Avis d’expert.es : Brûler du résineux tu peux, si tu maîtrises le feu

AVIS D EXPERTS FEU 139

Le discours le plus courant prônant l’utilisation de bûches de feuillus durs pour alimenter son poêle est très lié au visage de la forêt française.

Mais brûler du résineux est aussi tout à fait possible si la conduite de feu est adaptée.

Chêne, hêtre, charme, frêne… Les feuillus durs ont la cote en France pour le chauffage au bois domestique. Dans ses documents pédagogiques, l’Agence de la transition écologique (Ademe) estime qu’ils constituent la meilleure ressource pour alimenter son poêle et conseille leur utilisation. Des recommandations que l’on retrouve aussi dans les publications du Syndicat des énergies renouvelables (SER) et des groupements de professionnels de la filière. Les résineux, en revanche, n’ont pas bonne presse. Ils ne peuvent être vendus par les membres du réseau de l’Office national des forêts (ONF Énergie bois) et sont proscrits par la marque de qualité France Bois bûche, créée à l’initiative du Syndicat national du bois de chauffage (SNBC) et des interprofessions régionales de la filière forêt-bois (Fibois) et déclinée en marques régionales.

« Ils ont un moins bon pouvoir calorifique que les feuillus durs. Il faudra donc utiliser plus de bois de résineux que de bois de feuillus durs pour avoir la même quantité de chaleur. Ils sont en outre composés en partie de résine qui, lorsqu’elle brûle, encrasse les appareils de chauffage si la température du foyer n’est pas assez élevée », justifie Agathe Schlosser, chargée de mission bois-énergie chez Fibois Grand-Est.

Pourtant, les scandinaves alimentent majoritairement leur poêle avec des résineux, très présents sur leur territoire. Et sur certains forums, de fervents défenseurs de ce type de bois s’expriment. On y lit que, contrairement à ce que l’on croit, leur pouvoir calorifique est supérieur à celui des feuillus, qu’ils ne créent pas plus de dépôt, que l’on peut brûler tous les bois à sa disposition du moment qu’ils sont secs et propres…


Avis d’expert.e.es : Poêles Accumulation ou convection, question brûlante

138 AVIS DEXPERT POELE DE MASSE A CONVECTION

Ils portent la même dénomination, mais leur utilisation est très différente. Les poêles à convection sont légers, réactifs et bon marché, tandis que les poêles de masse sont les champions du rendement et de l’autonomie. Nos experts bois-énergie font le point sur ces appareils de chauffage.

Lors d’un match « poêle de masse vs poêle à convection », les deux compétiteurs ne joueraient pas dans la même catégorie, voire pas dans la même discipline. Mis à part produire de la chaleur à partir de bûches de bois, tout les oppose. L’un pratique la course de fond ou le marathon, l’autre le 100 m. En stockant la chaleur dans des matériaux denses, tels que la pierre ou la terre, le poêle de masse, aussi appelé poêle à accumulation, la diffuse sur une longue durée par rayonnement, et chauffe les murs, les corps… Tandis qu’un poêle à convection, poêle à bûche classique en métal, chauffe l’air pendant quelques heures, avec une répartition de chaleur importante à proximité de l’appareil.

Pour le poêle de masse, le mastodonte de l’équipe, une flambée quotidienne de 1 à 2 h, voire deux s’il fait très froid, suffit pour diffuser une chaleur douce dans la maison pendant 12 à 24 h. Son utilisation en feu vif permet de brûler tous les gaz, ce qui limite la quantité de bois et la pollution (monoxyde de carbone, particules fines…) et lui confère un excellent rendement : entre 80 et 90 % de l’énergie contenue dans le bois, contre 70 % pour un poêle à convection(1).

Du fait de ces très bonnes performances, le poêle de masse est champion des économies de bois. Il en utilise trois fois moins que le poêle à convection d’après les professionnels du secteur et il est possible d’utiliser du « petit bois de récupération ». Matthieu Therrien, installateur des deux types de poêles aux Cheminées du Mezenc, en Haute-Loire, nous livre son expérience : « Avec sept bûches, soit environ 15 kg de bois, un poêle de masse tient 8 h, alors que le poêle à convection chauffe 2 à 4 h, en remettant régulièrement du bois. Bien sûr, tout dépend de l’isolation de la maison. »  Ajoutons qu’un poêle de masse peut être touché sans crainte de se brûler.

