Ecoconstruire : Béton chanvre, s’insérer sans bousculer

PREMIERE MAISON BETON DE CHANVRE

Quelque temps après son emménagement dans cette maison pourtant flambant neuve, un voisin glisse à Marie : « On a l’impression qu’elle a toujours été là. » 

C’est « le plus beau compliment qu’on puisse faire à un architecte en construction neuve, se réjouit Carole Halais, l’architecte du projet. Pour déterminer l’implantation du bâti, nous avons mené dès le début, avec la propriétaire, un travail sur plan de masse. Pas seulement celui de la parcelle, mais de tout le village. Car vous ne construisez pas que pour vous, mais aussi pour les gens autour et ceux qui verront, génération après génération, ce bâtiment dans le village ».

Architecte et maître d’ouvrage regardent comment les maisons s’organisent dans le village, comment elles sont orientées, construites. Le respect du terrain naturel évite aussi d’importants frais de décaissement qui dénaturerait les lieux. Le duo maintient la pente pourtant forte (14 %), les arbres présents et autres plantations. « Si on s’attachait à la vue, la maison aurait dû être orientée vers la vallée à l’est, décrit Marie. Sauf que toutes les maisons du village ont la façade au sud, ce qui correspondait à la conception bioclimatique qu’on recherchait » pour optimiser le comportement énergétique du logement.

Insertion en toute discrétion

Le rapport aux autres, à l’extérieur, explique aussi l’absence de portail. « On est dans le cœur d’un village, donc je voulais quelque chose d’ouvert. On ne sait pas exactement si l’accès au terrain est un espace public ou privé, mais les gens ne rentrent pas », décrit Carole Halais. Cette insertion tout en délicatesse fait écho à l’intégration du chantier dans une économie locale. Marie souhaitait faire bâtir sa maison avec un matériau présentant une énergie grise(1) la plus faible possible. Elle appréhende la sensibilité de la paille à l’humidité en cas de fissure des enduits extérieurs. Quant au terre-paille, « il faut le mettre en œuvre soi-même, sinon ça coûte très cher. Puis, j’ai découvert le chanvre, une plante qui n’a besoin pour pousser ni d’engrais, ni d’arrosage et les performances du béton de chaux-chanvre permettent d’obtenir une maison Basse consommation ».

La première maison en France en béton de chanvre

Elle visite une construction en béton de chanvre et trouve « l’acoustique feutrée, confortable ». Son choix est confirmé et son cocon, achevé en 2012, sera « la première maison en France en béton de chanvre projeté à être certifiée BBC », souligne Carole Halais. « Il me restait à trouver quelqu’un pour le mettre en œuvre, retrace Marie. J’ai contacté la chambre des métiers, qui m’a donné un seul nom de maçon maîtrisant cette technique dans le secteur : Frédéric Clerfayt, basé à 10 km d’ici. »


Travaux : Mur bois-paille dans les règles de l’art

Mur en botte paille

Pour Autoconstruire en bottes de paille, les recettes ne manquent pas, mais la qualité n’est pas toujours au rendez-vous. pas à pas sur les bonnes pratiques avec un formateur Pro-Paille.

Sur la table de chevet des autoconstructeurs paille trônent souvent les Règles professionnelles de la construction en paille, rédigées par le Réseau français de la construction paille (RFCP). En pratique, le réseau propose également des formations Pro-Paille, destinées aux professionnels ou amateurs dotés de bases solides en construction. Pendant une semaine, les gestes et notions essentielles pour la qualité de la mise en œuvre et la pérennité d’une construction en paille sont passés en revue. Emmanuel Deragne, formateur Pro-Paille et accompagnateur à l’autoconstruction de maisons ossature bois (MOB) et paille, précise : « Les règles de la construction en paille ne proposent pas un modèle défini de mur, mais plutôt un ensemble de pratiques vertueuses qui ont fait leurs preuves, au niveau de la conception
et de l’exécution. » 

Au rayon des vigilances incontournables : conception de l’ossature bois, contrôle et maîtrise de l’humidité en amont, pendant et après le chantier, mise en œuvre de la paille, traitement de l’étanchéité à l’air, gestion des points caractéristiques (menuiserie, étage, etc.), application des enduits intérieurs en terre. Selon ces règles, Emmanuel Deragne propose une méthode financièrement et techniquement adaptée à l’autoconstruction, inspirée de la technique ossature bois plate-forme pour la structure. L’approvisionnement en matériaux locaux est facile et le montage, à la portée de tous. Pour atteindre rapidement le hors-d’eau et traiter l’isolation en paille à l’abri des intempéries, il préconise un bardage extérieur, au lieu d’un enduit.


