Dossier : La terre crue on y croit

DOSSIER TERRE CRUE

Coulée, banchée, moulée, la terre crue bénéficie d’un regain d’intérêt.

En France, une génération fraîchement acquise à la cause veut en accélérer les nouveaux usages.

Depuis un an, on livre des camions entiers ! » Marie Aeberli, de la Briquetterie Dewulf située à Allonne (60), au nord de Paris, détaille les commandes passées et à venir d’adobes et de pisé en vrac, pour la plupart destinées à des chantiers volumineux. « Le Grand Paris a fait redécouvrir la terre crue comme matériau de construction, en particulier chez les architectes, et l’engouement a pris comme un feu de paille. » Historiquement spécialisée dans la brique de terre cuite et la production de torchis en vrac à partir des argiles du Pays de Bray et du Nord, l’entreprise a élargi sa gamme, notamment avec de la bauge en vrac. Une illustration des tendances actuelles de la filière terre crue en France : une hausse de la demande stimulée par des projets publics ainsi qu’une expansion des matériaux au-delà de leur territoire d’origine.

La construction, en 2019, d’un vaste espace de coworking en pisé (1 000 m2 sur trois niveaux), l’Orangery à Lyon la Confluence, par l’entreprise rhonalpine pionnière Le Pisé créée par Nicolas Meunier, ou encore celle du groupe scolaire Myriam-Makeba à Nanterre, lui aussi en pisé, témoignent aussi du retour de cette technique, mais aussi de son évolution avec la préfabrication en atelier ou sur site.

Éléments porteurs…

Présent de la vallée du Rhône au Massif central, le pisé est constitué de terre argilo-sableuse et généralement graveleuse (30 % d’argile et 70 % de granulat). Damé entre des banches à l’état naturel (donc un peu humide), il donne un « mur monolithique sur lequel apparaissent des couches successives », précise Sophie Bioul, architecte et chercheuse spécialiste de la terre crue au sein d’Amaco (conseil, expertise, formation). Cette belle esthétique renforce son attrait chez les maîtres d’ouvrage. « Le pisé peut désormais être préfabriqué en atelier, poursuit-elle. Cela ne fait pas toujours baisser son coût, du fait notamment du rejointoiement, mais on peut ainsi mieux maîtriser les délais de chantier, car les blocs arrivent secs sur place. » Le fouloir pneumatique qui dame la terre a aussi permis d’augmenter la cadence de mise en œuvre de cette technique ancestrale.

Majoritairement présente en Bretagne et Normandie, la bauge consiste, elle, en un mélange de terre et de fibres (paille ou crin de cheval), posé frais sur un soubassement, puis dressé pour aboutir là aussi à un mur monolithique. « On tente actuellement de simplifier le processus avec des coffrages perspirants de type treillis métallique (des gros grillages) pour aller plus vite et accélérer le séchage », note Sophie Bioul. L’impression en 3D de terre stabilisée est également expérimentée avec succès, mais pas encore en France.


Construire : Terre crue porteuse d’avenir

Terre crue porteuse

Passionné.e.s par la terre crue et désireux.ses d’en illustrer la mise en œuvre en structure, Anne et Simon ont imaginé leur construction Ornaise autour de six poteaux porteurs en bauge.

Après des études à Paris d’ingénieur respectivement en thermique et en structure du bâtiment, Anne Lequertier et Simon Martin se sont orienté·e·s vers l’écoconstruction en se spécialisant au Greta de Coutances, dans la Manche. La construction de leur maison allait leur permettre de perfectionner leur savoir-faire tandis qu’il.elle.s créaient leur entreprise artisanale dans l’habitat naturel (Les Guêpes maçonnes).

Résidant alors à Caen, Anne et Simon explorent le bocage bas-normand pour y poser leurs valises et s’installent finalement à Taillebois (61), en Suisse normande. « On s’intéressait beaucoup à la terre depuis que Simon avait passé un an en Inde dans une agence d’architecture spécialisée en terre crue, raconte Anne Lequertier. On voulait montrer que la terre en structure porteuse de bâtiment, ça peut fonctionner. » Convaincu.e.s que « les matériaux locaux sont l’avenir de la construction », les deux jeunes artisan.e.s placent également la paille au cœur de leur projet, « d’où l’idée d’une maison avec des poteaux porteurs en terre, entre lesquels on placerait l’isolation en bottes de paille ».