Chauffage principal ou d’appoint

Du fait de sa longue durée de chauffe, le poêle de masse peut être considéré comme un chauffage principal. Néanmoins, les poêles de masse artisanaux maçonnés ne sont pas considérés comme chauffage principal d’un point de vue assurantiel, ni d’un point de vue réglementaire (RE2020), car ils ne possèdent pas de régulation électronique (donc pas besoin d’électricité…). Étant fabriqués sur-mesure, ils ne sont pas reconnus par le CSTB et ne donnent pas droit à un crédit d’impôt(2). Seuls les poêles de masse avec modèle déposé (poêles Mélèze, Tulikivi, Hiemstra, NunnaUuni, Pirard, etc.) peuvent l’obtenir.

Dans les maisons très bien isolées, les poêles bois à convection se limitent à l’agrément. Ils peuvent convenir en complément d’un autre mode de chauffage, dans une résidence secondaire ou en intersaison.

Autre avantage du poêle à convection sur son homologue de masse, il se glisse partout. Sa taille de guêpe (de 80 à 300 kg pour 80 à 150 cm de haut) lui permet d’être installé dans des petites pièces, ou à l’étage. Le poêle de masse, poids lourd toute catégorie avec 1 à 6 t, nécessite une réflexion bien en amont du projet de construction ou de rénovation, un plancher renforcé si besoin et une pièce assez grande, voire un emplacement à cheval sur deux pièces afin de diffuser au mieux la chaleur. Comme tous les appareils de chauffage, un dimensionnement adéquat, en fonction du volume des pièces et de l’isolation, est recommandé. Le poêle de masse oscille entre 3 et 8 kW, voire 10 kW, il sera donc réservé à des maisons plutôt isolées. A contrario, de nombreuses marques proposent des poêles à convection jusqu’à 12 ou 14 kW.


Dossier : Bûche et granulé, Ça twiste pour le poêle mixte

DOSSIER 137

Dans un poêle mixte, bûches comme granulés peuvent brûler. L’offre de cet équipement se diversifie et vaut le coup d’œil ! Classique ou bouilleur, foyer commun ou séparé, automatique ou manuel ; les fabricants proposent une gamme élargie. Plus onéreux que leurs cousins monocombustibles, ils offrent tout de même de nombreux avantages.

La Programmation annuelle de l’énergie (PPE) du gouvernement vise entre 219 et 247 TWh de production de chaleur renouvelable en 2028. Or, celle-ci n’était que de 157,8 TWh fin 2021. La marche est haute ! Pour atteindre cet objectif, la PPE mise notamment sur le bois, en particulier au sein des foyers. Ce combustible présente en effet de nombreux atouts.

Premièrement, il s’agit d’une énergie vraiment renouvelable. La ressource se reconstitue vite, à l’inverse des énergies fossiles (lire encadré p. 37). Deuxièmement, c’est une énergie locale qui divise les émissions de CO2 par 12 par rapport au fioul, 6 par rapport au gaz et 4,5 par rapport à l’électricité, d’après l’Ademe, en comptabilisant l’énergie consommée du « puits » à la chaleur produite. Enfin, se chauffer au bois est économique. Même si les prix des granulés, plus chers que les bûches, ont flambé l’an dernier (lire p. 44-45), ils sont restés en-deçà de ceux du fioul et de l’électricité, d’après l’association nationale du chauffage au granulé Propellet. « Pour le gaz, il y a un moment où on a été au-dessus en raison du bouclier tarifaire, mais désormais on est revenu au même tarif », commente éric Vial, son délégué général.

Des ventes qui flambent

En 2022, porté par les aides du gouvernement, le marché des appareils domestiques de chauffage au bois a progressé, avec un fort regain d’intérêt pour les poêles à bûche (+ 30 % d’après Observ’Er). S’ils restent une niche, les poêles mixtes, aussi appelés hybrides, dans lesquels on peut brûler bûches et granulés, ont également tiré leur épingle du jeu avec + 32 % d’unités vendues (soit 1 190 en 2022). « C’est la page de notre site Internet la plus consultée depuis l’année dernière ! », témoigne Xavier Hamonet, cofondateur de l’association Conseils thermiques.