Ecoconstruire : Une maison qui ne perd pas le nord

Longère en bois

Une longère en bois enracinée dans le local

Quand il est tombé sur l’ouvrage La Conception bioclimatique, signé par Jean-Pierre Oliva et Samuel Courgey, Benoît Gautier s’est découvert une passion pour la sobriété énergétique et l’énergie solaire. En 2016, alors qu’il vit dans une vieille bâtisse à Auray (56) avec sa femme, psychomotricienne, et ses quatre enfants, aujourd’hui âgés de 12 à 20 ans, il trouve un terrain à acquérir à une dizaine de kilomètres de là. Amoureux du bois, ergothérapeute de formation, puis menuisier ébéniste, il se lance dans ce projet de construction. Son désir : relever le défi d’ériger une longère en ossature bois qui se fonde dans son environnement, bâtie avec des matériaux essentiellement locaux. « Marine, ma femme, a dessiné des esquisses de la future maison pour orienter les plans des architectes, habitués aux projets écologiques. Nous voulions que cette maison se dissolve presque dans le paysage boisé et qu’elle soit très ouverte sur le verger qui préexistait au nord, mais aussi sur les couchers de soleil à l’ouest », explique Benoît.

Fidèle à son amour du bois et désireux d’embarquer au maximum ses proches dans l’aventure, il opte pour une structure à ossature bois, en douglas, isolée avec de la ouate de cellulose insufflée (220 mm). Avant le pare-pluie et le bardage, un panneau de fibre de bois contreventant (Agepan) ferme l’ossature. Hormis la fabrication de la charpente, effectuée par un professionnel, Benoît a monté les murs sur place et posé la charpente avec l’aide d’amis charpentiers. Quant au reste des travaux, seules la couverture et la maçonnerie des fondations périphériques en parpaing ont été réalisées par des entreprises. Au total, 80 % de la maison a été autoconstruit et le chantier a duré deux ans.

Dorénavant, la belle longère à la teinte naturellement grisée se fond presque dans les herbes hautes au sud et dans le potager arboré au nord. « Nous voulions une continuité entre la maison et l’extérieur. L’ouverture au nord n’était pas une évidence du point du vue bioclimatique, mais se priver de la vue sur les arbres fruitiers, sur le bosquet de chênes et sur le potager n’était pas envisageable », relate Benoît. Dans la cuisine, la vue est dégagée sur la verdure grâce à une ouverture de 2,20 x 1,10 m. Juste à gauche, au bout de la pièce, une baie vitrée crée un pont avec l’horizon ouest. « Nous avons posé des doubles vitrages (4/16/4 avec radon). Si c’était à refaire, je mettrais du triple vitrage au nord pour plus d’efficacité », juge-t-il.


Écoconstruire : Une maison qui ne perd pas le nord

ECOCONSTRUIRE Maison bois

Son logement est simple, sobre et ouvert sur la nature.

Un pari gagnant pour cette architecte d’Indre-et-Loire qui a fait le choix controversé d’ouvrir sa façade au nord pour profiter de la vue sur un grand verger tout en restant au chaud l’hiver et au frais l’été.

Dans une petite zone résidentielle de Beaulieu-lès-Loches (37) se trouve une maison pas comme les autres. De la route, on distingue l’atelier en bardage bois. En s’aventurant dans la cour, émerge la sensation d’être lové dans la nature abondante et le bois omniprésent qui entourent la maison de Caroline Guilhot, architecte et maître d’œuvre spécialisée en écoconstruction. Ses 110 m2 habitables, répartis sur un rez-de-chaussée et un étage; ont été imaginés et construits en grande partie par la propriétaire elle-même. « C’est compliqué de se mettre à nu sur son propre projet de maison. Je souhaitais quelque chose de simple et d’épuré. Les nombreux arrondis de la maison conçue en rectangle apportent de la douceur », indique Caroline Guilhot. C’est « Rond comme un carré », du nom de son entreprise. 

L’impression persiste dans chaque partie du logis. La porte d’entrée, une grande porte-fenêtre, laisse entrer la lumière du sud. Et, surprise, le cube est complètement ouvert au nord. Trois grandes ouvertures en triple vitrage, dont deux fixes, donnent une impression d’immersion dans le verger depuis la maison. La cuisine et le bureau, les deux pièces ouvertes situées face au nord, sont lumineuses et chaudes. Serait-il finalement possible d’ouvrir sa maison à cette orientation souvent cachée derrière des murs aveugles lorsqu’on recherche de bonnes performances énergétiques ? 


