Rénover : du pavillon 1970 à la basse consommation

-N°129, La Maison écologique, rénover un pavillon en basse consommation

Rénover un pavillon année 70 en basse consommation

À l’entrée du Parc naturel régional (PNR) de la Brenne, dans un petit village à 6 km du Blanc (36), une maison sort du lot. Perchée sur sa petite colline, avec son bardage en bois et en tôle de la même couleur que l’écorce des arbres, elle semble fraîchement sortie de terre. Une fois dans la propriété, accueilli par un bois, des poules et des oiseaux, le visiteur découvre un pan de la maison. Sur le mur du sous-sol, un crépis typique des années 1970 est en train de disparaître sous les coups de pinceau d’un artisan. « Le peintre a attendu le beau temps pour finir les façades », annonce la propriétaire. Un dernier détail pour créer l’illusion parfaite. C’était exactement l’ambition de Martine Tissier et Alain Blanchet, heureux propriétaires de cette construction de 1974, achetée 85 000 € en 2015. Faire de ce pavillon basique et conventionnel une maison contemporaine, performante et ancrée dans le paysage.

« À la base, nous cherchions un terrain pour faire écoconstruire. Nous le souhaitions boisé, afin d’observer les oiseaux et densifier leur population, car avec la rivière la Brenne, beaucoup d’espèces sont présentes », raconte Alain, passionné d’ornithologie. Après deux ans de recherches infructueuses, le couple change son fusil d’épaule et part sur une rénovation. Un jour, il tombe sur ce pavillon, abandonné depuis dix ans, avec un terrain boisé de 1,2 ha. Il en voit tout de suite le potentiel. « Les anciens propriétaires étaient des gens âgés, ils sont partis dans leur résidence secondaire et ne sont jamais revenus ici, explique Martine. La maison était restée complètement dans son jus depuis toutes ces années avec même les croquettes du chien dans la gamelle. Il y avait un bazar monstre, mais cela ne nous faisait pas peur ! » Quelqu’un passait l’hiver pour chauffer le pavillon, ce qui a permis de ne pas le laisser se détériorer. « Il n’était pas trop loin du village sans être dedans et cochait pas mal de nos critères », ajoute Alain.


Billet d’humeur : L’assurance-vie sobriété

sobriété BILLET HUMEUR, La Maison écologique, 128

Avez-vous remarqué ? Plus un rapport, pas une tribune sans le mot « sobriété ». Moins clivant que « décroissance », moins effrayant qu’« austérité », moins monastique que « frugalité », on nous sert la sobriété à toutes les sauces jusqu’à… l’ébriété.

Même notre président de la République s’en est emparé. Ainsi, son discours de Belfort sur l’énergie commence par « le premier grand chantier est de consommer moins d’énergie. En d’autres termes, gagner en sobriété ». Avant (sans doute effrayé par une telle audace ?) de se reprendre dès la phrase suivante : « La force de notre modèle social […] ne serait pas soutenable si nous ne continuons pas de produire davantage. Qui propose de produire moins m’expliquera comment on pourra protéger plus ? »

« Qui m’expliquera… » ? Eh bien, peut-être ce billet d’humeur?

Tout d’abord, Monsieur le Président, vous confondez (mais vous n’êtes pas le seul !) sobriété et efficacité énergétique, deux piliers de la transition énergétique qui ne sont pas de même nature. L’efficacité énergétique optimise le rendement des technologies utilisées, limite pertes et gaspillages depuis la conception jusqu’à la fin de vie. La sobriété, quant à elle, recherche le bon usage et non le mésusage, le juste dimensionnement et non le surdimensionnement, le partage au lieu de l’individualisation. Bien au-delà des petits gestes, elle interroge nos choix collectifs en matière d’équipements, d’aménagement de l’espace et du vivre-ensemble. Elle interpelle le juste emploi des matières et matériaux : flexibilité d’usage, recyclage, réemploi, réparabilité, limitation de l’obsolescence…