Le chantier, principalement mené en autoconstruction, démarre en septembre 2013. Anne et Simon s’y consacrent au maximum en réduisant leur activité professionnelle. Landry Daviaux, tailleur de pierre et maçon décorateur, ainsi que la coopérative des Chantiers de demain sont sollicités pour renforcer l’équipe. Les fondations en pierre et le soubassement en briques monomur (recouvert d’un parement en pierres maçonnées) sont érigés en deux mois. Les pierres utilisées proviennent de maisons démolies et sont fournies par le terrassier du village, auprès de qui Anne et Simon obtiendront également la terre nécessaire pour la suite de leur chantier.

Terre crue, tu veux être mon poteau porteur ?

Six poteaux en terre crue de 60 cm d’épaisseur (7 t chacun) soutiennent la charpente de la maison. Ils sont posés directement sur les soubassements, dont les arases sont plus hautes en face extérieure. Ces imposants piliers adoptent une forme de L aux quatre coins, tandis que les deux positionnés au milieu des longueurs du bâtiment sont en forme de T. Anne et Simon ont choisi la bauge, une technique locale traditionnelle de construction en terre crue, pour réaliser ces poteaux porteurs. « Nous avions écarté la mise en œuvre sous forme de pisé, elle pose des problèmes en cas de pluie sur le chantier. »


Impression 3D : une maison biosourcée sort de terre

maison écologique en impression 3D crédit WASP

INNOVATION. Les maisons imprimées en 3D, on connaissait. Mais avec des matériaux écologiques comme la terre et le riz, c’est une première!

La maison construite grâce à l’ impression 3D existait déjà (voir dans La Maison écologique n° 105). Mais pas encore à partir de matériaux écologiques. C’est à présent chose faite, avec le projet Gaïa, mené par deux entreprises italiennes. Wasp, tournée vers l’impression 3D, en collaboration avec la start-up RiceHouse, spécialiste du bâtiment écologique.

Pour les murs de cette maisonnette bioclimatique expérimentale de 20 m2, bâtie en seulement quelques semaines, les concepteurs se sont inspirés de la structure des nids de guêpes. Ils ont utilisé un mélange de matériaux locaux : 25 % de terre extraite du site (30 % d’argile, 40 % de limon et 30 % de sable), 40 % de paille de riz, 25 % de balle de riz et 10 % de chaux hydraulique. L’isolation atteint un très haut niveau de performance, qui permet de se passer de chauffage et de climatisation. La toiture est en bois local.

Seules les fondations, en béton, alourdissent (un peu) l’excellent bilan carbone de cette réalisation. Et tout cela au prix imbattable de 900 € hors main d’œuvre. Reste à trouver des partenaires pour développer le projet.

crédit photo: WASP


Territoire : maison du Parc naturel marais du Cotentin et du Bessin

maison du parc naturel marais du cotentin et du bessin

Une vitrine pour la terre crue.

La preuve par l’exemple. C’est le dessein de la maison du Parc naturel marais du Cotentin et du Bessin. Située dans la Manche et inaugurée en 2016 : un long pan de mur en bauge*. Les nombreuses personnes empruntant la route départementale qui longe le bâtiment peuvent d’ailleurs l’apercevoir. Preuve que cette technique inscrite dans l’histoire locale conserve tout son intérêt et qu’elle peut être mise en oeuvre pour des bâtiments accueillant du public et dans un style contemporain.

La promotion en actions.

Si les Parcs naturels régionaux (PNR) ont longtemps abordé la question du bâti essentiellement sous l’angle patrimonial, en proposant des conseils d’architectes pour la rénovation ou l’entretien, le PNR des Marais du Cotentin et du Bessin a pris un train d’avance dans le domaine de la construction écologique depuis 2008.