Ecoconstruire : Bien entourés pour écobâtir à budget serré



En touraine, la maison d’Anne et Yannick est un projet collectif.

Le couple ne disposait pas d’un gros budget mais, grâce à l’implication de leurs amis, familles et connaissances, leur projet écobâtir écologique en bois a pu voir le jour.

Mais après plusieurs années en location dans une maison semi-troglodyte, Anne Cherrier, Yannick Moreau et leurs deux enfants, Anatole et Elias, se sont dit qu’il était temps d’acheter. ; « On y vivait très bien, mais c’était trop petit, on dormait dans deux petites mezzanines et c’était une vraie passoire énergétique. Le plus important était que ce nouveau projet nous ressemble, en construisant avec des matériaux écologiques »; raconte Anne, gérante d’un magasin Biocoop à Tours. Le couple doit composer avec un budget serré : 160 000 €, achat du terrain compris. Mais rien n’est impossible quand on est bien entourés. ;« Financièrement, on savait qu’on serait limités, mais on avait la chance de compter parmi nos amis Christophe Ayguesparsse; charpentier spécialisé dans l’ossature bois, qui a bien voulu nous aider. Yannick allait aussi travailler sur le chantier en auto-construction pour réduire les coûts », poursuit Anne.

Le couple achète un terrain de 450 m2 à Nazelles-Né-gron (37), petit village proche d’Amboise. Et déjà, les amis apportent leur aide. Aude Martinez, une proche d’Anne, propose ses services pour dessiner les plans et rédiger le permis de construire. Christophe Ayguesparsse fera l’os-sature et la charpente. D’autres artisans, connaissances du charpentier, viendront s’ajouter pour leurs différentes com-pétences : maçon, plombier, électricien, chauffagiste…


Autoconstruire : Le temps de (se) construire

maison autoconstruite

Prendre son temps ne signifie pas flemmarder. Depuis 13 ans que vit cette maison, Caroline et Jean-Pascal ont construit, déconstruit, façonné, créé, cultivé, transmis, accueilli et poursuivent encore aujourd’hui leur formidable aventure.

Construire sa maison ? C’est dix ans de ma vie, mais c’est génial ! Et surtout, ça m’a fait grandir », s’exclame Jean-Pascal, enthousiaste mais un brin rêveur au souvenir du chemin parcouru. Plans, charpente, maçonnerie, isolation, menuiserie… Sa maison girondine est entièrement autoconstruite. Un long chemin fait d’apprentissages, de rencontres et, surtout, d’adaptation.

Tout commence il y a une quinzaine d’années. Ce vaillant quarantenaire acquiert alors ce petit bout de forêt constructible, à 300 m de l’église collégiale d’Uzeste (sud Gironde), et y implante son mobile home. Pendant un an, il mûrit son projet. Avec sa fille âgée de 12 ans, ils imaginent la maison de leurs rêves. Une autoconstruction, bien sûr. En bois, évidemment. Reste la question du temps. Jean-Pascal, alors chef de chantier dans les travaux publics, travaille quatre jours par semaine et ne peut se consacrer pleinement à son projet. Qu’importe. Il prendra le temps qu’il faudra et met au point, pour y parvenir, un tas de petites astuces.

S’offrir le luxe de prendre son temps

En premier lieu, s’assurer des conditions de vie agréables. En trois mois, il construit une petite extension en bois à son mobile home, équipée d’un poêle à bûches, pour accueillir ses enfants confortablement pendant la durée du chantier. « Une fois les plans finis, je me suis rendu compte que l’endroit où j’avais prévu de faire ma maison n’était pas le bon. Le bon endroit, c’était là où j’avais mis le mobile home ! », s’amuse Jean-Pascal. Il faut donc modifier les plans, mais aussi démonter et déplacer l’habitation temporaire.

Il s’agit ensuite d’abriter la construction – bois, outils, matériel – et s’offrir des conditions de travail idéales, libérées des intempéries. Sa solution originale : une structure bâchée, en bambou, présent en profusion sur le terrain. « C’était exactement ma maison, mais 15 cm plus grande. Je n’ai démonté cette structure qu’au bout de trois ans, le jour où j’ai mis le pare-pluie rigide pour insuffler la ouate de cellulose en toiture. » Perchée dans la pente L’emplacement n’a pas été dicté par la facilité, mais par les envies du constructeur. À cheval sur une déclivité menant à la rivière et la forêt de bambous en contrebas, cette grande maison en bois et sa terrasse reposent sur un ensemble de pilotis et un rez-de-chaussée de 25 m2 semi-enterré en béton armé. […]


Portfolio : habitat atypique

habitat atypique

Les copeauXcabana

Les copeauXcabana, en Dordogne, inventent des formes et créent des espaces originaux, poétiques et organiques. Portés par le désir de travailler « les arbres d’ici » et lassés par les matériaux standardisés, ils réactualisent des techniques traditionnelles.