Prenons l’exemple de la voiture individuelle. La recherche de plus d’efficacité énergétique se concentre sur la technique : un meilleur aérodynamisme, un rendement du moteur plus élevé, un carburant au meilleur pouvoir énergétique et au moindre impact environnemental, l’assistance électronique pour une conduite plus économe. La sobriété est tout autre. Elle interroge tout d’abord l’usage par une question aussi simple que radicale : ai-je vraiment besoin de faire ce déplacement? Si oui, ai-je besoin d’utiliser une voiture? Quelles sont les alternatives? Ensuite, elle nous interpelle sur le dimensionnement. Est-il vraiment bien malin d’utiliser une berline de 2 t pour transporter un humain 30 fois moins lourd? De disposer à bord d’un luxe de gadgets numériques alors que nous avons les mêmes dans notre smartphone? Enfin, la sobriété appelle la mutualisation : puis-je covoiturer? Recourir à l’autopartage au lieu d’être l’unique propriétaire de ma voiture?

Concevoir et agir sobre, c’est donc faire mieux avec moins. Préparer un avenir moins addict à l’abondance, moins inégalitaire, protégé des ravages de la spéculation sur des ressources limitées. Un avenir plus sûr aussi car plus résilient face aux redoutables conflits qui jalonnent une fois de plus la destinée humaine. Une assurance VIE, en quelque sorte.

Avec, aussi, la joie comme message subliminal. Un vieux sage récemment disparu nous l’a longtemps murmuré : mais oui, la sobriété est heureuse! Car elle est protectrice, éthique et juste.


Cahier travaux : Déposer et poser ses fenêtres soi-même

fenêtres CAHIER TRAVAUX La Maison écologique 128

Pour une bonne rénovation thermique, changer ses fenêtres peut faire une vraie différence. À condition de réaliser une bonne étanchéité à l’air. Marche à suivre.

Changer ses fenêtres est souvent la première chose à laquelle pense le particulier pour améliorer le confort thermique de son logement. Pourtant, les ouvertures ne représentent que 10 à 15 % des déperditions de chaleur. Contre 30 % pour le toit et 25 % pour les murs. Le changement des fenêtres doit donc se faire en tenant compte de tous les paramètres thermiques de l’habitat. Le mieux reste de rénover la totalité de la maison en une seule fois. Quand cela n’est pas possible, il faut s’adapter ! C’est le cas dans cette maison de ville des années 1900, située en plein cœur de Tours (37) et dont l’isolation thermique par l’intérieur (ITI) sera réalisée ultérieurement.

Feuillure originelle retrouvée

Le choix des fenêtres s’est porté sur des menuiseries bois (pin) de la marque française Bieber avec un double vitrage phonique et Securit (retardateur d’effraction) 44.2 acoustique/16/8. « Afin de respecter au maximum le cachet de la maison, les clients ont opté pour la gamme Inova mf (monument de France) : les joints de solin sont apparents à l’extérieur, les rejets d’eau sont directement posés sur les traverses basses et la pièce d’appui est traditionnelle (pièce en bois saillante) », indique Raphaël Derré, menuisier spécialisé en écoconstruction. Lors de la rénovation, la feuillure originelle en pierre, comblée lors d’une précédente rénovation avec de la brique, réapparaît, prête à accueillir les nouveaux dormants très épais (68 mm) qui assurent une bonne performance. Les compribandes, elles, garantissent une bonne étanchéité à l’air et à l’eau.

Coûts :

• Fenêtre Bieber phonique, 92 kg (l 1 240 x h 1 790 mm) : 1 345 € HT

• Tapées de persiennes : 110 € HT par fenêtre

• Autres coûts matériaux : 111 €

Outils :

• Disqueuse

• Burineur

• Scie sabre

• Marteau

• Tournevis

• Visseuse-dévisseuse

• Pied-de-biche

• Mètre

• Niveau

• Règle de niveau

• Burin

• Serre-joints

• Scie circulaire

• Pulvérisateur à eau

• Perforateur

• Visseuse à choc pour vis béton

• Spatule de plâtrier

• Fil à plomb

• Truelle ou langue-de-chat

• Bâches de protection

Matériaux : 

• Planches de coffrage bois

• Fenêtre Bieber

• Ciment naturel prompt

• Tapées de persiennes

• Mortier patrimoine à la chaux aérienne

• Mortier adhésif 

• Joint colle

• Peinture

• Compribandes (type Contega Fiden Exo Pro clima)

• Vis béton de 7,5 x 150 mm (sans chevilles possible dans des corps pleins comme
la pierre)

