Billet d’humeur : Pas si bêtes !

pas si bêtes

Au Nunavut, chez les Inuits, un ours polaire parcourt tranquillement la banquise par - 40 °C. Sur les rives de l’Antarctique, un manchot empereur résiste à des blizzards soufflant à 200 km/h. Dans le nord du Canada, une petite grenouille des bois subit des gels intenses. Or, pour affronter ces froids glaciaux, tous trois sont simplement à poils, à plumes ou même toute nue.

Dans un environnement aussi hostile, un humain dévêtu succomberait à une mortelle hypothermie. Mais eux, comment font-ils pour supporter ces froids extrêmes, sans abri, sans vêtements et sans le moindre appareil
de chauffage ?

Les ours polaires ont depuis longtemps inventé… la polaire, c’est-à-dire les supers isolants minces. Les longs poils de leur fourrure, tous orientés dans le même sens, bloquent l’air et chaque poil est lui-même une fibre creuse emprisonnant l’air dans son canal central. Et lorsqu’il paresse au soleil, le rayonnement solaire après réflexions le long des poils de son blanc pelage finit par réchauffer sa peau noire. Eh oui, pas raciste pour deux sous l’emblématique plantigrade : la peau de l’ours blanc est noire…

Le manchot empereur, quant à lui, est recouvert de quatre couches de petites plumes raides, incurvées, si rigides qu’elles restent plaquées les unes contre les autres même par vent violent. Sous son plumage, une couche de graisse sert à la fois d’isolation et de réserve stratégique permettant de très longs jeûnes en période de couvaison. Mais, c’est bien connu, on s’enrhume par les pieds, surtout sur la banquise ! Le manchot empereur, excellent thermicien frigoriste, a développé un système sanguin qui lui évite de se geler les petons tout en économisant l’énergie : dans ses pattes le sang chaud descend par une artère et échange, avant d’arriver aux pieds, une grande partie de sa chaleur avec les veines voisines d’où remonte le sang refroidi par le contact avec le sol glacé. Ses pieds se maintiennent alors à une température de 0,4 à 1,9 °C, dissipant très peu de chaleur vers le sol tout en évitant toute gelure.


Billet d’humeur : Scénario négaWatt et doubles mixtes

Négawatt

Scénario négaWatt et doubles mixtes

Tous les cinq ans, l’association négaWatt publie une nouvelle version  de son scénario de trajectoire de transition énergétique. Six mois avant une Présidentielle afin que notre futur énergétique ne soit pas un impensé du débat électoral …

Que retenir de ce nouvel opus, le cinquième depuis 2003, fruit de 18 mois d’un intense travail et de l’intelligence collective d’une vingtaine de « scénaristes »  ?

Pour avoir participé étroitement à l’élaboration de ces cinq scénarios, j’ai le sentiment que l’exercice est de plus en plus difficile. Non par lassitude, l’enthousiasme est intact. Non par manque d’imagination, c’est plutôt de son excès dont nous nous méfions par volonté de bâtir une trajectoire robuste.

Difficile en réalité parce que 2050 se rapproche. Deux générations nous séparaient du milieu du siècle lors de l’élaboration de notre tout premier scénario en 2003. Il n’en reste plus qu’une aujourd’hui, et la durée qui sépare 2022 de 2050 est aussi courte que celle qui déjà s’est écoulée depuis 1994 et, par exemple, l’apparition des premiers ordinateurs Macintosh…

Ensuite, en 2003, on parlait encore peu du climat. Quelques climatosceptiques péroraient allègrement sur les plateaux de TV, et les climatologues évoquaient 2100. Aujourd’hui, ceux-ci considèrent que le sort de notre climat se joue dans les 15 prochaines années, bien avant 2050.

Malgré cette double difficulté, ce scénario nouveau apporte son lot de belles avancées. Il confirme que la sobriété énergétique n’est plus une option mais un impératif. Qu’elle forme avec l’efficacité un double mixte permettant d’allier l’intelligence sur nos usages et sur nos équipements.

Ce scénario 2022 consolide aussi une intuition développée depuis le scénario 2012. La transition a besoin d’une autre alliance, d’un deuxième double mixte, ou plutôt double mix : celui que forme l’électron et la molécule de gaz, tous deux bien sûr d’origine renouvelable. 

Une paire astucieusement complémentaire : à l’électron la souplesse, la facilité de transport. À la molécule la capacité complémentaire de stockage, y compris massif pour sécuriser les faiblesses de l’électron lorsque le vent ou le soleil font défaut.

Certains imaginent volontiers un autre double mixte, un « en même temps » nucléaire et énergies renouvelables. Pas sûr que ces dernières aient besoin de s’encombrer d’un partenaire onéreux et hégémonique, au jeu risqué car vieillissant, et surtout plein de déchets…


Billet d’humeur : 15 ans après…

syndrome du Titanic

Quinze ans après

Cent billets déjà ! D’où la curiosité de relire mon tout premier billet, paru il y a 15 ans avec le n° 26 : tient-il encore le coup ? Ou bien est-il dépassé, erroné voire ridicule ?

Ce billet épinglait sans détours trois équipements remarquables : le pont de Millau, l’avion A380 et le réacteur de fusion ITER, « trois réalisations qui ont en commun […] de constituer des prouesses technologiques, d’être des modèles de coopération entre chercheurs et ingénieurs, de se situer toutes les trois en France… et de ne servir à rien. Pire : ces trois équipements prestigieux vont aggraver nos problèmes au lieu de les résoudre ». Bigre ! 15 ans plus tard, ce jugement sans appel est-il toujours mérité ?

