Enquête bois locaux : du bois bien de chez moi

bois locaux

Pour éviter des transports inutiles et polluants, le manque de traçabilité et de contrôle sur les modes de culture tout en favorisant l’économie et les savoir-faire locaux, construire avec du bois de proximité s’envisage sans grande difficulté.
« Le bois de construction importé provient principalement des forêts boréales et tropicales primaires dont la déforestation constitue une catastrophe écologique.

Maintenir des emplois.

Par ailleurs, favoriser l’approvisionnement local contribue à maintenir des emplois en milieu rural et à soutenir leur rémunération, tout en limitant le transport de matière première », soutient Élodie Roulier, du Parc naturel régional (PNR) des Pyrénées ariégeoises. La France regorge de bois locaux utilisables pour construire ou rénover. Encore faut-il les reconnaître et les dénicher.

Premièrement, « éviter les produits industriels, prêts à poser ou en matière composite, car ils ne s’accompagnent d’aucune traçabilité et, en général, au moins une partie des pièces est fabriquée avec des bois d’importation », avance la chargée de mission Forêt et filière bois du PNR. S’orienter plutôt « vers des scieurs de votre territoire, des artisans et des architectes et discuter avec eux pour confirmer qu’ils adoptent cette logique », ajoute son homologue au PNR du Massif des Bauges, Pierre Paccard, référent forêt à la Fédération des PNR de France.


Enquête traitement du bois : Le bois traité, maltraité ?

traitement du bois

Les traitements que peut subir le bois de construction font-ils systématiquement partir en fumée les vertus écologiques de ce matériau ? Des alternatives plus vertueuses émergent progressivement face aux produits chimiques biocides.

Les bâtiments neufs doivent être conçus et construits de façon à résister à l’action des termites et autres insectes xylophages. À cet effet doivent être mis en oeuvre, pour les éléments participant à la solidité des structures, soit des bois naturellement résistant aux insectes ou des bois ou matériaux dérivés dont la durabilité a été renforcée, soit des dispositifs permettant le traitement ou le remplacement des éléments en bois ou matériaux dérivés », impose le Code de la construction et de l’habitation. Il est donc possible d’utiliser du bois non traité si l’essence est naturellement durable.

Bien des constructeurs ne se prêtent pourtant pas au jeu.

« Une essence locale et naturellement durable est environ 50 % plus chère qu’un bois d’importation (épicéa, sapin) traité classiquement », confie Yves Mascart, prescripteur à Professions bois. Un bois non naturellement durable peut aussi être utilisé sans traitement tant que l’on peut vérifier son bon état et, en cas d’attaque, le changer ou le traiter. Sinon, il faut le rendre artificiellement résistant grâce à un traitement.

 


Enquête : les essences de bois naturellement durables sous les feux de la rampe

essences de bois

La bonne essence au bon endroit, avec une mise en oeuvre soignée. Tel est le principe à adopter pour utiliser du bois non traité (y compris en structure) dans un projet de construction, d’extension ou de rénovation. L’offre d’essences  de bois« naturellement durables » en France métropolitaine souffre d’une concentration sur quelques espèces phares, mais demeure diversifiée. La durabilité d’un bois définit sa résistance aux agents biologiques (champignons lignivores, insectes xylophages). La norme NF EN 350 établit celle d’une sélection d’essences par rapport à chaque agent en définissant plusieurs classes de durabilité.

Celle-ci s’explique par la présence de composés chimiques tels des terpènes, composés phénoliques ou tanins, et s’entend pour le duramen, c’est-à-dire
les éléments purgés de la partie périphérique de l’arbre (aubier), qui n’est pas durable.

Selon les essences, une différence de couleur plus ou moins prononcée marque ces deux parties. Le duramen du douglas révèle des teintes rouge-rosé tandis que son aubier est plus blanc. Il faut donc bien vérifier les éléments à l’achat, « sinon, à terme, c’est sur les restes d’aubier que se portent les attaques d’insectes », prévient Guillaume Jore, de l’entreprise normande de charpente et d’isolation Aviso76.

