Billet d’humeur : 15 ans après…

syndrome du Titanic

Cent billets déjà ! D’où la curiosité de relire mon tout premier billet, paru il y a 15 ans avec le n° 26 : tient-il encore le coup ? Ou bien est-il dépassé, erroné voire ridicule ?

Ce billet épinglait sans détours trois équipements remarquables : le pont de Millau, l’avion A380 et le réacteur de fusion ITER, « trois réalisations qui ont en commun […] de constituer des prouesses technologiques, d’être des modèles de coopération entre chercheurs et ingénieurs, de se situer toutes les trois en France… et de ne servir à rien. Pire : ces trois équipements prestigieux vont aggraver nos problèmes au lieu de les résoudre ». Bigre ! 15 ans plus tard, ce jugement sans appel est-il toujours mérité ?

Le pont de Millau est sans conteste une fabuleuse réalisation, un trait de génie léger et monumental entre deux rives dont la fluidité esthétique me laisse stupéfait à chaque passage. Mais le beau viaduc, emblème autoroutier par excellence, séduit aussi 1 200 camions
par jour tandis qu’on laisse mourir d’anémie le ferroutage et un exceptionnel réseau ferré de lignes et de
gares secondaires…

L’A380 fut aussi une prouesse technologique étonnante. Mais l’avion géant a participé à la croissance explosive du trafic aérien, passé de 2 à 4,3 milliards de passagers depuis ce premier billet de 2006 ! Bel éléphant blanc victime de son gigantisme, la production de l’A380 a cessé, carnet de commande vide. Stoppé par les exigences de rentabilité commerciale et non par des contraintes écologiques : 24 ans après le Protocole de Kyoto, le kérosène n’est toujours pas taxé et les transports aériens internationaux, encore non comptabilisés dans les bilans nationaux des émissions de gaz à effet de serre.

Quant au réacteur de fusion ITER, autre prouesse scientifique et technologique, il est loin, très loin d’assurer une production d’énergie « inépuisable, abondante et propre » comme le louent ses promoteurs. Même ceux-ci n’envisagent pas que la fusion puisse atteindre avant 2080, voire 2100, un niveau industriel écologique et économique acceptable. Et l’on peut parier, au vu des formidables avancées de ses vrais concurrents, l’éolien et le photovoltaïque, qu’il n’y aura même pas de match ; les renouvelables ont sur ITER 60 ans d’avance, utilisant dès aujourd’hui le soleil avec bon sens au lieu de vouloir orgueilleusement le recréer un jour sur Terre.

15 ans après, la conclusion du tout premier billet reste donc mot pour mot d’une cruelle actualité : « Nous sommes de nouveau à bord du Titanic. Mais cette fois-ci, nulle surprise : l’iceberg est localisé par satellite au centimètre près. Pour éviter la collision, il suffirait que notre navire commun adopte une allure plus sobre, que l’on améliore l’efficacité des chaudières et – pourquoi pas? – que l’on change le navire pour un vaisseau profitant de l’énergie du vent, de la chaleur et des électrons du soleil.


Dossier : Confort d’été, éviter la surchauffe

Confort d'été

Solutions écologiques pour assurer une fraîcheur sans clim’ dans nos logis

  1. Nos logements face au réchauffement

C’est devenu une évidence : toute rénovation ou construction doit se protéger contre la surchauffe. L’expérience des pays chauds indique déjà bon nombre de solutions simples et efficaces, sans climatisation artificielle, bombe à retardement climatique.

C’est maintenant très clair, le réchauffement climatique, nous y sommes. Nous devons non seulement le freiner, mais aussi nous y adapter. Avec des températures dépassant 40°C même en montagne, l’été 2019 a démontré la nécessité de penser la gestion des surchauffes. Même pour le bâti ancien, pourtant réputé frais. Les climatiseurs électriques, la solution ? Certes, techniquement, ça marche pour un espace confiné et à court terme. Mais, pour votre environnement proche et pour le climat, c’est la catastrophe annoncée ! Les « clim’ » domestiques ont une consommation annuelle d’électricité comparable à celle d’un frigo, mais elle est concentrée sur deux mois, d’où une surcharge des réseaux et un réchauffement de l’air autour des locaux. Plus grave encore, les gaz frigorigènes fluorés utilisés sont plus de mille fois plus générateurs d’effet de serre que le CO₂ !

Heureusement, l’humanité n’a pas attendu l’invention des climatiseurs pour rafraîchir les habitations. La longue expérience des pays chauds est riche d’enseignements sur la limitation des apports solaires, sur la ventilation naturelle, sur l’inertie et le déphasage thermiques, utilisant de manière empirique les lois des phénomènes physiques qui régissent les flux de chaleur dans les bâtiments.

Gestion en toute saison

Le retour d’expériences des constructions citées en exemples dans ce dossier prouve que l’objectif de confort consistant à limiter la température intérieure à 26°C en air immobile est atteignable en métropole sans recours à la climatisation électrique. En Outre-Mer, l’objectif de confort est plutôt de l’ordre de 30°C, en recourant traditionnellement aux courants d’air. Bon à savoir : une circulation d’air de 1 m/s (3,6 km/h) procure un ressenti à la surface de la peau de 4°C inférieur à la température réelle.

Le réchauffement climatique bouscule aussi nos habitudes. Les températures printanières de février 2019 nous obligent à ne plus parler seulement de confort d’été, mais de prévention des surchauffes en toutes saisons. Le problème se posait déjà pour les bâtiments bioclimatiques, conçus pour profiter au maximum des apports solaires en hiver et en mi-saison, quand le soleil est bas et rentre profondément par leurs grandes ouvertures bien orientées. Plus généralement, une surchauffe peut aussi être provoquée localement par le rayonnement solaire atteignant une pièce particulière dans un logement chauffé globalement, sans régulation pièce par pièce.


Billet d’humeur : Greta graine de contestataire

contestataire

C’est une belle histoire, l’une de celles qui nous confirment que la vérité sort bien de la bouche des enfants, ou plutôt des jeunes filles. L’héroïne est une minuscule gamine de 15 ans qui en paraît 12 avec sa petite bouille ronde, ses deux tresses blondes et son air de lutine évadée d’un conte des frères Grimm. Greta Thunberg a la blondeur suédoise et va sagement à l’école comme toutes les Greta de son âge. Mais, cet été 2018, la Suède est confrontée à l’impensable : une canicule exceptionnelle, avec plus de 32 °C au cercle polaire. Le marqueur d’effrayants bouleversements climatiques.