Encore rares il y a quelques années, ils sont désormais proposés par de plus en plus de marques et combinent de nombreux avantages : ils permettent d’utiliser son poêle comme un poêle à bois classique, avec un chargement de bûches régulier, et de jouir en même temps de l’automaticité et des possibilités de gestion thermostatique et de pilotage offertes par les poêles à granulé.

La plupart sont capables de basculer en mode pellet (granulé) lorsque la combustion des bûches est terminée et que le thermostat se déclenche, ou aux heures programmées. L’autonomie peut alors être d’un ou deux jours. Fini les réveils et les retours du travail dans une ambiance glacée !

Les poêles mixtes séduisent depuis longtemps les adeptes du bois qui souhaitent gagner en confort. « Ils intéressent des agriculteurs, par exemple, qui font leur bois, mais qui veulent rentrer dans une maison chaude », illustre Sébastien Thomas, d’énergie 2000+, installateur des poêles mixtes Rika.

Leur prix décourage cependant souvent de passer le cap. Si des marques de qualité sont parvenues à développer des poêles à des prix raisonnables, comme les fabricants Dielle et Nobis (lire p. 44), il faut compter entre 5 000 et 10 000 € pour un poêle mixte robuste et éprouvé, soit le double d’un poêle à bûche simple.

Une arme anti-pénurie

L’envolée de ventes repose aussi sur la crainte de pénuries. « Depuis l’automne 2022, on voit des partisans des poêles à granulé passer le pas du mixte, affolés par les médias quant aux risques de pénurie et à l’augmentation des coûts des pellets. Ils ne veulent pas renoncer au confort des granulés, mais veulent sécuriser leur approvisionnement et réduire le budget combustible », fait remarquer Corinne Chaurang, responsable de ventes France chez Jolly Mec. « Pour que cela vaille le coup, il faut cependant avoir accès à des bûches de qualité peu chères, et utiliser au moins la moitié du temps ce mode de chauffage », complète Xavier Hamonet. D’autant que la chambre de combustion et la fumisterie sont optimisées pour un fonctionnement avec des bûches.

La peur de la coupure d’électricité fait également partie des arguments avancés. « L’année dernière, on a clairement vu une augmentation des questions sur ce sujet », poursuit Corinne Chaurang. Les poêles à granulé nécessitent d’être branchés. Les mixtes offrent donc la possibilité de fonctionner de façon autonome en mode bûche.

Complexes techniquement, souvent chargés d’électronique, les mixtes peuvent cependant rencontrer des problèmes de combustion et des pannes. Encore plus que pour les autres poêles, l’entrée de gamme est ainsi déconseillée. Comme pour les appareils à granulé, le bruit peut aussi, pour certains modèles, être gênant. Enfin, il faut avoir de la place pour installer le poêle, souvent massif, et pour stocker les deux combustibles. Réfléchir à ses besoins réels, étudier les différents poêles mixtes et faire chiffrer les autres solutions de chauffage est aussi indispensable avant d’investir.


Grrrrranulés de bois, flambée des prix mais pas de pénurie



CHAUFFAGE – GRANULÉS DE BOIS

« Oui, il y a une tension, mais avec 240 000 t fournies chaque mois aujourd’hui et un doublement des capacités de production en cours pour 2028, on ne peut pas parler de pénurie, nous expliquait mi-octobre Éric Vial, directeur de Propellet, association nationale des professionnels du chauffage aux granulés de bois. Les granulés s’achètent habituellement par lot de 20 à 30 sacs de juin à novembre ; cette année, les achats ont commencé dès mars, et en plus grande quantité », d’où la forte tension sur l’approvisionnement. Le doublement des tarifs sur un an est dû à la hausse du coût des matières premières (x 2), de l’électricité (jusqu’à x 14) nécessaire à la production et du carburant (+ 30 %) pour le transport. « Le prix cohérent est aujourd’hui à 600 €/t. Au-delà, c’est la panique qui fait grimper la note. » À 0,13 € TTC/kWh, le granulé est toujours compétitif face à l’électricité dont les tarifs n’explosent pas chez les particuliers seulement grâce au bouclier tarifaire encore en vigueur pendant quelques mois…

Brèves d’actualités extraite de notre magazine n°132, disponible en kiosque jusque fin janvier 2023 et ici sur notre site.


