Territoire : Chanvre : Eco-Pertica innove et tisse la fibre du circuit court

Eco-pertica filiere chanvre

Dans l’Orne, Eco-Pertica, une coopérative inspirée, et membre du réseau national des Chanvriers en circuits courts, a créé une filière locale autour du chanvre et de la terre. De la conception à la mise en œuvre.Assistance à maîtrise d’ouvrage, mise en relation avec des artisans, fourniture de terre et d’isolant en chanvre fermier, location de matériels dédiés aux techniques du chanvre.

La coopérative Eco-Pertica est multitâche.

Fondée en 2011, elle est née du rapprochement d’un duo d’associations œuvrant notamment dans la rénovation écologique, toutes deux créées par Antoine Elleaume, actuel gérant de la coopérative. Auparavant chargé de mission au Parc naturel régional du Perche, territoire historiquement connu pour la culture du chanvre textile, ce dernier avait étudié la faisabilité d’une filière locale de chanvre destiné au bâtiment. Aujourd’hui, la société coopérative d’intérêt collectif (Scic) compte 85 sociétaires, répartis dans sept collèges où agriculteurs, artisans, clients bénéficiaires, partenaires et salariés sont tour à tour représentés. Objectifs ? Promouvoir « une écoconstruction écologique, performante, accessible à chacun et ancrée sur les territoires », tout en développant des filières d’écomatériaux locaux.

Ligne de fabrication autoconstruite

Sans matériel ni expérience pour transformer le chanvre, « le groupe est parti de rien, se souvient Alexandre Cealis. Antoine a rencontré Philippe Lambert, un agriculteur qui cultivait encore du chanvre pour une filière très spécialisée, hors bâtiment. Très bon mécanicien, ce dernier a commencé à imaginer un équipement autoconstruit pour séparer la fibre de la chènevotte ». Challenge corsé : « Trier du granulat léger dans de la fibre n’est pas simple, d’autant que la fibre du chanvre est longue et très solide, et risque donc de provoquer des bourrages. » 

Les Normands cherchent alors l’inspiration chez leurs homologues des Chanvriers du Mellois, dans les Deux-Sèvres. Cette association fait partie de Chanvriers en circuits courts, un collectif de développement de « micro-filières locales de production de chanvre fermier pour l’écoconstruction » auquel adhère dorénavant Eco-Pertica. Antoine Elleaume et Philipple Lambert assemblent alors plusieurs moissonneuses-batteuses pour construire une ligne d’où sortiront les différents types de chènevotte et les bottes de paille de chanvre. La coopérative élabore également des outils pour les artisans et les autoconstructeurs : une souffleuse pour projeter des mélanges terre-chanvre, une autre pour la laine de chanvre.

En parallèle, la Scic promeut la vertueuse plante auprès des artisans, des particuliers et des collectivités. « Soirées d’information, visites de chantiers… La sensibilisation a d’emblée été le deuxième pilier de notre action », poursuit Alexandre Cealis.

Acteur de la recherche locale et nationale

L’activité d’Eco-Pertica s’enrichit encore avec l’arrivée d’un chercheur en matériaux, Arthur Hellouin de Menibus, qui ouvre en 2015 un volet recherche et développement…


Avis d’expert.es : Savoir-faire : industriel ou artisanal, irréductibles frères ennemis

Industriel ou artisanal

En l’espace de 15 à 20 ans, le plâtre a quasiment disparu. Avoir une palette de plâtre dans un négoce aujourd’hui, c’est la croix et la bannière », se désole Jean-Yves Labat, maître artisan plâtrier dans les Landes. Fils et petit-fils de plâtrier, l’homme constate aujourd’hui la quasi extinction du métier tel qu’il le pratique encore, de la confection à la pause. En cause, la concurrence de la plaque de plâtre, implantée en France depuis les années 1950, dont la simplicité et la rapidité de mise en œuvre ont conquis le monde du bâtiment. Une situation qui n’est pas une exception. De la pose de carrelage à la fabrication de fenêtres, en passant par les charpentes ou la maçonnerie, la construction repose désormais majoritairement sur des produits et des systèmes industrialisés.

L’industrialisation, révolution du bâtiment

De tout temps, les artisans ont trouvé des procédés pour fabriquer plus rapidement les éléments de construction. Au XIXe siècle, l’automatisation des procédés et la fabrication en série ont accéléré la donne. « L’industrialisation ne nuit pas forcément à la créativité et à la qualité architecturale. Au-delà de la production en série de masse, elle a permis aussi à l’architecte de fabriquer à moindre coût l’élément qu’il imagine en grande quantité. Une solution particulièrement adaptée à une tour, par exemple. L’industrie est également équipée pour sortir des pièces parfois exceptionnelles, comme une charpente en lamellé-collé de 100 m de long », explique l’architecte Sylvia Frey, dont les projets mêlent matériaux locaux et structures industrielles.

La chimie et les machines revisitent l’ensemble des techniques. C’est le cas pour la maçonnerie. Mortiers prêts à l’emploi, à prise rapide, enduits monocouches, mousse isolante projetée réduisent les aléas – erreurs de dosage, pénibilité, temps de mise en œuvre, nuisances de chantier. « La préfabrication des mélanges en centrale à béton a considérablement amélioré le confort des maçons au quotidien. L’arrivée de produits prêts à l’emploi et qui fonctionnent bien, y compris dans des domaines plus écologiques comme la maçonnerie en chaux-chanvre, limite les soucis auparavant rencontrés, notamment au niveau du séchage », explique David Ducrot, compagnon maçon et tailleur de pierre. Une aubaine également pour les autoconstructeurs et les bricoleurs, qui peuvent plus facilement se lancer dans un projet sans savoir-faire particulier avec des plaques Fermacell, des mélanges chaux-chanvre prêts à l’emploi ou des panneaux isolants prêts à poser.

Performances et temps de pose quantifiables

Autre commodité des produits industriels, la disponibilité plus large de leurs données. Alors que les réglementations, notamment environnementales, requièrent  de calculer les performances d’un bâtiment, les produits industriels affichent des caractéristiques précises…