Construire en terre, une technique performante et écologique entravée par les lobbies du ciment

mur en pisé

En Isère, le Domaine de la terre est un quartier d’habitat social unique en France. Les 70 logements y sont tous construits en terre crue, une ressource naturelle et locale, 100% recyclable et non polluante.

Trente ans après avoir été bâti, ce quartier apporte la preuve qu’il est possible d’édifier à moindre coût une architecture de terre avec une faible consommation énergétique et un vrai confort thermique. Pourtant, l’opération n’a jamais été réitérée en France. Pression des lobbies cimentiers, absence de suivi des pouvoirs publics, réglementation… En dépit de ces freins, la filière terre connait un renouveau. Reportage et enquête sur une solution d’avenir.

Des nichoirs pour oiseaux se fondent dans les bâtisses en terre crue. Ils surplombent la rue Hassan Fathy, du nom de l’architecte égyptien qui, dès le début du 20e siècle, plaide pour un bâti pensé avec des matériaux locaux. C’est dans cette philosophie que s’inscrit le Domaine de la Terre, un quartier expérimental situé à Villefontaine, à une quarantaine de kilomètres de Lyon [1]. Disposés à flanc de colline, quelque 70 logements HLM y occupent un peu plus de deux hectares. Érigés en 1985, les onze îlots sont construits en terre crue, un matériau délaissé depuis des décennies. Il a pourtant été longtemps employé dans la région Rhône-Alpes. 80% des habitations du Haut Dauphiné construites avant les années 1950 sont bâties avec ce matériau peu coûteux, aux performances thermiques et écologiques de premier plan. Lire la suite


Maisons écologiques et pas chères

Maisons écologiques et pas chères

Maisons écologiques et pas chères.

 

Construire avec des coups de main à tour de bras.

Préparation optimale, coups de main à foison, formes simples, récup’ et matériaux locaux, voici la recette d’Antonin et Sandra.

Une habitation de 100 m² ayant coûté moins de 50 000 € et autoconstruite en à peine trois ans ; voilà qui est rare. C’est pourquoi, Antonin Gaudun et Sandra Edde, les deux heureux propriétaires normands de cette maison à ossature bois isolée en bottes de paille, ne le cachent pas : ils ont dû traverser une expérience « fatigante ». Mais qui reste néanmoins un excellent souvenir.
Ainsi, bien préparé, bien accompagné, leur chantier s’est déroulé sans gros accroc

 

Et ils habitèrent la terre.

Maisonnette en pisé, une poterie géante.

Ma participation comme journaliste à La Maison écologique depuis 2009 a précédé de peu la construction de notre première maison. C’est dire si ce magazine nous a accompagnés ! Pour une fois, j’ai le plaisir d’y évoquer ma propre expérience. En 2010, nous nous sommes installés à Saint-Michel-Loubéjou, dans le Lot, dans une noyeraie. Mon compagnon Benoît Musquar, potier de profession, souhaitait construire une maison en pisé (terre banchée et damée). « J’ai aimé la sensation enveloppante de dormir dans une maison en terre au Sénégal », se souvient-il.

 

L’autoconstruction de toutes les aventures.

Ou comment construire sa maison sans aucune expérience.

Fabrice Mélet et Marianne Garel donnent foi en l’autoconstruction. Respectivement professeur de SVT et ouvrière agricole, le couple ne possédait pourtant aucune expérience. Ils compensent en s’abonnant à La Maison écologique et en lisant de nombreux ouvrages. Mais lors de leur mutation dans les Cévennes, ils caressent un vague projet d’achat de maison ancienne. Mais les tarifs ne conviennent pas à leur budget. En 2000, ils trouvent un terrain. Ils commencent alors à se renseigner et visitent de nombreuses maisons écologiques à Nîmes et Uzès. Néophytes, ils font appel à une architecte, sensée être rompue à la construction bois-paille. Ils s’avèrent mieux informés qu’elle et l’abandonnent lorsqu’elle leur propose un projet à 300 000 € alors que leur budget est de 100 000 € !

 

Pris les mains dans le bois.

