Alternatives : Des économies d’énergie sans travaux



Face à la crise énergétique et la flambée des coûts des matériaux, la contrainte économique pèse sur les projets de rénovation.

Et si des économies étaient à portée de main
sans dépenser davantage ? Pascal Lenormand, designer énergétique, livre son expertise.

Jamais, depuis les années 1970, on a autant entendu parler d’économies d’énergie que ces derniers mois. L’hiver approchant, nous sommes envahis de messages incitant à la sobriété énergétique. Un problème se pose : voilà des années que les discours officiels font rimer, avec une efficacité relative, « performance énergétique » et « travaux de rénovation ». Or, des travaux ne se programment pas dans l’urgence. Reste donc la « sobriété ». Le chiffre de « 7 % d’économie » pour « 1°C en moins » circule depuis des années, via l’Ademe, mais sans explication et, plus ennuyeux, sans mode d’emploi. Le sujet est pourtant vaste. Trois axes de réduction des besoins de chauffage sans aucun travaux méritent d’être particulièrement approfondis.

Nous l’avons fait en utilisant la simulation thermique dynamique sur un modèle standard de pavillon « parpaing-laine de verre » des années 1990. Notre scénario de base est celui qu’on rencontre encore beaucoup : 20°C en permanence dans l’ensemble de la maison. Nous avons alors cherché les gains accessibles sans travaux. Bonne nouvelle : les résultats vont bien au-delà du modeste 7 % pour 1°C !

Trois curseurs à activer

La recherche de gains se fait selon trois axes majeurs. Primo, le niveau de consigne. Comme le disent les autorités, nous pouvons baisser les niveaux de température. Sur notre modèle numérique standard, 2°C de moins, c’est 25 % de réduction des besoins de chaleur, donc des consommations. La grande question est surtout : comment diable baisser les consignes sans avoir froid ? La réponse est évidente : en augmentant légèrement l’isolation moyenne du corps, en particulier celle des jambes. L’hiver 2022 sera celui du caleçon long !


Avis d’experts enquête : Réseaux de chaleur : cap sur les renouvelables

réseaux de chaleur

3321 km au total en 2009, 5 964 km en 2019 ! En dix ans, les réseaux de production et de distribution de chaleur se sont considérablement développés en France. Si les premiers ont été construits dans les années 1930 comme des outils de mutualisation énergétique pour alimenter en chauffage et en eau chaude les centres des grandes villes, ils se sont développés dans les nouvelles zones de logements pour participer à une politique urbaine et sociale. Ils investissent également petit à petit les campagnes où ils permettent aux communes une reprise en main de la question énergétique. Contrairement aux réseaux de ville, souvent exploités via une délégation de service public par des entreprises spécialisées et raccordés à des logements collectifs et des bâtiments tertiaires, les réseaux ruraux sont en général exploités en régie par la collectivité qui les porte, faute d’intéresser les opérateurs de réseaux. « Malgré la faible densité de population, ils trouvent leur modèle économique en reliant quelques bâtiments importants, comme ceux des hôpitaux et des collectivités, et éventuellement des particuliers », explique Guillaume Perrin, chef du service des réseaux de chaleur et de froid de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies, la FNCCR.

Du local dans les réseaux de chaleur

Alimentés au départ essentiellement par des énergies fossiles, les réseaux de chaleur deviennent depuis les années 2010 un outil phare des politiques publiques pour décarboner la chaleur. « L’un des principaux arguments en faveur de ces infrastructures est qu’elles mobilisent massivement des gisements d’énergies renouvelables et de récupération (EnR&R) locales non distribuables autrement, comme la géothermie profonde, le bois dans des chaufferies de forte puissance, la chaleur issue de l’incinération des déchets… Et elles font basculer d’un seul coup de nombreux usagers vers les EnR&R », poursuit Guillaume Perrin. En dix ans, leur utilisation dans les réseaux a doublé pour atteindre 59,4 % (15 TWh) en 2019(1).