Territoire : Autoconstruire ses outils de production d’énergie



Niché dans une ferme de la Loire qui accueille des activités agricoles et culturelles, l’Atelier du Zéphyr propose des stages pour autoconstruire ses outils de production d’énergie renouvelable.

Accros aux stages d’autoconstruction, Aurélie et Clément ont créé l’Atelier du Zéphyr, en 2018, pour partager leur savoir-faire et le transmettre. Cuiseur solaire parabolique, cuiseur rocket aux allures de petit chaudron, éolienne Piggott à adapter en fonction de ses besoins en électricité ; l’association propose des formations, encadrées par quatre salariés, afin de construire des outils pour se chauffer, cuisiner ou produire son électricité. « On fait la promotion de l’autoconstruction et des énergies renouvelables. On ne vend pas un produit. L’idée est de pouvoir faire un cuiseur solaire ou une éolienne et d’être ensuite assez autonome pour la réparer soi-même, souligne Aurélie. Pendant les stages, on en profite pour donner envie aux gens d’utiliser une autre énergie pour se nourrir. Cette semaine, par exemple, le stage porte sur le Poelito [un petit poêle semi-démontable pour chauffer et/ou cuisiner, ndlr] et comme il fait beau, le cuiseur solaire parabolique et le cuiseur à bois servent pour préparer à manger. » En 2021, 90 stagiaires sont passés par l’Atelier et certains reviennent même construire un cuiseur ou un poêle utilisés pendant leur séjour à la ferme.

Transmission et accessibilité

Outre la sensibilisation par l’usage, l’Atelier du Zéphyr partage en open source tous les manuels de fabrication dont il dispose, notamment via son site Internet. « Nous n’avons quasiment rien inventé, il y a déjà de très chouettes outils qui existent. Il arrive souvent qu’on reprenne des idées déjà réalisées par certains qui n’ont pas eu le temps de faire de la documentation. Alors, nous faisons les plans pour les partager », explique Aurélie. Inspiration, coups de mains, regroupement des forces, l’Atelier du Zéphyr fait partie d’un riche réseau d’acteurs de la low tech et de l’autoconstruction : Tripalium pour les éoliennes, Feufollet pour les cuiseurs à bois, le Low-Tech Lab, Oxalis, Alter’Eco 30, etc.

Si la maîtrise de l’énergie peut paraître technique, l’association a plus d’un tour dans son sac pour la rendre accessible. « Sur notre site, on fait des articles pour vulgariser. Par exemple, on en a fait un sur le feu de bois pour expliquer ce qu’est une combustion propre avec des mots simples. » Et pour les novices en bricolage, des initiations mensuelles de 2 à 3 h reprennent les bases de la soudure à l’arc, de la brasure ou encore de l’électricité. Elles ont lieu à Lyon, dans un atelier de la friche Lamartine* et s’adressent à un large public, au-delà des autoconstructeurs stagiaires.


Rénover : Sous une toiture de paille et de solaire, le pavillon devient économe

isoler les soubassements

Devant leur baie inondée de lumière, Anne Martin et Gilles Guellier observent un geai des chênes qui vient de se poser sur une branche.

La rivière le Beuvron coule au fond du jardin, la vie fourmille. Ils sont sereins, ravis de leur pavillon. Et pourtant, ce couple d’anciens agriculteurs, pionniers de l’agriculture biologique dans le Loir-et-Cher, ne s’attendait pas, pour leur retraite, à quitter la belle longère en pierre de la ferme pour rénover une maison des années 1970. « Nous voulions construire une maison écolo, en habitat collectif avec cinq copains », lance Anne. La difficulté à trouver un terrain, des vacances entre amis et la petite phrase d’un des jeunes paysans qui a repris leur ferme – « Vous n’allez pas artificialiser des terres quand même ? » – contribuent au changement de projet.