 


Reportage chantier accompagné : bois, paille et terre, trio gagnant

chantier accompagné

Cette maison bois en poteau-poutre, paille et terre a été bâtie par un autodidacte. Mais l’autoconstruction n’est pas vouée à la solitude. Pour mener à bien son projet, Paul a su se faire accompagner par des professionnels et de nombreux bénévoles.

Entre faire construire une maison et en construire une, Paul et son ex-compagne hésitent longuement. Réflexion faite, ils choisissent un mix des deux options, séduits par un vaste terrain sur les bords du Clain. Objectif : réaliser une maison bois-terre-paille. « Le fruit d’une sensibilité écologique héritée de mes parents et de mon travail chez Biocoop depuis six ans », confie Paul Baudouin. Pour mener à bien son projet, cet autodidacte en matière de construction s’entoure de professionnels : Bois & paille charpente pour la structure poteau-poutre isolée en paille, la conception technique et l’accompagnement sur chantier, Alternative Habitat pour l’étude thermique, Chaux & Co pour les enduits.

Mobilisés grâce aux réseaux sociaux (Facebook et Twiza) 90 bénévoles participent au chantier d’août 2017 à octobre 2019. Famille, amis et clients du magasin où il travaille prêtent main forte. « Une aventure humaine riche en échanges et convivialité. »

Après avoir visité des maisons construites par Bois & paille charpente, Paul choisit une structure poteau-poutre isolée par l’extérieur en botte de paille.

 


Reportage ossature bois : Cultiver la sobriété

maison à ossature bois

Limiter la superficie pour réduire les coûts, la consommation d’énergie, le volume de matériaux, l’impact sur les sols… Dans la Creuse, Christine et Marin ont dû manier avec doigté l’art du compromis pour allier confort, économie et écologie dans leur maison à ossature bois.

Christine et Marin abandonnent leur idée de tiny house à l’arrivée de leur fils Émile. Ils tiennent cependant à conserver « l’esprit petit habitat avec un extérieur qui augmente la surface “habitable”. On peut l’investir une grande partie de l’année », retrace le couple, qui souhaite « rester sur un projet sobre et raisonnable pour économiser l’énergie, les matériaux, la quantité d’objets qu’on possède, l’empreinte qu’on laisse dans le sol… ».

Confortés par le dénivelé naturel du terrain qu’ils achètent à Guéret (Creuse), ils optent ainsi pour une maison sur pilotis.

« Le jour où on retire le bâtiment, on ne laisse aucune trace, apprécie Christine. Et ça rejoint notre fantasme de cabane dans les arbres».  Paysagiste, Marin complète : « Ça fait aussi écho à la maison japonaise, de plain-pied au coeur des arbres avec des coursives extérieures. »

L’impact est aussi réduit sur le porte-monnaie. « On ne voulait pas être pris à la gorge par une maison qui monopoliserait tout, défend Christine, professeur des écoles. Je passe à temps partiel et Marin l’envisage aussi, on s’est offert un congé parental ; on veut garder du temps pour vivre en-dehors du travail sans être acculé par des dettes. »

 


Enquête préjugés : le vrai/faux de la construction bois

préjugés de la construction bois

Bâtir en bois est encadré par des règles assurant la pérennité des bâtiments et la sécurité des occupants. Mais le matériau bois, bien qu’utilisé depuis la nuit des temps, subit encore des préjugés, face à ces a priori tenaces, des experts démêlent le vrai du faux.

En cas d’incendie, une maison bois brûle vite

La réglementation sur la sécurité incendie demande aux bâtiments de résister au feu le temps d’évacuer les occupants. Il faut combiner les matériaux
pour optimiser la réaction et la résistance au feu. La première caractérise la propension du matériau à propager la flamme. Il est classé selon son inflammabilité (A1 à F), son dégagement de fumée (S1 à S3), la chute de gouttes (D0 à D2). Minimum requis en habitat avec isolant biosourcé : DS3D0. La plupart des essences de bois y répondent. Au-delà de trois étages : BS3D0. Il reste alors possible de bâtir en bois, combiné à d’autres matériaux….