• Vis de 5 x 60 mm bichromatée standard 

• Clé BTR


Principes de base et matériaux : Isolation

LA MAISON ECOLOGIQUE Principes de base et matériaux

Principes de base et matériaux :

  • Pour vivre heureux, vivons bien isolés : Comment atteindre une performance optimale ?
  • Les matériaux biosourcés, une solution d’avenir ? La filière connaît une belle progression, mais doit s’organiser
  • Les biosourcés, grands oubliés de la RE2020 ? vers une nouvelle réglementation pas si environnementale
  • La chasse aux petits trous : étanchéité et ventilation, un équilibre à trouver
  • L’essentiel des matériaux : synthétiques ou biosourcés, aperçu des principaux isolants du marché
  • La balade des isolants : Tour d’horizon des matériaux de cueillette

Avis d’experts enquête : Le compteur linky permet il vraiment de faire des économies d’énergie ?

Linky

Le compteur électrique « intelligent » déployé en France, plus connu sous le nom de Linky, ne permet pas, à lui seul, de faire des économies d’énergie. Pour qu’il soit efficace, il faut lui adjoindre divers outils.

Testés depuis 2011 et déployés en France à partir de 2015(1), les compteurs Linky (aussi appelés « compteurs communicants » ou « compteurs intelligents ») devraient être généralisés à l’ensemble du pays d’ici début 2022. Au-delà des débats sur la liberté d’équipement et le cumul des ondes, leur objectif affiché est double : réduire les coûts liés aux relevés des compteurs par des techniciens, qui deviennent automatiques, et mieux connaître la cadence et les niveaux de puissances appelées sur le réseau pour savoir à quels endroits il doit être renforcé. Terminées les estimations de consommation lissées sur l’année. Place à la transmission quotidienne de ce que chaque foyer consomme et à la possibilité pour les consommateurs d’avoir accès gratuitement à leurs données, mises à jours toutes les 24 h, grâce à leur espace Enedis en ligne.

Pas d’économies automatiques avec le linky

Si les économies d’énergie ne sont pas le but principal du déploiement des compteurs Linky, elles font néanmoins partie des avantages promis. Alors, ce nouveau système permet-il de réduire sa consommation d’électricité ? Une étude technico-économique réalisée en 2011 à la demande de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) évoque la baisse de la consommation, et donc des factures, comme l’un des gains attendus pour les usagers. Mais un compteur Linky « ne permet pas, tout seul, de réduire sa consommation énergétique », avertit Stéphan Louillat, chef de service réseau et énergies renouvelables à l’Ademe. Le compteur en lui-même ne fournit que très peu d’informations par lecture directe et ne permet pas de comprendre ce que l’on consomme, ni quand, ni pourquoi. « Pour avoir des éléments de suivi, il faut en formuler la demande auprès de son fournisseur, signale Stéphan Louillat.


Rénover : un cabanon de jardin devenu chalet familial

Rénover un cabanon de jardin

Dans les méandres des venelles orléanaises, un îlot de verdure jaillit. Au bout d’un chemin, à peine plus large qu’un vélo, un jardin de 800 m2 abrite un cabanon. C’est la vision qu’a eue Quentin Monroty lorsqu’il a visité sa future maison dans le Loiret. « Sur l’acte notarié, il était écrit “chalet de jardin”. Le terrain n’était pas constructible, donc impossible de le démolir ou de l’agrandir. Cela n’intéressait que les jardiniers. Le prix de vente était donc assez bas », indique Quentin, heureux propriétaire de cet ancien cabanon de 44 m2. Quand, en 2018, Élise Hug, sa compagne, a déniché cette vieille maison de 1936, il a un coup de cœur. Architecte indépendant, spécialisé dans les réaménagements, il en perçoit également le potentiel. « Je me suis dit que si le sous-sol était aménagé, cela donnait 87 m2 au total, et je pouvais en faire quelque chose pour notre famille. Il faut lire les lieux. En tant qu’architecte, je me suis spécialisé dans le réaménagement et la rénovation et je fais assez peu de logement neuf notamment pour éviter le grignotage des terres », ajoute Quentin, qui souhaitait habiter en centre-ville pour continuer de faire tous ses déplacements à vélo. L’enjeu de la rénovation devient alors de gagner de l’espace tout en conservant le chalet en bois.