Si la géothermie profonde est l’énergie verte historique des réseaux de chaleur, l’énergie issue des Unités d’incinération des ordures ménagères (UIOM) est actuellement la plus représentée. « L’énergie des UIOM, si elle n’est pas valorisée, est perdue. C’est donc l’une des options privilégiées lors de l’étude des possibilités d’alimentation d’un réseau, avec la chaleur fatale industrielle », justifie Arnaud Mainsant, du service Réseaux et énergies renouvelables de l’Ademe, qui subventionne le développement des réseaux de chaleur alimentés à plus de 65 % par des EnR&R. Pour fournir de la chaleur à la ZAC Bordeaux Euratlantique, Bordeaux Métropole a ainsi opté pour un réseau qui devrait, d’ici une dizaine d’années, être couvert à 90 % par l’énergie de l’UIOM de Bègles (complément au gaz).


Fiches projets : 11 fiches à consulter

Fiches projets

Retrouvez 11 fiches projets avec plans, coûts et témoignages :

  • Du cabanon à la maison à Orléans (45)

    Transformer une maisonnette en bois de 44 m2 des années 1930 en plein centre-ville en une maison familiale confortable.

  • De la paille dans le toit à Saint-Cézaire-sur-Siagne (06)

    Technique rapide et peu coûteuse, l’isolation de toiture avec de la paille a séduit cette maison de 1930 en parpaing. Seule contrainte, la couverture doit être complètement déposée pour pouvoir poser l’isolant par le dessus.

  • Isoler par l’intérieur et sans regret à Saint-Genès-Champanelle (63)

    Des contraintes empêchent de réaliser une isolation par l’extérieur ? Ce couple a su s’adapter et même rebondir en trouvant des avantages à l’ITI.

  • Gagner à se faire accompagner à Concremiers (36)

    Martine Tissier et Alain Blanchet ont bénéficié d’un chantier participatif pour leur isolation, organisé par le parc naturel régional de la Brenne. Une façon de montrer aux autres habitants les possibilités en termes de rénovation énergétique et écologique

  • Se regrouper pour mieux rénover à Corzé (49)

    L’entreprise sociale et solidaire Dorémi a élaboré un système unique pour choisir les bons travaux en fonction du type de maison. Pour cette vieille bâtisse de 1750, une attention particulière est apportée à l’étanchéité à l’air. 

  • L’indépendance électrique à la clé à Corzé (49)

    En finir avec la dépendance à l’électricité était le projet initial de ce couple qui, après diverses étapes de travaux, dispose aujourd’hui d’une maison à énergie positive.

  • Super rénovation pour pas un rond à Le Hom (14)

    Pour cette maison en pierre d’avant-guerre, les propriétaires ont choisi des matériaux biosourcés et locaux : paille, chanvre, lin, jute, liège, bambou. Et prouvent que l’on peut atteindre une performance BBC même avec des revenus très modestes.

  • Tout un quartier pour rénover ma maison à Villers-lès-Nancy (54)

    Ce pavillon de 1974 a été rénové par les habitants du quartier et des artisans regroupés en coopérative. Un chantier solidaire qui a permis de réduire les coûts et de faire participer les propriétaires au projet.

  • Différencier les isolants pour chaque paroi à Toulouse (31)

    Adaptation est le maître-mot de cette maison en brique foraine et galet du XIXe siècle avec extension béton de 1950. Le choix d’isolants adaptés à chaque paroi, l’apport d’un mur en brique et la gestion de l’humidité ont été cruciaux.

  • Facture de chauffage au ras des pâquerettes à Saint-Egrève (38)

    19 sacs de granulés de bois par an pour chauffer 130 m2, et c’est tout ! Une performance rendue possible grâce à une très bonne isolation, une étanchéité à l’air optimale et une ventilation double flux, le tout dans une maison compacte.

  • Diviser son logement pour mieux financer le chantier à Chambéry (73)

    Cher à l’achat, ce bien a pu être entièrement rénové grâce à la création de deux autres logements au sein de la maison, loués pour rembourser les travaux. L’autorénovation a aussi réduit les coûts.