Les maisons bois se font dévorer par les insectes

Nombre d’insectes peuvent pénétrer le bâti sans danger. D’autres creusent ou se nourrissent du bois : termites (dans certaines régions seulement) ; insectes à larves xylophages (ILX) dont le capricorne, la petite ou grosse vrillettes, le lyctus ; fourmis, « qui creusent aussi bien le polystyrène que le bois », relève Pierre Dulbecco, ingénieur bois-construction au FCBA(1).


Reportage autoconstruire : Matières brutes et douceur de vivre

maison isolée en paille de lavande

Une maison isolée en paille de lavande

Distillée pour ces huiles essentielles en région méditerranéenne, la lavande finit généralement compostée ou brûlée. A Gap, Christine et Rodolphe ont préféré la valoriser comme isolant de leurs parois en double ossature bois.

On peut être brute et douce à la fois. Chez Rodolphe et Christine, la douceur de vivre s’acquiert à grands renforts de matériaux bruts. Faute de trouver une maison saine à prix raisonnable pour les héberger avec leurs trois enfants, ils achètent un terrain à Gap (05) pour y autoconstruire leur logement, isolé en paille de lavande « pour éviter d’utiliser des isolants type laine de bois ou ouate de cellulose qui, même s’ils sont écologiques, ont une empreinte énergétique plus élevée », souligne Rodolphe. Ce même raisonnement les amène vers une structure en bois.

Côté compétences, Rodolphe a de bonnes cartes en mains : ingénieur en bâtiment avec un complément de formation en écoconstruction, formateur ponctuel en performance énergétique au Gabion, à Embrun, et fondateur d’un bureau d’études dans ce domaine, sportif et manuel dans la force de l’âge. Christine, enseignante de formation sans compétence dans le bâtiment, lui délègue tous pouvoirs.

Quatre mois de dessin avec le logiciel 3D Sketchup pour se projeter facilement, permettent de coucher le projet et obtenir le permis de construire.

 


Filière : Sur le marché de la construction, longue vie au bois !

filière construction bois

Malgré des parts de marché encore à la marge pour l’habitat en bois, la filière française se structure et prend de la hauteur. La construction bois a de sérieux atout à faire valoir.

En France, 25 655 maisons individuelles et logements collectifs ont été construits en bois en 2018, une hausse de 20 % par rapport à 2016. Malgré ce chiffre encourageant, le bois ne représente toujours que 6,3 % du marché de la construction, le nombre de réalisations évoluant à un rythme similaire au
reste du secteur. Pour la maison individuelle, ce chiffre plafonne autour de 10 %. La part de marché des extensions-surélévations en bois est également
stable, autour de 27 %(1). Et pourtant, que d’avantages au bois !

En ces temps de bouleversement climatique, rappelons que les arbres absorbent du CO2 durant leur croissance grâce à la photosynthèse : 1 m3 de bois emprisonne en moyenne 1 t de CO2.

En France métropolitaine, la forêt couvre 16.9 millions d’héctares soit 31 % du territoire.

Le bois est une ressource renouvelable, avec un cycle de vie peu énergivore, d’autant plus s’il est consommé localement. Il  génère peu de déchets.

« Nous estimons que 15 à 20 % du bois en fin de vie vont en décharge, 30 % sont valorisés énergétiquement, 30 % sont broyés pour faire des panneaux ou meubles et le reste est probablement récupéré par des associations, des particuliers ou des artisans et par l’économie sociale et solidaire, indique Romain Canler, délégué général de l’Union des industriels et constructeurs bois (UICB).

 

 


Enquête ressources : Débusquer les bons conseils

acteurs ressources

Pour bien se renseigner avant de se lancer dans un projet de construction en bois, petits tours des acteurs ressources.

