Décryptage : Le vrai / faux de l’autoconstruction

AUTOCONSTRUCTION

Qu’ils viennent des autoconstructeurs eux-mêmes ou de leur entourage, l’autoconstruction fourmille d’a priori.

Pour se lancer en connaissance de cause et savoir répondre aux discours extérieurs, démêlons le vrai du faux.

Un chantier en autoconstruction dure des années 

L’autoconstruction est soumise à une équation à trois variables, qui ne se conjuguent que deux par deux, jamais toutes ensemble : construire pas cher, vite, de qualité. Si vous avez du temps, vous aurez donc besoin de moins d’argent pour bâtir un logement performant. Le temps est la principale variable d’ajustement, les autoconstructeurs disposant en général d’un budget limité et souhaitant un habitat qualitatif puisque ce sont eux qui y vivront. Mais tout dépend des autoconstructeurs, de leurs compétences, leur emploi, la main d’œuvre sollicitée ou non, du bâtiment (taille, matériaux, performances…). Bien que rares, certains bouclent le chantier en un an. Mais les retours d’expériences publiés par La Maison écologique durant plus de 20 ans montrent une moyenne de 32 mois, variant entre 12 et 84 mois.

 Il faut être bricoleur dans l’âme pour autoconstruire 

« Je ne me pensais pas capable de ça, j’étais prof de théâtre, citadine, et je me suis retrouvée à manier la visseuse et la circulaire pendant quatre ans ; ces choses qui me faisaient carrément flipper avant, s’amuse Lola, qui a autoconstruit sa maison en Ariège. J’en ressors avec pas mal de connaissances et de confiance en moi. J’ai découvert qu’avec du temps et de l’envie, tout est à ma portée ! » Il suffit souvent de se former ou se faire accompagner.


Témoignages : Les 13 commandements d’un chantier serein



Autoconstruire est une sacrée aventure.

Pour qu’elle ne se transforme pas en épreuve, voire en cauchemar, voici les conseils tirés de nombreux retours d’expériences pour faire rimer chantier avec sérénité.

La fleur au fusil tu ne partiras pas

Soyez conscient de ce qui vous attend, sans sous-estimer la charge, ni surestimer vos capacités (travailler soirs, week-ends…). Il y aura des moments de doute, de fatigue, de stress. Pour se rendre compte de la réalité d’une autoconstruction, rencontrez, discutez, lisez…

Au plus près du chantier tu habiteras

Pendant qu’Adeline et Nicolas (22) bâtissaient la maisonnette de 15 m2 où habiter durant le futur « vrai chantier », « il fallait encore plus anticiper, transporter le matériel… On ne se déplaçait pas pour une soirée. En habitant sur place, c’est aussi plus simple de réceptionner les livraisons. Sans la pression d’un double loyer, on a pu finir les travaux avant d’emménager et faire des pauses pour préserver notre corps et notre couple ». D’autres installent une caravane, une yourte, ou un mobil-home comme Martin (42) : « Notre bébé venait de naître. Je ne serais pas rentré dans notre location à 15 km pour manger avec eux le midi. En vivant sur place, on se retrouvait plus souvent. » Revers de la médaille pour Ben et Lola : « On ne décroche jamais, le chantier est là, il t’appelle. Mais si ça évite un quart d’heure de voiture tous les jours, sur quatre ans, ça économise pas mal de gazole ! Et même quand tu as des enfants, tu peux y aller 1 h par-ci ou 3 h pendant la sieste. » Mais Amélie (33) préférait « pouvoir rentrer au chaud, me doucher, ne pas trouver mes enfants couverts de boue. Notre plan de financement global permettait de nous accorder un an de location ».