« À Monthou-sur-Bièvre, la ferme était éloignée du village. Nous cherchions à nous rapprocher d’un bourg pour tout faire en vélo. Ce pavillon à Cellettes, au sud de Blois, convenait tout à fait », ajoute Gilles. Les paysans sont séduits par le jardin de 3 000 m2, très arboré et réalisé par un ancien paysagiste. Ils y ajoutent leurs ruches et quelques poules. Côté finances, le couple achète la maison de 105 m2 à 190 000 € et prévoit 100 000 € de budget travaux : « Nous avons eu de l’argent grâce à la vente de la ferme, mais nos retraites sont en-dessous de 1 000 €. Il nous fallait donc une maison qui ne coûte pas cher à l’usage. »

« Passionnés de construction écologique », « fidèles lecteurs de La Maison écologique », Anne et Gilles ont fondé, il y a une quinzaine d’années, l’association Fourum solaire pour travailler sur l’autonomie. Toilettes sèches, énergie solaire, bois construction… Le couple connaît bien ces sujets et les artisans du secteur qui les mettent en œuvre. Pour cette maison, typique des années 1970, construite sur un sous-sol et chauffée au fioul, ils décident de cibler l’agencement, l’isolation et le chauffage. 

Ils optimisent la disposition des ouvertures en fermant une fenêtre au nord, en en ouvrant deux à l’ouest, et un ami architecte leur conseille d’ouvrir un pan de mur au sud avec une longue baie vitrée double vitrage de 4,9 m de large, composée de quatre vantaux. Pour ne pas compromettre la structure de la maison, « nous avons passé un IPN (poutre métallique porteuse) et l’ouverture est restée quelque temps avec de nombreux étais ! », se souvient Gilles. Les menuiseries proviennent de l’entreprise Reveau, dans les Deux-Sèvres, et sont fabriquées en chêne. Au nord, le couple opte pour du triple vitrage.


Avis d’experts enquête : Réseaux de chaleur : cap sur les renouvelables

réseaux de chaleur

3321 km au total en 2009, 5 964 km en 2019 ! En dix ans, les réseaux de production et de distribution de chaleur se sont considérablement développés en France. Si les premiers ont été construits dans les années 1930 comme des outils de mutualisation énergétique pour alimenter en chauffage et en eau chaude les centres des grandes villes, ils se sont développés dans les nouvelles zones de logements pour participer à une politique urbaine et sociale. Ils investissent également petit à petit les campagnes où ils permettent aux communes une reprise en main de la question énergétique. Contrairement aux réseaux de ville, souvent exploités via une délégation de service public par des entreprises spécialisées et raccordés à des logements collectifs et des bâtiments tertiaires, les réseaux ruraux sont en général exploités en régie par la collectivité qui les porte, faute d’intéresser les opérateurs de réseaux. « Malgré la faible densité de population, ils trouvent leur modèle économique en reliant quelques bâtiments importants, comme ceux des hôpitaux et des collectivités, et éventuellement des particuliers », explique Guillaume Perrin, chef du service des réseaux de chaleur et de froid de la Fédération nationale des collectivités concédantes et régies, la FNCCR.

Du local dans les réseaux de chaleur

Alimentés au départ essentiellement par des énergies fossiles, les réseaux de chaleur deviennent depuis les années 2010 un outil phare des politiques publiques pour décarboner la chaleur. « L’un des principaux arguments en faveur de ces infrastructures est qu’elles mobilisent massivement des gisements d’énergies renouvelables et de récupération (EnR&R) locales non distribuables autrement, comme la géothermie profonde, le bois dans des chaufferies de forte puissance, la chaleur issue de l’incinération des déchets… Et elles font basculer d’un seul coup de nombreux usagers vers les EnR&R », poursuit Guillaume Perrin. En dix ans, leur utilisation dans les réseaux a doublé pour atteindre 59,4 % (15 TWh) en 2019(1).

Si la géothermie profonde est l’énergie verte historique des réseaux de chaleur, l’énergie issue des Unités d’incinération des ordures ménagères (UIOM) est actuellement la plus représentée. « L’énergie des UIOM, si elle n’est pas valorisée, est perdue. C’est donc l’une des options privilégiées lors de l’étude des possibilités d’alimentation d’un réseau, avec la chaleur fatale industrielle », justifie Arnaud Mainsant, du service Réseaux et énergies renouvelables de l’Ademe, qui subventionne le développement des réseaux de chaleur alimentés à plus de 65 % par des EnR&R. Pour fournir de la chaleur à la ZAC Bordeaux Euratlantique, Bordeaux Métropole a ainsi opté pour un réseau qui devrait, d’ici une dizaine d’années, être couvert à 90 % par l’énergie de l’UIOM de Bègles (complément au gaz).