La charpente dite Philibert Delorme

La charpente dite « Philibert Delorme » offre une forme atypique à ce bâtiment

La tiny house

Cette tiny house (micro-maison sur remorque) est isolée en Métisse (vêtements recyclés broyés) et bardée de douglas mixé avec du polycarbonate ondulé noir.

Le colombage

Un beau jour, Jean-Marie Bechtold, vigneron près de Strasbourg, passe devant une maison alsacienne en cours de démolition. Il interrompt la pelleteuse et démonte la structure traditionnelle à colombage.

Le zome

Le zome est un assemblage de losanges en bois. Nul besoin de sections importantes, celles-ci étant plutôt dictées par l’épaisseur d’isolant.

Bâtir en palettes

Ancien chauffeur poids lourd pour un recycleur de palettes en bois, François a réemployé plus de 500 palettes de 2,10 x 5 à 8 m pour construire en Haute-Garonne l’ossature de sa maison, une charpente traditionnelle, du bardage, une terrasse…

Les écailles de bois

Les écailles de bois ondulantes et le conduit de poêle aux allures de corne donnent une apparence reptilienne à cette extension.

Le dôme arrondit les angles

Conçu et construit par Loïc Chérigie, ce dôme de la Drôme est habillé d’un bardage en planches de 8 mm posées encore humides pour être cintrées  facilement.


Enquête finitions : Parée de ses plus beaux atours

finitions pour maison bois

Finitions pour maison bois

Que ce soit à l’extérieur ou à l’intérieur, de nombreuses finitions sont possibles pour habiller les bâtiments en structure bois. Leur mission : protéger ce matériau végétal et laisser “respirer” le mur. Sans oublier confort et esthétique.

Les finitions, c’est ce que nous voyons. Elles répondent à des critères esthétiques, mais aussi techniques pour assurer longue vie au bâtiment et confort aux habitants. Elles doivent protéger des intempérie, surtout pour une structure en matériau végétal, sans bloquer la permabilité de la paroi à la vapeur d’eau.

Pour l’extérieur, consulter le Plan local d’urbanisme, qui ne peut imposer ou interdire un matériau, mais peut interférer sur la couleur ou l’aspect d’une façade. En secteur sauvegardé, la nature des matériaux peut être réglementée.

“Une structure bois n’impose en aucun cas un bardage bois” s’accordent les professionnels du secteur. C’est souvent l’option choisie, notamment pour des raisons économiques. Il s’agit en général de lames de bois massif ou lamellé-collé. Le premier étant plus écologique, surtout s’il s’agit d’essences françaises compatibles sans traitement avec la classe d’emploi 3 (façade non abritée).

“Lorsque la façade est abîmée et qu’il faut la changer, on peut la déposer et la brûler” vante Dominique Molard, architecte associé du cabinet Archipente.

 

 

 


Enquête : Pratique le Kit

maison bois en kit

Maison bois en kit

Structure, isolation, charpente, vis, plans… tout est fourni ! La maison en kit promet un chantier rapide, souvent possible tout ou partie en autoconstruction.
On connaît bien les kits pour monter un meuble, on connaît moins ceux pour bâtir une maison. Tous les éléments nécessaires à la construction du bâtiment sont fournis, visserie et plans compris. Le client ne perd pas de temps à acheter les produits à différents endroits. Il ne reste qu’à assembler les fournitures. L’idée étant de proposer des systèmes constructifs simples, avec parfois un degré de préfabrication important.
Ainsi, l’offre se modernise et s’intensifie en France, pourvu qu’on ne soit pas attaché à une provenance locale des matériaux. La scierie Maisonboiskit, dont les ateliers sont en Estonie, propose des systèmes ossature bois, madrier et rondin avec du bois nordique PEFC ou FSC.

Le client choisit le reste des produits, souvent achetés à l’international, parmi diverses options. « Il y a de moins en moins d’autoconstructeurs
qui veulent juste du bois. Cela nous a poussés à développer cette offre de kit RT2012 juste pour du hors d’eau, hors d’air. Nous pouvons aussi aller bien plus loin. Le client peut monter sa maison seul ou avec l’aide de charpentiers partenaires, ou tout faire réaliser par ces derniers ou d’autres professionnels », explique Romain Faucher, le fondateur.