Une année pour autoconstruire une maison qui respecte la RT 2012

Lorsqu’en 2012, Alexandre et Caroline Ponsardin recueillent l’expérience d’un autoconstructeur d’Eure-et-Loir, ils sont d’emblée mis en garde : « Savez-vous qu’un couple sur deux divorce en autoconstruction ? » Et pan ! Mais, pas de quoi effrayer ce jeune couple, bien décidé à construire lui-même la maison de ses rêves. Une idée qui est venue « naturellement ». A cette époque, les deux ingénieurs, jeunes parents d’un petit Owen âgé d’un an, n’ont aucune idée de ce qui les attend, mais, après avoir cherché des maisons (toujours trop chères) à rénover, ils se lancent.

 

Comme sur des roulettes.

Pour se loger à petit prix, Muriel a choisi la Tiny! Sa mini maison baladeuse de 16 m2 est montée sur remorque.

“Ma vie est plus compacte, je pèse moins sur la Terre », apprécie Muriel Fry dans un délicieux accent british. Après avoir travaillé dans les arts plastiques, elle prend sa pré-retraite suite à un licenciement et quitte l’Angleterre en 1996. Puis, elle restaure une fermette en Mayenne, puis démarre la rénovation d’une grande maison de maître dans l’Orne.

 


Grange en terre crue rénovée écologiquement

Rénovation écologique d'une grange en terre crue en Bretagne

[VIDEO] Béatrice, Mathieu et leurs deux filles vous ouvrent les portes de leur magnifique maison en terre crue du 18e siècle et vous racontent comment ils ont fait de cette vieille grange abandonnée dans la campagne près de Rennes (Bretagne) une habitation moderne, douillette, astucieuse et écologique. En trois années de chantier, de matériaux naturels et locaux (terre du jardin, isolation en ouate de cellulose ou fibre de bois, linoleum, enduits naturels, peintures minérales…), cette rénovation est un succès. Le chauffage est assuré par un poêle à granulé et un plafond et plancher chauffant alimenté par une pompe à chaleur et l’assainissement, par un système de phytoépuration qui traite les eaux usées par les bactéries associées à des plantes. Bonne visite!

Plus de photos et d’infos dans le magazine La Maison écologique n°95, disponible en kiosques, sur appli ou sur commande en cliquant ici.


Rénovation d’une étable en maison passive

Terremite est un projet de transformation d'une étable en bauge en habitat écologique.

Depuis un an près de Rennes, en Bretagne, une étable en bauge de la fin du 19ème siècle se mue petit à petit en une habitation écologique et saine, visant le standard du passif. Isolation thermique par l’extérieur (ITE) en bottes de paille insérées dans une ossature bois, étanchéité à l’air combinant enduits chaux et terre et film frein-vapeur, apports solaires grâce à une baie vitrée orientée sud et VMC double-flux sont au programme de ce chantier d’auto-rénovation. Côté gestion de l’eau, le projet de rénovation prévoit toilettes sèches, phytoépuration, récupération et filtration des eaux de pluie pour la consommation.

Terremite est un projet de rénovation d'une étable en bauge en habitat écologique.

Ce projet a été baptisé Terremite, associant le mot Terre (en référence à la planète à préserver, à la terre nourricière et à celle qui constitue les murs de cette future habitation), la lettre M de “maison” et le sigle ITE correspondant à l’isolation thermique par l’extérieur utilisée. “Termite évoque aussi un insecte social qui bâtit de très jolis abris en terre”, lit-on sur le site Internet du projet.

Terremite est un projet de rénovation d'une étable en bauge en habitat écologique.

Les travaux se font durant la semaine, quand les enfants sont à l’école, grâce à une activité professionnelle réduite à quelques semaines par an. Le chantier doit durer plusieurs années. Mi-mars 2016, les propriétaires autoconstructeurs ont déjà préfabriqué des caissons d’ITE botte de paille pré-enduits à la terre et viennent de percer les ouvertures du bâtiment en bauge. Pour permettre aux internautes de suivre ce chantier d’habitat écologique, les propriétaires autoconstructeurs postent régulièrement des nouvelles de son avancée, étape par étape, sur leur blog.

Crédit photos : Terremite