C’est décidé, je veux une maison en bois. Encore faut-il choisir le type de structure, les essences et tout ce qu’on mettra autour… La filière bois propose trois outils en ligne : Panorama bois présente plus de 3 000 réalisations, avec fiches détaillées et coordonnées des acteurs ; Ambition bois apporte de nombreuses informations techniques et réglementaires, de la définition d’un projet à sa réalisation ; la Médiathèque bois fournit gratuitement plus de 6 000 photos et documents numériques.

En outre, pour une entrée plus locale, les interprofessions en région (parfois déclinées en version départementale), fédérées par France Bois région, et leurs 27 prescripteurs bois sont les principaux interlocuteurs. S’ils travaillent beaucoup avec les professionnels, ils sont aussi à l’écoute des particuliers et peuvent les renseigner sur les essences à choisir selon les usages et leur disponibilité régionale, les filières locales d’approvisionnement, les produits bois et leur mise en oeuvre…

La documentation sur leurs sites Internet est riche. Ainsi, Fibois Paca a publié un guide des essences locales utilisables en construction ; Boislocal.bzh, créé par Abibois, a la même ambition en Bretagne ; dans le Limousin, un guide Osez le bois local est à disposition.


Construire : Leur maison voit la vie en roseau

maison roseau

Surplombant les roselières de la Brière du Brossais (44), la maison de Clémence et Cédric est habillée de roseau. Isolant murs et toiture, ce végétal revêt aussi les façades. Une technique contemporaine qui plie la tradition mais ne la rompt pas.

La large baie vitrée de Clémence et Cédric domine les marais de la Brière du Brossais, parsemés de roseaux. « Quand j’ai découvert la paroi en bois et roseau de la société RizHome, ça a tout de suite fait sens », se souvient Clémence Cazenave, architecte et propriétaire de cette maison de Savenay (44) avec Cédric Bassaget, informaticien. « La pose de bottes de roseau en vêture extérieure est pratiquée depuis des années aux Pays-Bas, Suède et Norvège, décrit Mireille Avril, de RizHome. Ils ont une assurabilité et annoncent 80 ans de durée de vie. » Clémence apprécie ce « bardage naturel qui sert d’isolant, protège de la pluie, offre une finition esthétique et des bienfaits acoustiques ».

L’experte promeut l’utilisation du roseau en construction dans une « démarche d’économie circulaire à impacts positifs. En plus de l’intérêt pour le bâti, c’est une boucle vertueuse qui valorise cette biomasse tout en entretenant les roselières qui jouent un rôle important pour l’épuration des eaux rendues à la mer. Ce débouché offre aussi une évolution au savoir-faire local des chaumiers ». Coupé sec sur pied, le roseau ne nécessite aucune transformation avant utilisation.

Une filière pour les roselières

Sans intrants ni irrigation, ce végétal pousse naturellement sur terrain humide, pouvant même devenir envahissant. Il ne fait pas l’objet d’une exploitation, mais d’un simple entretien des parcelles. « Si la roselière n’est pas entretenue, la matière sèche tombe au sol, donc en modifie la structure. Le roseau peut finir par ne plus être à l’aise et d’autres espèces prennent le dessus, dont des invasives comme le baccharis. » Des marchés publics d’entretien visent à ce que le roseau soit coupé et évacué.

Non entretenus, les roseaux poussent en tous sens. Ils peuvent alors être broyés pour isoler des caissons comme ceux des murs et du toit de Cédric et Clémence. Mais de tels roseaux en vêture extérieure auraient une esthétique aléatoire et une mise en oeuvre plus complexe, donc plus coûteuse. « Pour obtenir une tige fine, droite et homogène, il faut six à huit ans d’entretien de la roselière. » En Bretagne, la coupe d’entretien est très peu valorisée. Structurer une filière y est donc compliqué, mais RizHome se démène pour y parvenir. En attendant, les 1 400 bottes de ce chantier ont été acheminées de Camargue, contrairement au roseau broyé des caissons, qui vient de Bretagne.