Véritable passoire thermique, la bicoque a déjà fait l’objet de plusieurs rénovations en 1960 et 1980, mais elle présente toujours beaucoup de dégradations : tuiles non remplacées, fuites de plomberie, lit de fondation en bloc béton mâchefer (à la fois fragile et issu de combustion polluante), sol plastique sur plancher bois qui empêche toute respiration du matériau, le tout dans un mélange de graisse et de nicotine. 

Comment rénover un cabanon de jardin

La première étape consiste à désamianter la façade extérieure avant d’accueillir un chantier participatif réunissant des amis et la famille pour enlever tous les revêtements intérieurs. « C’était très long. Nous avions beaucoup de protections, comme des gants, des masques, et il fallait tout rouler à la brouette, dans les venelles, avant d’emporter les débris à la déchetterie. Une seule accepte ce type de déchets dans l’agglomération », se souvient Quentin qui, au fil des travaux, réussit à négocier un passage chez son voisin, lui permettant d’approcher un véhicule près de la maison. Une fois la tonne d’amiante évacuée, les trois couches de lino et les dalles de polystyrène enlevées, le bâtiment d’origine est à peu près sain et conservé.

Creuser sous les fondations

Quentin s’attaque alors à la partie basse la maison, en cherchant une solution pour creuser sous les fondations.


Ils se sont battus pour éviter les coûts

MAITRISER LE BUDGET RENOVATION

Le combat d’Astrid et Jérémie pour maîtriser le budget de leur rénovation a été payant. Malgré les imprévus qui ont alourdi la note et contrarié les travaux, leur pavillon d’Ille-et-Vilaine est passé de passoire énergétique à logement basse consommation.

Un combat de longue haleine

Maîtriser les coûts d’une rénovation est un combat de longue haleine. En Ille-et-Vilaine, Astrid et Jérémie Emery-Schiettecatte ont dû conjuguer avec un budget contraint, des exigences de performance énergétique et de matériaux écologiques, ainsi que des mauvaises surprises qui plombent les factures.

Pour les guider, ils enrôlent l’architecte Séverine Duchemin, qui propose de démonter le chien assis, grande lucarne intégrée dans la toiture, et le remplacer par une gerbière, qui rejoint le plan de la façade en prolongeant le mur des niveaux inférieurs. Petite fuite dans le porte-monnaie suite à la dépose du chien assis durant l’hiver : le bâchage défaillant provoque des infiltrations dans la chambre d’Eliot, obligeant à reprendre une partie du parquet. Au-dessus de cette gerbière au toit presque plat, un élément en zinc reprend la pente d’origine « pour pouvoir installer les panneaux solaires avec une inclinaison optimale de 40-45°, pointe Séverine Duchemin. On aurait pu les mettre à côté, mais cette boîte centrale aurait porté son ombre sur les panneaux ». Très peu visibles, ils ne sont pas encastrés dans la couverture, « faisant économiser à peu près 1 000 € ».

La subtile valse des fenêtres

Toutes les ouvertures sont conservées, mais les fenêtres sont redimensionnées pour être plus harmonieuses et pratiques. « On a cassé les allèges sous d’anciennes fenêtres pour en faire des portes-fenêtres donnant accès à la future terrasse en hauteur, détaille l’architecte. Agrandir l’ouverture permet d’avoir plus de lumière, on retrouve en hauteur ce qu’on perd en largeur de vitrage à cause de l’isolation des tableaux. » Mais dans la chambre au premier étage, les propriétaires ont « résisté à la tentation de transformer la fenêtre en porte-fenêtre, ce qui aurait impliqué des travaux de maçonnerie, donc un surcoût, alors qu’elle ne donne pas sur la terrasse et aurait requis un garde-corps », souligne Astrid. De plus, cela permet de caser le radiateur dessous.

Pour bénéficier de la lumière naturelle et de la vue jusqu’à la cuisine positionnée au nord, la cloison qui la séparait du séjour est déposée. « Un ingénieur structure a vérifié que le ferraillage présent dans la poutre qui passe au-dessus pouvait bien porter le plancher supérieur sans ajouter de poteau », précise Séverine Duchemin. Lorsque le porte-feuille se renflouera, une verrière fermera la cuisine pour l’isoler en termes de bruit et d’odeurs tout en gardant la lumière et la vue qui ont séduit le couple lorsqu’il a visité la maison.