Le confort du lieu de vie provisoire tu ne négligeras point

Morgan (29) a protégé son mobil-home sous le futur carport, y a ajouté une isolation en paille et un poêle pour obtenir « 40 m2 confortables ». Le chantier pèse moins sur le quotidien quand le lieu de vie est entretenu, praticable et pratique. Sa surface étant réduite, vous passerez du temps dehors ; aménagez une terrasse « hors boue », une pergola, agrémentez de quelques fleurs… Stéphanie et Julien (44) investissaient une caravane sur leur terrain l’été, mais louaient à 20 min le reste du temps. « Tu es moins efficace, mais tu rentres dans un endroit propre et tu coupes du chantier. »


Planning : Un calendrier à dompter



Préparer le planning de son chantier à la lumière de ses compétences, de sa disponibilité et des contraintes extérieures évite les mauvaises surprises qui peuvent coûter cher. Mais il est compliqué d’estimer la durée de toutes les phases.

Suivez le guide !

Pas facile d’estimer la durée des travaux quand on s’engage dans l’autoconstruction de sa maison. Prévoir « un an minimum si tous les facteurs sont réunis : chantier bien préparé, compétences techniques et travail cinq jours par semaine à temps plein », prévient Éric Tortereau, coprésident des Castors, association d’autoconstructeurs. Dans les faits, les travaux s’étalent en général sur trois ou quatre ans, voire bien plus, dès lors qu’une de ces conditions n’est pas remplie ou que des imprévus (inévitables !) entravent leur déroulement (budget, livraison…). « Cela varie aussi selon la technique constructive, poursuit-il. Une dalle en bois prend moins de temps qu’en béton. »

Un projet d’autoconstruction ne se résume pas aux travaux : entre la naissance de l’idée et le premier coup de pelle, il s’écoule en général six mois à deux ans. « L’autoconstruction est un art de vivre du bricolage et non une opération commando, avance Franck Mathieu, autoconstructeur et animateur d’Archipossible, qui accompagne les autoconstructeurs en Île-de-France. Commencer par dessiner progressivement son projet aide la pensée à se préciser et permet de communiquer avec des artisans et fournisseurs. »

Les prémices du coup de pelle

« C’est quand il faut prendre des décisions pragmatiques qu’on sait si on est mûr : trouver un terrain, engager des dépenses, pointe Jean-Pascal Despaux, accompagnateur en Gironde. Si on ne se lance pas, c’est que ce n’est pas le moment. » Se mêlent les phases de promotion immobilière (compromis de vente, étude de faisabilité, recherche de financement) et de conception (définition des usages, thermique, volumétrie, choix constructifs, permis de construire). « Il ne faut surtout pas négliger le temps de conception, signale-t-il. D’une première esquisse jusqu’au plan détaillé, on confronte ses envies et ses usages aux contraintes techniques et budgétaires. » S’assurer en amont de la maîtrise des techniques et matériaux réclame plus ou moins de temps (lire p. 18-21).
Reste à monter son équipe, consulter les éventuelles entreprises, puis contractualiser. Après seulement démarre la mise en œuvre.

L’organisation

André Coste, qui a bâti selon la méthode du Greb, insiste sur l’intérêt d’avoir « des plans très détaillés, qui facilitent l’exécution, avec par exemple les passages de gaines. Une fois dans le chantier, tu réfléchis moins, ça avance vite et il faut anticiper les périodes pour lesquelles tu auras besoin de renfort par des bénévoles ou des pros ». Ses plans ont été réalisés par un architecte pour 5 % du coût de la construction. L’intervention d’un pro (lire p. 26-29)  réduit aussi le risque d’erreurs qui rallongeraient le chantier.

Pour que les délais ne s’étirent pas, assurez-vous en amont d’avoir l’espace pour accueillir les véhicules de livraison (chemin carrossable, place pour les manœuvres) et stocker les matériaux. « Du fait de la pénurie de bois, on a intérêt à le commander le plus tôt possible », conseille Jean-Pascal Despaux, à condition de pouvoir le conserver dans un espace hors d’eau et bien aéré. Le calendrier agricole commande par ailleurs la disponibilité de la paille, qui se récolte en juillet. Elle peut être posée dans la foulée si l’ossature est prête. Sinon, il faut la stocker au sec, même pour une courte période. Vérifiez régulièrement votre stock de quincaillerie pour ne pas interrompre votre travail faute de vis.


Enquête : Comment se préparer avant le chantier



La préparation n’est pas une option.

