Planning : Un calendrier à dompter



Préparer le planning de son chantier à la lumière de ses compétences, de sa disponibilité et des contraintes extérieures évite les mauvaises surprises qui peuvent coûter cher. Mais il est compliqué d’estimer la durée de toutes les phases.

Suivez le guide !

Pas facile d’estimer la durée des travaux quand on s’engage dans l’autoconstruction de sa maison. Prévoir « un an minimum si tous les facteurs sont réunis : chantier bien préparé, compétences techniques et travail cinq jours par semaine à temps plein », prévient Éric Tortereau, coprésident des Castors, association d’autoconstructeurs. Dans les faits, les travaux s’étalent en général sur trois ou quatre ans, voire bien plus, dès lors qu’une de ces conditions n’est pas remplie ou que des imprévus (inévitables !) entravent leur déroulement (budget, livraison…). « Cela varie aussi selon la technique constructive, poursuit-il. Une dalle en bois prend moins de temps qu’en béton. »

Un projet d’autoconstruction ne se résume pas aux travaux : entre la naissance de l’idée et le premier coup de pelle, il s’écoule en général six mois à deux ans. « L’autoconstruction est un art de vivre du bricolage et non une opération commando, avance Franck Mathieu, autoconstructeur et animateur d’Archipossible, qui accompagne les autoconstructeurs en Île-de-France. Commencer par dessiner progressivement son projet aide la pensée à se préciser et permet de communiquer avec des artisans et fournisseurs. »

Les prémices du coup de pelle

« C’est quand il faut prendre des décisions pragmatiques qu’on sait si on est mûr : trouver un terrain, engager des dépenses, pointe Jean-Pascal Despaux, accompagnateur en Gironde. Si on ne se lance pas, c’est que ce n’est pas le moment. » Se mêlent les phases de promotion immobilière (compromis de vente, étude de faisabilité, recherche de financement) et de conception (définition des usages, thermique, volumétrie, choix constructifs, permis de construire). « Il ne faut surtout pas négliger le temps de conception, signale-t-il. D’une première esquisse jusqu’au plan détaillé, on confronte ses envies et ses usages aux contraintes techniques et budgétaires. » S’assurer en amont de la maîtrise des techniques et matériaux réclame plus ou moins de temps (lire p. 18-21).
Reste à monter son équipe, consulter les éventuelles entreprises, puis contractualiser. Après seulement démarre la mise en œuvre.

L’organisation

André Coste, qui a bâti selon la méthode du Greb, insiste sur l’intérêt d’avoir « des plans très détaillés, qui facilitent l’exécution, avec par exemple les passages de gaines. Une fois dans le chantier, tu réfléchis moins, ça avance vite et il faut anticiper les périodes pour lesquelles tu auras besoin de renfort par des bénévoles ou des pros ». Ses plans ont été réalisés par un architecte pour 5 % du coût de la construction. L’intervention d’un pro (lire p. 26-29)  réduit aussi le risque d’erreurs qui rallongeraient le chantier.

Pour que les délais ne s’étirent pas, assurez-vous en amont d’avoir l’espace pour accueillir les véhicules de livraison (chemin carrossable, place pour les manœuvres) et stocker les matériaux. « Du fait de la pénurie de bois, on a intérêt à le commander le plus tôt possible », conseille Jean-Pascal Despaux, à condition de pouvoir le conserver dans un espace hors d’eau et bien aéré. Le calendrier agricole commande par ailleurs la disponibilité de la paille, qui se récolte en juillet. Elle peut être posée dans la foulée si l’ossature est prête. Sinon, il faut la stocker au sec, même pour une courte période. Vérifiez régulièrement votre stock de quincaillerie pour ne pas interrompre votre travail faute de vis.


Conseils d’archis : Quand l’autoconstruction change les plans



Simplifier la mise en œuvre, isoler la zone de travaux, détailler les cotes…

Les architectes jouent un rôle essentiel à la conception pour adapter les plans aux spécificités de l’autoconstruction.

Vérifiez les points d’accès : Le terrain est-il accessible ? Avec quels types d’engins ? Est-il déjà raccordé à l’eau, l’électricité, etc. (viabilisé) ? Peut-on y stocker les matériaux ?

Bien choisir la localisation : Elle doit être adaptée à votre mode de vie : ville ou campagne, proximité des lieux de travail, commerces, écoles, transports…

Étudiez les alentours : Y a-t-il d’autres projets alentours, des sources de pollution sonore (route, couloir aérien, carrière, école, église), atmosphérique (usine, élevage, cultures) ou électromagnétique (antenne relais, ligne à haute tension) ? Échangez avec les voisins : ont-ils déjà vu la parcelle inondée ?

4 Évaluez le potentiel du terrain : Vis-à-vis, taille et orientation correspondent-elles à vos projets et à une conception bioclimatique* ? Visitez à différents moments de la journée et de la semaine pour vérifier les contraintes de voisinage, l’ensoleillement, etc. Sa composition induit-elle des travaux spécifiques (pente, argiles gonflants, termites, humidité, radon, cours d’eau souterrains…)**. Consultez le Plan local d’urbanisme et les contraintes qu’il impose. En zone patrimoniale, vérifiez les prescriptions architecturales.

Pensez densification contre l’étalement urbain : En centre-ville, la démarche Bimby consiste à diviser une parcelle pour construire une nouvelle maison dans le jardin d’une autre au lieu de contribuer à l’étalement urbain en périphérie. Contrairement à une simple division parcellaire, elle s’appuie sur les communes et cabinets d’urbanisme qui accompagnent le projet (cohérence avec le cadre de vie du quartier, renaturation du jardin…) pour ne pas faire subir cette densification aux voisins !

*Voir notre hors-série n°11 « Le bioclimatisme ».

**georisques.gouv.fr