, et surtout sa rénovation énergétique, reste le défi majeur. Pour tenir les objectifs du Plan climat, rénover au moins 500 000 logements par an est annoncé comme nécessaire quand 300 000 nouveaux sortent de terre chaque année(2). Une raison suffisante pour recommander aux familles qui veulent se bâtir leur « sweet home » de renoncer au neuf pour aller vers de la rénovation ?

Pour de nombreux architectes, comme Ludovic Devernay en Bretagne, spécialisé dans l’écoconstruction et l’écorénovation, tout est question de contexte, notamment géographique.


Vue d’ailleurs : écoquartiers au Quebec

écoquartiers au Quebec

Au Québec, en quête d’écoquartiers exemplaires.

Le Québec compte cinq quartiers de haute qualité environnementale. certifiés LEED-AQ finalisés ou en cours de développement. Cette marque d’excellence est-elle la garantie absolue d’avoir affaire à un ensemble  d’habitations vertueux d’un point de vue environnemental ? Pas du tout, à en croire les spécialistes québécois de la question. « Il y a des promoteurs qui se targuent que leur développement est vert, mais ils ont tout rasé pour faire un stationnement qui devient un îlot de chaleur », relève par exemple Martine Beaugrand, ancienne maire de Laval et écocourtière certifiée par l’organisme montréalais Écohabitation. La gestion des eaux de pluie, les plantes indigènes, les toitures blanches ? Du maquillage, parfois. « On ne voit pas tout et en dessous,
ce n’est pas toujours très écolo », assure de son côté Emmanuel Cosgrove, directeur d’Écohabitation. En outre, « les promoteurs disent que tout se trouve à cinq minutes.


Territoire : écoquartier et habitat mobile

ecoquartier et habitat mobile

L’habitat léger cherche son aire

Les personnes en habitat mobile « vivent entre elles, repliées », avance un homme grisonnant. Cela représente « une certaine liberté », nuance sa voisine de table. « Ils vivent ainsi faute d’argent, mais préféreraient une vraie maison », suggère un troisième participant. « Les tiny houses ne sont pas accessibles aux pauvres ! », conteste un homme d’une vingtaine d’années parmi la cinquantaine de citoyens réunis à Theix-Noyalo (8 000 habitants) ce soir de septembre 2017 pour un atelier de travail. Sur les 40 ha de la future Zone d’aménagement concerté (Zac) de Brestivan, prévue pour un total de 1 000 logements, la commune a réservé 3 ha à un « écoquartier innovant et alternatif », où sont envisagés écomatériaux, habitat partagé et autoconstruction. 5 000 m2 devraient en outre accueillir de l’habitat mobile ou éphémère. Pour la conception de ce projet, la population est mise à contribution. Une démarche participative séduisante sur le papier, mais ardue à concrétiser…


Habitat groupé : Eco’n’home à Tours

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Le sobre jeu des six familles.

Dans l’écoquartier Monconseil, à Tours, l’habitat participatif Eco’n’home, alliant écologie et performance énergétique, rassemble six familles dans l’entraide et la solidarité. Une première en Touraine. À l’ombre du cerisier s’installent Marie-Madeleine et Dominique, puis Sarah, Charline… Sur la table, un gâteau maison aux coings, accompagné de thé vert, attire les habitants. Ici, l’heure du thé n’est pas un instant solitaire. « Quelle belle journée », lance Dominique d’un air satisfait. Le plaisir d’un dimanche automnal ensoleillé, propice aux derniers barbecues de l’année. La satisfaction, aussi, du travail accompli. Au programme ce jour-là, le métrage de la clôture et la salle commune. Aussi, Eric et Dominique ont camouflé les cuves de récupération d’eau de pluie avec des canisses.


Territoire : Eco-défi Clairlieu

scic clairlieu

Rénover groupé, l’envol des pavillons

Le défi que s’est lancé un groupé d’habitant de Villers-lès-Nancy, est à la hauteur des enjeux climatiques du moment. Ils ambitionnent de rénover aux standards BBC (bâtiment basse consommation) un lotissement de 1 328 pavillons ! En effet, les maisons ont été bâties entre 1971 et 1974 dans le quartier de Clairlieu, une paisible enclave urbaine dans la forêt, mais surtout, à l’époque, une des plus grosses opérations d’habitat social individuel en Europe. Peu isolées, les maisons consomment 249 kWh/m².an en moyenne pour le chauffage et l’eau chaude sanitaire ! Cependant, leur uniformité a fait naître l’idée d’une solution de rénovation thermique reproductible…


Territoire : Urbanisme rural

urbanisme rural

Urbanisme rural à Faux-la-Montagne.

En milieu rural, la question n’est pas d’accéder à un logement, mais d’accéder à un logement sain et économe en énergie », résume Stéphane Grasser, urbaniste et directeur de la SCIC L’Arban (société coopérative d’intérêt collectif). Nous sommes à Faux-la- Montagne, sur le plateau de Millevaches, dans la Creuse. Ce village offre deux immenses richesses. Tout d’abord, un beau paysage de moyenne montagne. Ensuite le dynamisme de sa vie associative, des services et des commerces.

« Pourtant, la commune compte 49 % de résidences secondaires et des maisons abandonnées », observe la mairesse Catherine Moulin. Les familles qui souhaitent s’installer ici délaissent les maisons de bourg en vieilles pierres, sombres, mal isolées, sans jardin et trop coûteuses à rénover

 


Habitat groupé : écolotissement Les Terres-Mêlées

écolotissement Les Terres-Mêlées

Écolotissement, quand les citoyens s’en mêlent

À GRÉZIEU-LA-VARENNE, dans l’agglomération lyonnaise, un collectif constitué en association a été l’aménageur de l’écolotissement Les Terres-Mêlées. Particulièrement remarquable car c’est une première en France. Une vingtaine d’habitants qui se constituent en collectif associatif pour construire leur logement autour de mêmes valeurs. Aujourd’hui, le concept fait mouche et séduit même certaines municipalités. Mais en 2011, lorsque le groupe des Terres-Mêlées se forme, l’idée n’est encore pas tellement répandue.

Pour Odile Melot, à l’origine du projet, « tout a été rendu possible par la rencontre des propriétaires d’un terrain, qui ont été séduits par notre projet et ont accepté de céder une parcelle pour notre habitat groupé de 13 logements ».

 


Territoire

ecoquartier Bazouges sous hede

Ecoquartier Bazouges-Sous-Hédé. On s’était dit rendez-vous dans dix ans.

C’était l’un des premiers écolotissements de France. Construit il y a un peu plus de dix ans dans une commune de 900 âmes à 25 km au nord de Rennes, « Les Courtils » compte 10 logements sociaux et 22 maisons individuelles, dont une partie autoconstruite.