Les moyens de s’armer avant d’entamer vos travaux ne manquent pas : lectures, rencontres, visites, chantiers-tests… Faites votre choix !

Avant le premier coup de pelle sur votre terrain, ne négligez pas la phase préparatoire, d’un mois à temps plein jusqu’à plus de deux ans suivant l’assiduité, les compétences initiales, etc. « Les chantiers les plus performants en termes de matériaux écologiques et de consommations énergétiques sont ceux des personnes qui se sont beaucoup renseignées en amont, ont visité d’autres maisons, rencontré des associations, fait des chantiers participatifs, lu des blogs, magazines, livres, etc., constate Tassadit Bonnardot, qui étudie depuis 2019 les pratiques d’autorénovation dans le cadre d’un doctorat. Se faire accompagner dès le départ est la deuxième clé » (lire p. 26-29).

Se renseigner

À La Vicomté-sur-Rance (22), Adeline et Nicolas ont commencé par « beaucoup de lectures (voir p. 22-24), notamment de livres professionnels. Une bibliothèque proche dispose d’un rayon fourni sur l’écoconstruction. Et on s’est abonnés à La Maison écologique ». De même que Florent et Chloé, qui ont autorénové à Fontaine-lès-Dijon (21), pour « avoir des notions sur les matériaux, la technique. Si on ne sait pas à peu près de quoi on parle, on obtient peu de conseils adéquats en discutant avec des artisans. D’autant plus qu’on trouvait peu de pros qui maîtrisent les écomatériaux, donc sans s’y connaître, on se fait orienter dans d’autres directions ».

Nicolas et Adeline ont aussi suivi des blogs d’autoconstructeurs « qui y partagent ce qu’ils vivent, comment ils font, quelles problématiques ils rencontrent… ». Les sites Internet fourmillent, mais il est souvent difficile, pour un néophyte, de distinguer les infos pertinentes des conseils malavisés. « Je regardais des vidéos tutos, mais je me suis rendu compte après coup qu’elles ne sont pas toujours pertinentes », se souvient Florent. Julien, à Maisdon-sur-Sèvre (44), a passé « un paquet d’heures incalculable sur Internet. Je me suis vite concentré sur les forums, car tu peux y échanger avec des gens. Celui d’Approche-Paille était dynamique. Même les anciens posts sont utiles ». Twiza vient de lancer le « premier forum d’entraide dédié à l’habitat écologique, participatif et convivial ».

La liste de discussion Bâtir sain et le forum des Compaillons sont aussi précieux. D’autres sites, moins ciblés écoconstruction, restent intéressants : Forum construire, Onpeutlefaire… De plus en plus de webinaires éclosent et, pour des échanges moins virtuels, assistez à des conférences, débats ou ateliers.


Lire, voir, écouter : Les ressources pour échafauder son projet



Livres, magazines, sites Internet, vidéos, podcasts ; les ressources sont nombreuses pour trouver conseils et inspirations pour un projet d’autoconstruction.

Sélection de nos références favorites.

À moins d’être échoué sur une île déserte, vous ne vous lancerez pas dans un chantier d’autoconstruction sans avoir pris le temps de le mûrir. Quels matériaux choisir ? Quels architecture et agencement prévoir ? Y a-t-il des normes à respecter ? Comment chauffer, rafraîchir, ventiler ? Vous aurez des centaines de questions, vous chercherez de l’inspiration… Voici notre sélection pour vous guider dans la pléthore de ressources à disposition.

Pas évident de ne pas mentionner votre humble serviteur, le magazine La Maison écologique. Témoignages et reportages chez des autoconstructeurs (en neuf et en rénovation) côtoient enquêtes techniques, cahiers pratiques et conseils de professionnels pour anticiper vos propres chantiers.