Le pont de Millau est sans conteste une fabuleuse réalisation, un trait de génie léger et monumental entre deux rives dont la fluidité esthétique me laisse stupéfait à chaque passage. Mais le beau viaduc, emblème autoroutier par excellence, séduit aussi 1 200 camions
par jour tandis qu’on laisse mourir d’anémie le ferroutage et un exceptionnel réseau ferré de lignes et de
gares secondaires…

L’A380 fut aussi une prouesse technologique étonnante. Mais l’avion géant a participé à la croissance explosive du trafic aérien, passé de 2 à 4,3 milliards de passagers depuis ce premier billet de 2006 ! Bel éléphant blanc victime de son gigantisme, la production de l’A380 a cessé, carnet de commande vide. Stoppé par les exigences de rentabilité commerciale et non par des contraintes écologiques : 24 ans après le Protocole de Kyoto, le kérosène n’est toujours pas taxé et les transports aériens internationaux, encore non comptabilisés dans les bilans nationaux des émissions de gaz à effet de serre.

Quant au réacteur de fusion ITER, autre prouesse scientifique et technologique, il est loin, très loin d’assurer une production d’énergie « inépuisable, abondante et propre » comme le louent ses promoteurs. Même ceux-ci n’envisagent pas que la fusion puisse atteindre avant 2080, voire 2100, un niveau industriel écologique et économique acceptable. Et l’on peut parier, au vu des formidables avancées de ses vrais concurrents, l’éolien et le photovoltaïque, qu’il n’y aura même pas de match ; les renouvelables ont sur ITER 60 ans d’avance, utilisant dès aujourd’hui le soleil avec bon sens au lieu de vouloir orgueilleusement le recréer un jour sur Terre.

15 ans après, la conclusion du tout premier billet reste donc mot pour mot d’une cruelle actualité : « Nous sommes de nouveau à bord du Titanic. Mais cette fois-ci, nulle surprise : l’iceberg est localisé par satellite au centimètre près. Pour éviter la collision, il suffirait que notre navire commun adopte une allure plus sobre, que l’on améliore l’efficacité des chaudières et – pourquoi pas? – que l’on change le navire pour un vaisseau profitant de l’énergie du vent, de la chaleur et des électrons du soleil.


Dossier : Confort d’été, éviter la surchauffe

Confort d'été

Solutions écologiques pour assurer une fraîcheur sans clim’ dans nos logis

  1. Nos logements face au réchauffement

C’est devenu une évidence : toute rénovation ou construction doit se protéger contre la surchauffe. L’expérience des pays chauds indique déjà bon nombre de solutions simples et efficaces, sans climatisation artificielle, bombe à retardement climatique.

C’est maintenant très clair, le réchauffement climatique, nous y sommes. Nous devons non seulement le freiner, mais aussi nous y adapter. Avec des températures dépassant 40°C même en montagne, l’été 2019 a démontré la nécessité de penser la gestion des surchauffes. Même pour le bâti ancien, pourtant réputé frais. Les climatiseurs électriques, la solution ? Certes, techniquement, ça marche pour un espace confiné et à court terme. Mais, pour votre environnement proche et pour le climat, c’est la catastrophe annoncée ! Les « clim’ » domestiques ont une consommation annuelle d’électricité comparable à celle d’un frigo, mais elle est concentrée sur deux mois, d’où une surcharge des réseaux et un réchauffement de l’air autour des locaux. Plus grave encore, les gaz frigorigènes fluorés utilisés sont plus de mille fois plus générateurs d’effet de serre que le CO₂ !

Heureusement, l’humanité n’a pas attendu l’invention des climatiseurs pour rafraîchir les habitations. La longue expérience des pays chauds est riche d’enseignements sur la limitation des apports solaires, sur la ventilation naturelle, sur l’inertie et le déphasage thermiques, utilisant de manière empirique les lois des phénomènes physiques qui régissent les flux de chaleur dans les bâtiments.

Gestion en toute saison

Le retour d’expériences des constructions citées en exemples dans ce dossier prouve que l’objectif de confort consistant à limiter la température intérieure à 26°C en air immobile est atteignable en métropole sans recours à la climatisation électrique. En Outre-Mer, l’objectif de confort est plutôt de l’ordre de 30°C, en recourant traditionnellement aux courants d’air. Bon à savoir : une circulation d’air de 1 m/s (3,6 km/h) procure un ressenti à la surface de la peau de 4°C inférieur à la température réelle.

Le réchauffement climatique bouscule aussi nos habitudes. Les températures printanières de février 2019 nous obligent à ne plus parler seulement de confort d’été, mais de prévention des surchauffes en toutes saisons. Le problème se posait déjà pour les bâtiments bioclimatiques, conçus pour profiter au maximum des apports solaires en hiver et en mi-saison, quand le soleil est bas et rentre profondément par leurs grandes ouvertures bien orientées. Plus généralement, une surchauffe peut aussi être provoquée localement par le rayonnement solaire atteignant une pièce particulière dans un logement chauffé globalement, sans régulation pièce par pièce.


Billet d’humeur : Greta graine de contestataire

contestataire

C’est une belle histoire, l’une de celles qui nous confirment que la vérité sort bien de la bouche des enfants, ou plutôt des jeunes filles. L’héroïne est une minuscule gamine de 15 ans qui en paraît 12 avec sa petite bouille ronde, ses deux tresses blondes et son air de lutine évadée d’un conte des frères Grimm. Greta Thunberg a la blondeur suédoise et va sagement à l’école comme toutes les Greta de son âge. Mais, cet été 2018, la Suède est confrontée à l’impensable : une canicule exceptionnelle, avec plus de 32 °C au cercle polaire. Le marqueur d’effrayants bouleversements climatiques.