Se faire accompagner n’est pas un luxe

Se faire accompagner

Diagnostiquer le bâti, prescrire des matériaux compatibles, estimer le coût et l’ordre des travaux, financer le projet, trouver les bons artisans ; la rénovation énergétique ne s’improvise pas. Se faire aider, on a tout à y gagner.

J’ai trouvé une personne qui accompagne les autoconstructeurs

Je souhaitais employer un isolant adapté à mon projet de rénovation, mais je ne savais pas vers qui me tourner pour trouver la solution. Les bureaux d’études thermiques semblaient obnubilés par la performance, les artisans RGE consultés ne juraient que par le polystyrène et la laine de verre. Finalement, j’ai trouvé une personne qui accompagne les autoconstructeurs et je me suis lancé sur une isolation chaux-chanvre, mais ça ne m’a pas permis de bénéficier des aides de l’État », retrace Nicolas, qui a rénové sa maison en Gironde. Si cette solution lui a donné satisfaction, il regrette de n’avoir pas pris son temps pour trouver des subventions qui auraient réduit le coût des travaux et, surtout, permis d’atteindre une meilleure performance énergétique.

Débroussailler avec un conseiller

Le conseiller Faire (Faciliter, accompagner, informer pour la rénovation énergétique) de son territoire l’aurait dans un premier temps aidé à comprendre et connaître les aides, les acteurs et les dispositifs locaux. Ce service public indépendant, disponible au moins au niveau de chaque région, guide gratuitement les particuliers dans leurs travaux. Il aide à comprendre les devis et à connaître les différents types de matériaux ou d’équipements. La prise de 

contact se fait en général par téléphone avec parfois des visites sur site.

L’accompagnement va souvent plus loin, car de nombreuses collectivités locales, incitées à réduire leur impact sur le climat, souhaitent réellement massifier la rénovation énergétique, comme avec les dispositifs Rénov’Occitanie ou écoTravo à Rennes Métropole. Elsa Jullien, en charge de ce dernier, détaille : « Un ménage qui se lance dans une rénovation conséquente bénéficie d’un audit énergétique réalisé par un bureau d’études thermiques pris en charge à 80 % (plafonné à 800 € pour un audit base et 1 000 € pour un audit plus). Le reste à charge est autour de 200 €. Trois scénarios de travaux chiffrés sont présentés au ménage, complétés par un plan de financement personnalisé. Le scénario n°3 ambitionne le niveau BBC rénovation. »

Certains espaces Faire sont portés par des Conseils d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement (CAUE), autre service gratuit et indépendant décliné sur les territoires. Des associations* et des Parcs naturels régionaux (PNR) accompagnent aussi les porteurs de projets, y compris dans la mise en œuvre ou l’organisation de chantiers participatifs.


Diagnostic de performance énergétique

Diagnostic de performance énergétique

Rendu opposable, fondé sur une méthode de calcul unifiée, le classement du DPE s’établit désormais sur l’estimation de la consommation énergétique et des émissions de gaz à effet de serre du bâtiment. Sans convaincre totalement.

Une estimation de la consommation énergétique et des émissions de gaz à effet de serre

Le nouveau Diagnostic de performance énergétique (DPE) s’applique depuis le 1er juillet 2021. Il fournit au futur locataire ou acquéreur d’un logement une estimation de la consommation énergétique et des émissions de gaz à effet de serre inhérentes à son occupation, traduites en classement de G à A, du moins au plus vertueux. Promu comme « plus lisible et plus fiable » par le ministère de la Transition écologique, ce nouveau DPE ne sera plus calculé que suivant la méthode 3CL ; fini les calculs aléatoires à partir de factures. Il tiendra compte des caractéristiques physiques du logement ; bâti, isolation, type de fenêtre, système de chauffage… Et ce, en intégrant les qualités des équipements les plus récents. Le moteur de calcul croisera ces données avec des scénarios météorologiques, l’altitude, les effets du vent sur le bâtiment, ce qui doit conduire à un « calcul thermique amélioré ». 

La méthode de calcul reste très imprécise

A-t-on affaire à un audit thermique simplifié ? « Loin de là !  rétorque Pascal Lenormand, du bureau d’études en design énergétique Incub. Avec un tarif du DPE de 100 à 250 €, le diagnostiqueur n’a pas le temps de rentrer dans les détails… » Olivier Sidler, fondateur du bureau d’études Enertech, juge que « la méthode de calcul reste très imprécise. La température de consigne (19°C/ralenti à 16°C) est inférieure à la réalité du terrain, sous-estimant de 20 % la consommation de chauffage ». Et les apports solaires sont « déterminés par le biais d’une “ surface transparente sud équivalente, ce qui est très approximatif ». Jean Hourany, du BET Batiderm ingénierie (14), s’étonne que « l’évaluation quantitative des infiltrations d’air soit toujours incorrectement réalisée ».

Une logique très relative

Le DPE croisera désormais la consommation énergétique(1) estimée par m² habitable et par an avec les émissions de gaz à effet de serre (GES, en kgCO2/m².an) et retiendra la plus mauvaise performance des deux pour définir le classement du logement. Le calcul de la consommation intégrera, en plus du chauffage, de l’eau chaude sanitaire et du refroidissement, l’éclairage et les auxiliaires (distribution, ventilation). Les seuils de passage d’une classe à l’autre ont donc été modifiés, avec une logique très relative, relève Olivier Sidler, interrogé sur le blog d’Incub(2).


Avis d’experts : Le DPE en question(s)

dpe

Le DPE en question(s)

Passage obligé en cas de vente ou de location, le diagnostic de performance énergétique informe sur la consommation d’énergie et les émissions de gaz à effet de serre d’un logement. Contesté pour son manque de fiabilité, il évoluera au 1er Janvier 2021.

Bien connu de tout vendeur et bailleur depuis 2006, le diagnostic de performance énergétique (DPE) fournit une estimation de la consommation annuelle d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre d’un logement. Ce dernier se voit ainsi attribuer deux étiquettes correspondant à son classement de A à G pour le volet énergie et pour le volet climat. Outil de sensibilisation aux économies d’énergie, c’est aussi pour les acquéreurs et les locataires « une aide pour choisir leur futur logement et en négocier le prix », explique Nadia Kaminski. L’impact de la catégorie énergétique sur la valeur du bien est en effet sensible.

En 2017, pour les maisons construites après 2000, celles de classe A-B (≤ 90 kWh/m².an) se sont vendues avec en moyenne une plus-value de 9 % par rapport à un autre bien d’étiquette D, toutes choses égales par ailleurs ; celles de classe C, avec une plus-value de 5 %(1). Ce qui peut rendre pertinents certains travaux, à condition de bien faire ses comptes. L’Ademe chiffre le coût à 15 900 € en moyenne pour grimper d’une catégorie et à 25 900 € pour deux catégories(2).

« Mais dans le cas d’un bien des années 1980, classé E ou F, un peu isolé et équipé d’un chauffage électrique, installer un poêle à bois peut suffire, soit une dépense entre 3 000 et 5 000 € », estime Thierry Marchand.

Des méthodes de calcul contestées

Que contient le DPE ? Réalisé par un diagnostiqueur certifié, pour un coût moyen de 100 à 250 €, il comprend un descriptif du logement ainsi qu’une estimation de la quantité d’énergie qu’il consomme, calculée en fonction de la date de construction. Avant 1948, c’est la méthode des consommations réelles, à l’aide des factures des trois dernières années d’occupation, qui s’applique. […]