Dossier : Chaudières bois, modernes, compactes, automatiques

chaudières bois

Si la fée électricité, avec la pompe à chaleur air-eau, rafle la mise dans les maisons neuves avec huit PAC installées pour une chaudière bois, cette dernière se défend bien en rénovation et pour les grands volumes. Cette année, elle est fortement plébiscitée(1). « Les citoyens étaient en attente de nouvelles aides. Maintenant que MaPrimeRénov’ fonctionne bien, les ventes progressent » , explique Éric Trendel, président du syndicat français des chaudièristes biomasse et PDG d’HS France.

Le terme chaudière biomasse englobe les chaudières à bois (bûche, granulé, plaquette) et les chaudières à biomasse végétale (paille, coques de fruits, etc.). Néanmoins, les granulés trustent largement le marché avec 85 % des ventes, principalement en renouvellement des chaudières fioul. 

Les chaudières bois d’aujourd’hui n’ont rien à voir avec celles d’il y a 15 ans.

Les constructeurs se sont adaptés aux logements mieux isolés et ont fortement diminué les puissances, souligne Laurent Buisine, installateur à Onzain (41) : « Aujourd’hui, elles sont accessibles à Monsieur-tout-le-monde, y compris dans un petit pavillon sur sous-sol des années 1970-1980 pour 100 m2 ou parfois moins. » La puissance reine est 14 kW, néanmoins certains fabricants proposent des modèles à partir de 3 kW, comme Ökofen avec la Pellematic Smart XS.

Un chauffage qui s’allume tout seul

En plus d’un chauffage homogène, l’approvisionnement automatique s’est amélioré. Allumage à distance, combustion autorégulée grâce à une sonde lambda, espace réduit pour le stockage, peu de manutention, diagnostic des pannes sur smartphone… Le granulé se distingue. Mais ce confort a un coût. L’installation complète d’une chaudière à granulé, avec ballon tampon et silo, coûte au moins 18 000 €, soit deux fois le prix de la plupart des chaudières à buches. 

Bien que propre (sciure de bois sans colle), ce combustible est issu d’une transformation. Le bois voyage entre différents intermédiaires. S’il est disponible quasiment partout, avec une fabrication répartie sur le territoire, reste la question de la ressource et de l’exploitation forestière. Aujourd’hui, 90 % des granulés sont fabriqués à partir de déchets de scierie. Mais l’augmentation de la demande – plus de 200 000 t supplémentaires par an – pousse à faire feu de tout bois(2) 

Pour l’heure, le rondin reste l’indétrônable combustible bois des Français, à 83 %, largement devant les plaquettes (10 %) et les granulés (6 %). Mais la vente de chaudières bûche s’effondre depuis 10 ans, avec à peine 2 000 machines vendues chaque année. « Il y a pourtant un marché pour le bois bûche avec le renouvellement du parc existant. Plus de 50 % des appareils sont vétustes et polluent. Nous avons fait des progrès énormes sur la combustion et le rendement des chaudières ces dix dernières années…


Enquête : Autonomie en cuisine, allumez le feu… de bois

Cuisine au bois

La cuisine au bois revient au goût du jour

Comme moyen de cuisson autonome ou grâce à une ressource locale et renouvelable. Cuisinière, poêle ou rocket stove, tous les appareils sont permis pour cuisiner comme un chef !
La cuisine au bois a quelque chose de magique. Une allumette, du bois
sec et voilà un bon plat qui mijote au four, tout en réchauffant la pièce. Elle s’invite également dehors avec le rocket stove, un concentré de récup’ et d’autonomie pour de multiples usages. «Depuis le premier confinement, je croule sous les demandes de rocket stove !», lance Christophe Glaziou, co-concepteur d’un cuiseur (batchblock avec Uzume) et rédacteur du site outils-autonomie.fr. Alors, quels équipements choisir pour une cuisine quotidienne autonome et économe en énergie ?