Autonomie face au Monopoly

Hors-série n°12 du magazine La Maison écologique consacré à l'autonomie en eau et en chauffage

Et si on renversait la table ? Vu de sous la nappe, le point de vue pourrait être bien différent de celui véhiculé par le vacarme ambiant. Loin d’un repli sur soi, loin d’une vie en marge de la société, loin d’un refus de l’altérité et du vivre-ensemble, loin de l’égoïsme qu’on leur prête volontiers, loin de la petite goutte insignifiante dans cet océan de torpeur, les foyers autonomes que nous avons visités et les habitant.e.s que nous avons rencontré.e.s pour alimenter ce tome 2 de notre hors-série sur l’habitat autonome nous laissent entrevoir une autonomie joyeuse. Lire la suite


Se chauffer grâce au biogaz

Se chauffer grâce au biogaz

Se chauffer avec nos déchets

Nos poubelles débordent, pourquoi ne pas utiliser nos déchets pour nous chauffer ? Si le concept est séduisant, il reste complexe à concrétiser à l’échelle individuelle, sous les latitudes françaises. Mais pourquoi pas en collectif…

Recycler ses déchets et se chauffer. En théorie, ces deux notions se complètent bien grâce à la méthanisation. Les biodéchets sont placés dans une cuve (méthaniseur) qui, en l’absence d’oxygène, produit un gaz inflammable, essentiellement composé de méthane. On pourrait donc se servir de nos déchets fermentescibles (épluchures, restes alimentaires, tonte de pelouse…) pour chauffer l’eau de nos radiateurs.

C’est l’esprit du système Jean Pain qui, quant à lui, consiste à emmagasiner du compost humide et récupérer la chaleur qui s’en dégage, sans production de gaz. Pierre1911, un bloggeur touche-à-tout engagé dans l’autonomie, l’a testé. Il a collecté 20 t de bois vert(1) autour de chez lui (environ 30 m3) et les a broyés. Il en a ensachés, puis disposés en cube, en plein air dans son jardin. Au centre, il a ensuite alterné les couches de broyat et les tuyaux d’eau et a ajouté du fumier de chèvre pour accélérer le processus. Les tuyaux ont été raccordés au système de chauffage central. Le réacteur est monté à plus de 50°C et a permis de chauffer trois pièces à 18°C durant quatre mois d’hiver.

 


Reportage : autonome en bois de chauffage

autonome en bois de chauffage

Notre combustible pousse dans le jardin

Vanessa et Nicolas alimentent un poêle bouilleur avec le bois que leur offrent les arbres de leur terrain.

Combien nous coûte notre chauffage ? Un peu de carburant, beaucoup d’huile de coude et une chaîne de tronçonneuse de temps en temps. »

En rénovant cette vieille longère, Vanessa et Nicolas ont atteint l’autonomie en chauffage grâce à leur 8 ha de terrains.

Une bonne partie est en zone humide ou consacrée aux 1 000 poules pondeuses de Vanessa, mais les parcelles boisées suffisent amplement à alimenter le poêle bouilleur qui a remplacé les anciens radiateurs électriques et permet même de produire l’eau chaude sanitaire. Ajoutez des éclairages 100 % LED, un lave-linge à double entrée raccordé directement au chauffe-eau solaire sans avoir besoin d’utiliser sa très énergivore résistance électrique et vous obtenez ainsi une facture d’électricité de « 35 € par mois, dont 20 € d’abonnement, se réjouit le couple. C’est valorisant de constater que ta consommation équivaut à 25 % de la moyenne indiquée par EDF pour un foyer équivalent en taille et en nombre d’habitants! ».

En outre la corvée de bois est loin de les effrayer. « Ça défoule », sourit Vanessa. Un merlin à la main, elle assomme ses coins à bûches jusqu’à avoir le dernier mot. « Le fendage, c’est l’exutoire. Si tu es en colère, tu vas fendre deux ou trois bûches, tu reviens calmé. »

Autre avantage : « Le bois te chauffe trois fois. Quand tu le coupes, quand tu le fends et quand tu le mets dans le poêle.»

 


Autonomie et chauffage au bois

chauffage au bois

Le bois, champion de la chaleur renouvelable

Energie écologique, facilement disponible et bon marché, le chauffage au bois est une des meilleures solutions. Poêle de masse, poêle bouilleur ou cuisinière… la palette des équipements est large. Comment se repérer parmi toutes les options pour devenir le plus autonome possible ?