Ils ont conjugué le passé au présent

Rénover une maison ancienne

En rénovant cette vieille maisonnette en pierre, Alice et Matthieu ont métamorphosé ce logis vétuste de Loire-Atlantique en cocon très performant et économe, tout en préservant les traces de ses vies antérieures.

Nous avons fait notre nid dans une coquille existante

Nous avons fait notre nid dans une coquille existante, qu’on a adaptée tout en gardant son âme », retrace Alice Maine, qui a jeté son dévolu avec son compagnon Matthieu Quantin sur cette vieille maisonnette en pierre, sommairement rénovée dans les années 1950, puis restée en l’état et devenue vétuste. « Il était plus facile de partir d’une base presque nue. On pouvait choisir notre système de chauffage, mettre une bonne isolation… Ça aurait été encore plus compliqué s’il avait fallu garder des éléments auxquels adapter notre projet. » Même si, avec le recul, Alice estime qu’il aurait été « mille fois plus simple de construire neuf » que de conjuguer avec « la dalle pas droite, le toit alambiqué et toutes ces adaptations sur-mesure qui prennent un temps monstrueux », il reste important pour le couple de « nous situer dans une histoire, savoir que cette maison avait déjà vécu des choses et qu’on allait en revivre avec elle. Et les volumes sont plus originaux, pas standardisés ».

L’histoire en mémoire

Pour respecter cette histoire, la jeune architecte affine les plans pour obtenir « une insertion la plus harmonieuse possible ». Elle crée une maquette 3D numérique, mais aussi une en carton pour mieux se rendre compte de « comment le projet s’insérait dans l’environnement et trouver la forme du nouveau toit qu’on avait du mal à visualiser ». Charpente et couverture sont vétustes ; « quitte à les retirer, on en a profité pour gagner des mètres carrés en surélevant le toit ». La partie la plus ancienne dispose d’un grenier qui sera aménagé en R+1 et la surélévation permet de prolonger au-dessus de l’ancienne extension (actuelle cuisine) ce plancher existant, mais en conservant la différence de niveau. Sans quoi « on aurait dû remonter l’ancien plancher au niveau de l’autre, donc augmenter la hauteur de la façade sur rue. Or, nous ne voulions pas dénaturer la maison, ni la rue qui est mignonne ». Alice refuse aussi de modifier la hauteur de l’autre façade « pour ne pas ajouter d’ombre portée sur le jardin qui est petit ». Face à ces deux contraintes, « un toit unique paraissait très massif et effaçait l’histoire de cette extension ajoutée à la première partie ». Le toit sera finalement double, en forme de M asymétrique dont les fortes pentes maximisent les apports solaires en hiver par les fenêtres de toit.


Autoconstruire : Maison 100% solaire thermique

maison 100% solaire

Construire à 960m d’altitude une maison qui n’émet ni CO2, ni particule fine et qui se chauffe (eau sanitaire comprise) pour 22 € par an. Philippe Heitz, l’un de nos journalistes, l’a fait et vous le raconte.

Pour une fois, cet article, je vais l’écrire à la première personne. Car c’est le retour d’expérience sur ma propre maison que je vais partager ici, en expliquant comment l’on peut atteindre, avec des moyens courants, zéro émission de gaz à effet de serre pour toute la consommation de chaleur d’une maison, un grand niveau de confort (19 à 26°C) et une facture d’énergie réduite à son strict minimum.

