Vie de famille à bord d’un bus scolaire



Stéphanie, Arnaud et leurs quatre enfants vivent dans un ancien bus. Matériaux naturels ou de récupération l’ont mué en logement itinérant. Attachez vos ceintures, la maison démarre !

La maison de Stéphanie, Arnaud et leurs quatre enfants a jadis arpenté les routes du Calvados, puis de Vendée pour effectuer le ramassage scolaire. Jusqu’à ce que les nouvelles normes interdisent à ce bus de 1998 de circuler. En 2016, ils le débusquent sur un site d’enchères des services publics. Arnaud et Stéphanie décident de le rénover pour en faire leur habitat avec des matériaux sains, naturels et une bonne dose de récup’.

 

La rénovation roule pour les palettes

Pour y parvenir, il a fallu démonter les 58 sièges du bus et les bagagères qui ne seraient pas réutilisées. Le couple projette ensuite à la machine à crépir trois couches d’un enduit isolant à base de granulés de liège sur les fenêtres condamnées, le sol et la carrosserie intérieure des murs et du plafond. Du liège en vrac est déversé au sol (comme dans certaines portions des parois verticales). Puis il est recouvert d’un plancher en OSB, revêtu de dalles de liège. Le reste des murs et le plafond sont isolés en laine de bois (5 cm), avec pour finition des planches de palettes récupérées, démontées, poncées et recouvertes d’un badigeon à base d’huile de lin. De même pour les placards autoconstruits.

« Il ne faut pas sous-estimer une palette, insiste Arnaud. Certaines récoltées n’étaient vraiment pas belles et sales, mais le ponçage réserve d’agréables surprises. Le bois devient super doux et on découvre une incroyable variété de couleurs de miels. Celles en merisier ont des tons chocolatés… »

Quand des amis leur rendent visite durant le chantier, ils ne leur offrent ni chocolats, ni fleurs, mais palettes, branches d’arbres ou tuyaux de cuivre. Ces derniers servent désormais à suspendre les torchons et les ustensiles de cuisine. Quant aux somptueuses pièces de bois rond qui donnent vie à la « maison », l’une vient d’Angleterre ; celle près du canapé, d’un prunier coupé et écorcé par un ami. La branche qui enveloppe les sièges à l’entrée vient d’un abricotier tombé chez le voisin. Pas de quoi dépasser le poids total roulant en charge autorisé de 18,5 t. À vide, le véhicule pesait 11,3 t. « On a retiré 1,5 t de sièges et bagagères, on peut donc mettre 8 t de bois, de valises et d’enfants ! », s’esclaffe Arnaud.

« Arrêt demandé » pour la pause pipi

Devant la porte de placard achetée d’occasion pour fermer la salle d’eau et les toilettes sèches, l’ancien bloc lumineux qui indiquait au chauffeur quand un arrêt était demandé s’allume lorsque la pièce est occupée. D’autres clins d’œil rappellent la première vie de ce logement hors du commun. Un rétroviseur en guise de miroir près du lavabo, une plaque métallique arborant les « consignes aux voyageurs »… Si les trois sièges qui servent de banquette sont d’origine, les quatre qui encadrent la table ont été récupérés dans une casse poids-lourds. Le bus datant d’avant la loi obligeant au port de la ceinture, la famille n’était pas tenue d’en équiper les sièges. Mais « il nous semblait important que les enfants gardent l’habitude d’être attachés en roulant ».
Pour que la carte grise ne considère plus le véhicule comme bus mais camping-car, un contrôle de la Dreal est obligatoire.

« Les points de contrôle varient d’une Dreal à l’autre, mais on peut téléphoner en cas de doute et un guide a été édité par l’Afnor. Certaines n’auraient pas accepté des rangées de sièges parallèles à la route, précise Stéphanie. On a fait contrôler l’installation de gaz par Qualigaz et il fallait des angles de meubles ronds, que les portes puissent être verrouillées, faire attention aux issues de secours, à la répartition des charges, au renouvellement de l’air intérieur… » Une petite VMC double flux Vortice Monobloc est notamment installée au fond du bus.

Assurer un bus : une voie sans issue ?

Comme l’atypique a souvent du mal à rentrer dans les cases, les obstacles ne s’arrêtent pas là. Quand la plupart des assureurs ferment tout bonnement leur porte, seule la Maïf a accepté d’assurer leur « camping-car » comme habitation principale. Pour garer sa maison, Arnaud doit se plier à la même réglementation que les camping-cars, mais le sien nécessite un permis poids-lourd et non plus transports en commun.