Inspiration et retours d’expériences

Pour s’inspirer et s’abreuver de retours d’expériences, vous pouvez dévorer l’ouvrage de Benjamin et Pauline sur leur autoconstruction atypique (architecture Earthship) avec chantier participatif géant, La Maison magique (Massot, 2022). Pour suivre un projet avec 90 % de réemploi et beaucoup de sobriété, vous apprécierez Autoconstruire en réemploi (Ulmer, 2021)(1). Partez à la rencontre de 28 autoconstructeurs avec Ils ont construit leur maison, édité par La Martinière (2016) en partenariat avec La Maison écologique. Pour une soirée ciné, visionnez gratuitement le réjouissant documentaire La Maison en A (2) où vous rencontrerez Elisabeth, autoconstructrice sexagénaire dont l’ingéniosité et la persévérance lui ont permis de boucler son projet avec 40 000 €.

Pour « se préparer à un chantier d’autoconstruction », rendez-vous dans le Mémento de l’association Habitats énergies naturels (2016) ou dans les pages de L’Autoconstruction écologique (Terre vivante, 2015), rédigé par l’architecte Philippe Lequenne qui a trouvé les mots justes pour parler d’autoconstruction : « Un chantier reste un voyage dont le paysage se découvre pas à pas. »


Acteurs : L’accompagnement, outil multifonction



Que ce soit par un artisan, un architecte, un maître d’œuvre ou une association, se faire accompagner dans son projet d’autoconstruction est gage de qualité, mais aussi de sérénité.

L’autoconstruction, c’est construire soi-même, pas tout seul. « Nous avons identifié trois catégories de pratiques d’accompagnement : par une association, un maître d’œuvre ou architecte, ou un artisan », détaille Raphaël Soulier, coprésident de la Fédac. Les Castors proposent de dessiner vos plans, monter le dossier de permis de construire, voire un suivi de chantier. D’autres associations, plus spécialisées dans l’habitat écologique, accompagnent aussi tout au long du projet, y compris dans la quête de fournisseurs, artisans ou l’organisation de chantiers participatifs. Les CAUE et espaces France Rénov prodiguent de précieux conseils, gratuits et indépendants. Fabricants et fournisseurs proposent souvent une assistance, la validation de plans, voire un technicien pour démarrer le chantier ou vérifier une installation.

Une ribambelle d’acteurs

L’accompagnement fait partie intégrante des missions des architectes et maîtres d’œuvre. « Il ne faut pas avoir peur d’eux et de leurs factures. C’est du jus de cerveau, mais ça permet de ne pas aller au bouillon », insiste l’artisan Christophe Billant (22). Autoconstructeur près de Lyon, Étienne confirme : « Si on trouve le bon, attentif à la définition de nos besoins, ce qu’on paye en architecte [10 à 15 % du coût des travaux pour une mission complète, ndlr], on le récupère par l’optimisation des espaces, qui fait économiser des matériaux et du temps. »

Franck (44) a fait appel à un Assistant à maîtrise d’ouvrage (AMO), qui « a apporté son savoir et son réseau. C’est une paix que tu achètes ». Sur le principe du Chèque emploi service universel, il a aussi salarié des travailleurs occasionnels du bâtiment (TOB), moins chers que des artisans mais requérant plus de paperasse, pour l’aider à bâtir sa maison en paille porteuse, « une technique alors inassurable pour une entreprise. J’ai endossé les risques en devenant particulier employeur ».


Avis d’experts : Les assurances dans la balance



Coincée entre une injonction sociale, une incompréhension de son fonctionnement et une réglementation inadaptée, l’assurance d’une autoconstruction se fait complexe et angoissante.

Alors qu’il s’agirait peut-être d’en faire le deuil.

Dans les yeux des autoconstructeurs qui courent après une assurance pour leur projet de maison, on voit vite une sorte d’ “erreur 404”. Ils subissent une injonction sociale à répondre “ouià la question “es-tu assuré ?, ils ont peur d’être dans l’illégalité, peur des problèmes en cas d’accident… Et de nombreuses structures font leur beurre sur ces inquiétudes », analyse Cédric Avramoglou, fondateur de Twiza, réseau d’entraide pour l’habitat écologique et participatif. Nombreux sont ceux qui cherchent le Graal. Certains se targueront de l’avoir trouvé. Lui affirme sans équivoque qu’assurer son autoconstruction « est techniquement impossible ».