Pour concevoir, dessiner et autoconstruire en partie, accompagné par des artisans, cette maison écologique dont je rêvais, je ne partais pas sans expérience. Après avoir été cinq ans vétérinaire rural dans l’Ain, j’ai été 25 ans agriculteur dans la Loire, ce qui m’a permis d’expérimenter l’écoconstruction en bâtissant en 1992 l’un des premiers bâtiments isolés en paille de Rhône-Alpes, une chèvrerie-fromagerie de 1 000 m² en bois cordé et paille. Reconverti journaliste indépendant depuis cinq années pour trois revues techniques, j’ai enrichi mon horizon des possibles…

Convaincu de l’efficacité des solutions constructives écologiques comme de l’urgence climatique, en choisissant de construire la première maison de l’écohameau communal du village de Burdignes (Loire), je décidais de me passer du plaisir d’une flambée pour ne plus émettre de fumée pour l’ensemble de la production de chaleur de ma maison, chauffage et eau chaude sanitaire (ECS). Certes, le bois est une source de chaleur renouvelable, mais sa combustion relargue dans l’atmosphère du carbone, qui mettra 40 ans pour refaire un arbre. Trop tard. Maintenant, le bois doit être au maximum utilisé en construction et ameublement, pour stocker le carbone comme tous les matériaux biosourcés.
Ossature bois, bottes de paille, isolants biosourcés, solaire thermique sont les piliers de mon projet. Et des systèmes de mesure des températures et des consommations électriques permettent d’évaluer les résultats et de les partager.

Le fil rouge négaWatt

La démarche négaWatt a guidé la conception de mon logement.

Sobriété : pour réussir à couvrir les besoins de chauffage avec seulement de la chaleur solaire, il fallait réduire fortement les besoins grâce à une enveloppe très isolée. Le bureau d’études thermiques Heliasol a calculé un besoin d’énergie utile de 23 kWh/m².an pour le chauffage. Le projet n’entre donc pas dans le label PassivHaus (limite à 15 kWh/m².an), mais, vu le résultat final, une dépense d’isolants supplémentaires n’aurait pas été justifiée.


Avis d’experts : Chauffe-eau thermodynamique, ré-inventer l’eau chaude

chauffe-eau thermodynamique

Après dix ans sur le marché, les chauffe-eau thermodynamiques ont évolué et, grâce au retour d’expérience, les installations aussi.

Un chauffe-eau thermodynamique (CET) par aérothermie est constitué d’une pompe à chaleur qui puise les calories de l’air pour chauffer de l’eau dans un ballon isolé. Actuellement, trois types d’installations aérothermiques sont présentes sur le marché, rappelle Jérôme Charrier, de l’entreprise Soulas énergie, près de Poitiers : « La solution monobloc, sur air ambiant ou air extrait, dans laquelle le ballon et le moteur thermodynamique sont placés dans un seul appareil ; la solution VMC, qui utilise les calories de l’air extrait des pièces chaudes et humides de la maison (cuisine, salle de bains) ; et la solution split avec le système thermodynamique placé à l’extérieur de la maison, raccordé à un ballon d’eau situé à l’intérieur. »

Là où le monobloc bloque

Si la solution monobloc sur air ambiant a longtemps été mise en avant pour ses bons rendements (COP > 3), elle semble aujourd’hui moins cohérente d’un point de vue énergétique. « Comme ces machines prélèvent l’air dans l’espace de vie, précise Stéphane Evrard, de l’entreprise Clim&Chauff, en hiver les calories qu’elles utilisent sont issues de l’air chauffé par le chauffage. » En rénovation, le garage ou la cave (volume > 25 m3 et T > 5°C) accueillent souvent un CET monobloc équipé d’un rejet extérieur. « Mais il faut être sûr que le local ne refroidisse
pas et plus il y a une bonne étanchéité à l’air du local, plus il y a un risque de mettre le local en dépression, ce qui entraîne une aspiration de l’air extérieur ou celui des pièces chauffées par infiltration. »

Pour éviter ce phénomène, l’idéal est de prélever l’air extérieur avec une sortie ventouse, un seul tube qui assure l’aspiration et le rejet de l’air. « Si on a le moindre doute sur la capacité du local à rester à température stable sans entrer en dépression, on passe en air extérieur », surenchérit Marc Searle, d’Eco Logique Energy. Branché sur l’air extérieur, le monobloc perd alors son petit avantage en termes de rendement.

Une durée de vie riquiqui ?

Quid de la durée de vie d’un monobloc, de plus en plus compact ? « Si un nettoyage des filtres et des gaines n’est pas fait tous les six mois, la durée de vie du compresseur est de seulement trois à cinq ans, prévient Stéphane Évrard. Parfois, les gens ne les réparent pas et restent avec un fonctionnement sur la résistance électrique d’appoint ! »