 

Les soutes contiennent deux bouteilles de gaz, six cuves de 100 l d’eau propre et deux autres pour les eaux grises, isolées par une mousse récupérée dans le bus, ainsi que le régulateur, le convertisseur et les deux batteries qui stockent l’électricité produite par cinq panneaux photovoltaïques disposés sur le toit. Cette autonomie permet à la famille de pouvoir bouger si elle ne se plaît pas dans un lieu, de découvrir le monde et de faire des rencontres. « Le but n’est pas de faire que de la route. Mais de se poser près d’un cours d’eau, sur des sites de vie collective, des écolieux, dans une ferme pour faire les saisons et de ne plus dépendre d’un emploi. Nos dépenses sont essentiellement dédiées à l’alimentation et au carburant. Si le budget se serre, on ne met pas d’essence le temps de travailler pour pouvoir repartir. »

Reportage et photos de Gwendal Le Ménahèze, paru dans  notre dossier Les pépites de l’habitat insolite (LME n°106).
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La presse libre et indépendante contre la cacophonie médiatique

édito presse indépendante La Maison écologique n°109 dessin Anne Derene

Face à la cacophonie médiatique, nous devons nous appuyer sur une presse libre et indépendante pour ne plus être les marionnettes de ce jeu de dupes.

PRESSE. En ces temps où l’hyperconnexion est la norme, l’information 2.0 fait irruption à tout moment dans nos vies, nous maintenant dans l’attente fébrile et incessante de nouveaux développements dans le fil intarissable de l’actualité globalisée. Mais s’agit-il toujours de nous informer ? Rumeurs, théories du complot, approximations politiciennes, greenwashing, canulars, insinuations climatosceptiques, falsifications prétenduement scientifiques, bidonnages journalistiques, publicités déguisées, prêches apocalyptiques… Difficile de trouver des repères fiables dans cette cacophonie.

N’importe qui aujourd’hui peut nous adresser « du contenu », sans le moindre filtre ou presque. L’information est ainsi devenue pour certains un matériau ductile, façonnable à l’envi par la magie de la post-vérité, du buzz ou de la pseudo déconnade. L’enjeu étant pour ces manipulateurs de tous poils de capter notre attention et d’emporter notre adhésion – en jouant le plus souvent avec nos émotions. Ou de susciter le soupçon en semant dans notre esprit les germes du doute… La course à l’audience et au profit conduit chacun à publier tout et n’importe quoi.

L’état de notre planète et celui de notre société, qui se dégradent rapidement, nous invitent pourtant à procéder à des choix éclairés. Pour cela, nous devons faire preuve de vigilance vis-à-vis des messages qui nous sont envoyés. D’où qu’ils proviennent et aussi fascinants qu’ils puissent paraître. Il nous faut prendre le temps de la réflexion et de l’analyse critique, du débat aussi, toujours fécond. Nous garder de diffuser à notre tour des nouvelles dont nous n’avons vérifié ni l’origine, ni la véracité. Nous appuyer, enfin, sur des médias bien identifiés, de qualité et indépendants des enjeux de pouvoir et d’argent… Pour ne plus être les marionnettes de ce jeu de dupes.

Vous lisez La Maison écologique, c’est un très bon début.

Editorial de Stephan Ferry, rédacteur en chef, publié dans le magazine La Maison écologique n°109.


Ecoconstruction : un clip de rap hilarant

Le clip de rap de Pang, Habitat Plume, sur l'écoconstruction

Du rap bio.

Un groupe de “rap bio” et belge a mis en musique l’écoconstruction et l’habitat léger dans un clip des plus drôle, intitulé Habitat Plume. Mise en scène, costumes, jeu et paroles d’une grande qualité, cette hilarante revisite du conte des Trois Petits Cochons et du Grand Méchant Loup par le collectif made in Bruxelles PANG vaut le détour! Affublés de nez de cochons face au loup de la finance et des normes réglementaires, les autoconstructeurs d’habitats légers finissent par gagner à leur cause le troisième compère, adepte de la maison en brique, croulant sous le travail et les dettes. Avec pour refrain “autonomie, autoconstruit, écologie, respect de choix de vie”, la chanson évoque avec pertinence la construction en paille, l’isolation, les toilettes sèches, les poêles à bois…

Le groupe composé de MC Rien à Dire, Monkey Mix et Flo milite en musique autour de l’écologie urbaine, la transition énergétique, alimentaire, la complexité de l’humain et les relations humaines. Leur cheval de bataille? “Rap bio, reggaeton, dancehall, musique congolaise, musique de la forêt, afrobeat, énergie des fleurs et on en passe”, lit-on sur leur page Facebook.


Thérèse Clerc, pilier de la résidence Babayaga



Militante féministe, Thérèse Clerc avait fondé la Maison des Babayagas, résidence écologique autogérée réservée aux femmes âgées, ouverte en 2013 à Montreuil (93). Atteinte d’un cancer, Thérèse Clerc est décédée ce mardi 16 février 2016, à 88 ans. En 2010, le magazine La Maison écologique avait rencontré Thérèse Clerc, qui partageait alors dans nos pages ses considérations aux résonances tellement actuelles aujourd’hui encore. En hommage à Thérèse Clerc, nous souhaitons partager avec vous cet article consacré à un lieu de vie partagé pour femmes âgées précurseur… et à une vision de la vie alliant solidarité, écologie, citoyenneté et autogestion.

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