Le chauffage, l’eau chaude sanitaire et la cuisson représentent 80 % des besoins énergétiques d’un foyer(1). Une ressource renouvelable, locale et économique peut répondre à ces trois postes : le bois. Même si le coût des appareils est parfois plus onéreux que celui de solutions fossiles, le prix du combustible et sa stabilité entraînent des retours sur investissement rapides : 4 ans pour un poêle bouilleur autoconstruit, jusqu’à 8-10 ans pour une chaudière à bois déchiqueté. Pour le bois bûche (50 cm), compter 3,5 c€/ kWh de PCI(2), contre 8 c€/kWh pour le fioul et 16 c€/ kWh pour l’électricité(3). Les granulés (7 c€/kWh) conviennent à qui cherche le confort de l’automatisation ou possède un petit espace. En outre, pour l’autonomie, mieux vaut éviter produits manufacturés et appareils nécessitant un apport électrique. Et disposer d’un endroit sec pour stocker le bois et d’huile de coude pour la manutention.

Alors, poêle à convection, à hydro-accumulation dit « bouilleur », de masse, rocket stove, chaudière, quel appareil choisir ?

 

 


Reportage : construction passive

construction passive

Habitat bien pensé moins chauffé

De l’architecture de la maison à ses équipements, en passant par sa structure et son isolation, il est possible de jouer sur bien des postes pour se rapprocher de l’autonomie en chauffage. En la matière, la construction passive est un vivier de bonnes idées.

Imaginé en Allemagne à la fin des années 1980, le modèle de la maison passive, prend de l’ampleur. En effet, en France, on estime à 3 000 le nombre de ces bâtiments.

Le concept repose sur trois objectifs : consommation d’énergie de chauffage inférieure à 15 kWh/m².an, étanchéité de l’air à 50 Pa inférieure à 0,6 vol/h, énergie totale inférieure à 120 kWh/ m².an. La méthode, pour y arriver, consiste à « maximiser les apports solaires et réduire au plus bas les déperditions thermiques », résume Jean-Claude Tremsal, président d’honneur de la FFCP. Les matériaux ayant gagné en accessibilité, il est plus aisé de construire passif aujourd’hui. Pour autant, pas facile pour un particulier. En effet, les critères sont plus atteignables sur de gros bâtiments et dans les régions à l’apport solaire important. En outre, le niveau de technicité est élevé. « Réaliser une maison passive en autoconstruction me semble difficile, poursuit l’expert. Pour l’enveloppe, on peut y arriver, mais le système de ventilation pose des difficultés même aux professionnels. »

 


Les pompes à chaleur

les pompes a chaleur

Les pompes à chaleur, amies du climat ?

Les solutions de chauffage électrique ont mauvaise presse dans le milieu de l’écologie. Pourtant, les pompes à chaleur performantes et correctement installées offrent une solution de chauffage propre et durable.

Le chauffage au bois a des charmes incontestables, mais il ne peut pas être la solution universelle. D’une part, les ressources en bois sont limitées et, d’autre part, il comporte des contraintes (stockage, chargement, etc.) qui ne conviennent pas à tous. Les pompes à chaleur (PAC) peuvent offrir une alternative écologique. Ainsi, le scénario prospectif de l’association négaWatt estime qu’en 2050, 48 % des logements seront chauffés par des pompes à chaleur. En Allemagne, l’institut de recherche Fraunhofer ISE estime même qu’à cette échéance, elles pourraient couvrir de 65 % à 90 % des besoins de chaleur des bâtiments.


Construire : un fournil pour foyer

un fournil pour foyer

Construite de bois et de paille, autour d’un four à pain professionnel

Au départ, il n’y avait là que des champs avec, à leur marge, un vieux corps de ferme. 75 hectares d’exploitation céréalière située à Loches, en Touraine. En 2008, Jean-Baptiste Jamin décide de rejoindre l’entreprise familiale, avec l’idée de convertir la ferme en bio, d’y fabriquer de la farine et du pain. Le bâtiment de tuffeau abrite bien un vieux four, mais celui-ci est trop petit. Alors, Jean-Baptiste entreprend d’en construire un plus grand et de bâtir lui-même sa maison autour.