Dans le commerce, de nombreux modèles de poêles permettent d’inclure un four. Il est alors bienvenu pour les cuissons lentes (max 150°C).
L’entreprise Aezeo, qui propose des formations à l’autoconstruction de poêles, a conçu un modèle bouilleur «troisenun» pour chauffer la maison, l’eau et cuisiner. La moitié de la puissance du Nautilus
sert au chauffage de la pièce d’implantation, l’autre moitié chauffe l’eau sanitaire. Une plaque de cuisson est ajoutée au-dessus de l’échangeur thermique. «Plus l’échangeur sera petit et plus la chaleur de la plaque sera importante. Mais elle ne dépasse guère 120°C», explique Sylvain Faruau, d’Aezeo. Le Nautilus peut aussi intégrer un four. L’entreprise est en train d’en concevoir un nouveau pour limiter les contraintes. «L’ancien ne dépassait pas 150°C, trop juste pour cuire gâteaux et gratins. Et l’été, pas de flambée. Il fallait un autre appareil. Dans le prochain four, nous avons ajouté des résistances électriques.


Avis d’expert-es : Bois énergie, une ressource durable ?

bois énergie

Au moment où le changement climatique rebat les cartes de l’exploitation forestière, peut-on encore considérer le bois énergie comme une ressource durable ? Peut-on conjuguer utilisation énergétique et biodiversité ?

Alors que les politiques publiques misent sur le développement du bois énergie(1), l’urgence climatique va-t-elle rebattre les cartes de la transition énergétique ? De nouvelles questions émergent : est-il préférable d’entretenir davantage la forêt pour adapter les essences au réchauffement et obtenir une forêt jeune, plus résiliente aux tempêtes, ou bien laisser vieillir les peuplements pour stocker du carbone ? Vaut-il mieux laisser les arbres sur pied  ou les utiliser en substitution de matériaux et d’énergies plus polluants ? Si, aujourd’hui, la forêt joue un rôle clé dans la transition vers l’après-pétrole, des associations écologistes s’inquiètent des dérives possibles.

Alors que la forêt française stocke 15 % des émissions du pays, la notion de « carbone neutre » selon laquelle l’arbre stocke autant de carbone qu’il en relâche à sa combustion est remise en cause. « Le problème est la temporalité, explique Sylvain Augerand, de l’association Canopée. Quand on coupe un arbre pour le brûler, on a une dette carbone. Un nouvel arbre met 50 ans à pousser, alors que c’est maintenant qu’il faut agir. »

La forêt peut-elle encore subvenir à nos besoins ?

Avec 16,8 millions d’hectares, la forêt française a de la ressource. « Même si, depuis cinq ans, la surface semble se stabiliser, ce n’est pas une tendance de fond. Avec la baisse de l’artificialisation et les friches agricoles, l’augmentation des surfaces devrait reprendre », juge Florent Malafosse, chargé de mission chez Solagro. Seuls 50 à 60 % de l’accroissement du volume de bois est prélevé. La ressource est bien présente, mais supportera-t-elle les prévisions du Plan national forêt bois et de la programmation pluriannuelle de l’énergie(2) ?

En 2016, tout usage confondu, 59,5 Mm3 de bois ont été prélevés. En 2026, l’objectif est de 71,5 Mm3, « sans entamer la pérennité de la forêt »(3). Bémol : « La mobilisation nécessite de poursuivre de manière soutenue la remise en gestion des peuplements forestiers, aujourd’hui surcapitalisés ou délaissés par leurs propriétaires. » Autrement dit, explique Mathieu Fleury, du Comité interprofessionnel du bois énergie (Cibe), « nos forêts sont vieillissantes et sous-exploitées. Il faut renouveler les essences et reboiser, naturellement ou par plantation ». Pour France nature environnement (FNE), qui s’est prononcée en faveur de ces chiffres en 2018, le contexte a changé. Adeline Favrel, chargée de mission forêt, justifie : « Avec la crise climatique, le dépérissement des épicéas dans l’Est à cause des scolytes et les sécheresses à répétition, ces chiffres sont dépassés. […]

 

1. La loi prévoit 38 % d’énergies renouvelables dans la consommation finale de chaleur en 2030, contre 19 % en 2017.
2. www.ecologie.gouv.fr/programmationspluriannuelles-lenergie-ppe
3. Disponibilités forestières pour l’énergie et les matériaux à l’horizon 2035, IGN/FCBA/Ademe, 2016.