Une législation inadaptée

Faute à un cadre législatif inadapté. Jérome Blanchetière, avocat spécialiste du droit immobilier, de la construction et des assurances, rappelle qu’en construction, seules deux assurances sont obligatoires depuis la loi Spinetta de 1978 : la « responsabilité civile professionnelle », plus couramment nommée « décennale », et la « dommage-ouvrage » (DO). La première doit être souscrite par les constructeurs professionnels. Elle s’applique sur les ouvrages qu’ils réalisent, durant les 10 années qui suivent leur achèvement, pour indemniser la victime de tout « dommage compromett[ant] leur solidité ou les rend[ant] impropres à leur destination ». La DO, elle, doit être souscrite par le maître d’ouvrage avant le début des travaux. Elle lui permet d’être indemnisé dès qu’il déclare un sinistre relevant de la décennale du constructeur. Ensuite, l’assurance du maître d’ouvrage et celle du professionnel s’arrangent.

Seulement, en autoréalisation, l’autoconstructeur est seul responsable des dégâts sur son bâti.

Là, ça cafouille. Car la DO demeure obligatoire sur le papier, mais ne peut pas être souscrite en pratique. Cédric Avramoglou explique : « Elle ne s’appuie QUE sur une décennale, elle est comme un relais » – une « subrogation », précise l’avocat. Attention à toute compagnie qui proposerait une solution miracle, comme la « DO autoconstructeur » au coût exorbitant ou des assurances non obligatoires au contenu librement fixé par les parties… « C’est bien pour les compagnies qui les vendent, moins pour les autoconstructeurs qui les paient en désespoir de cause », déplore le fondateur de Twiza.

Pour qu’elles indemnisent vraiment le jour où gros sinistre il y aurait, croiser les doigts… Après tout, « vous imaginez mal faire un travail sans rémunération et être payé pour le refaire. Ce serait la fête ! », ironise-t-il. Conclusion : faire le deuil d’une assurance sur sa construction, assumer la réparation de ses propres erreurs et… ne pas vendre dans les 10 ans (voir encadré ci-contre). Quels risques pénaux pour non souscription à la DO ? Jérôme Blanchetière rassure : « Il n’y [en] a pas pour la personne physique construisant un logement pour l’occuper elle-même. »


Avis d’experts : La RE2020 est-elle compatible avec l’autoconstruction ?



Réduire l’empreinte carbone et la consommation d’énergie des bâtiments ?

L’esprit de la Réglementation environnementale n’apporte rien de nouveau aux autoécoconstructeurs. Son application concrète, en revanche, trouble les habitudes.

La RE2020 complexifie les choses, mais les difficultés sont les mêmes que l’on construise avec des professionnels ou seul », rassure Jean-Luc Delpont, des Castors. Le grand changement de cette nouvelle Réglementation environnementale 2020 (RE2020) qui s’applique depuis janvier 2022 aux constructions neuves, c’est la prise en compte de l’impact carbone sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment. Le bois de structure et les matériaux biosourcés sont avantagés par la RE2020, qui vise à réduire de 30 % l’impact carbone à l’horizon 2030, avec des paliers dégressifs en 2025, 2028 et 2031.

Pas de place pour l’improvisation

Dès le dépôt de permis de construire, le maître d’ouvrage doit fournir différents documents attestant la prise en compte des exigences de performance énergétique et environnementale (voir encadré p. 41). Il faut ainsi être en mesure d’estimer son bilan carbone, avec des valeurs seuils à ne pas dépasser. ; « En tant qu’autoconstructeur, quand j’ai déposé ma demande de permis, je connaissais le mode constructif, la composition de l’enveloppe et l’aspect extérieur, mais je n’avais aucune idée des quantités des matériaux que j’allais utiliser », se souvient Étienne Béduneau. Dresser et justifier le bilan carbone de sa maison nécessite d’être particulièrement organisé et d’archiver l’ensemble des factures tout au long de la construction.

« Il faut désormais anticiper chaque détail, évaluer les quantités de matériaux mobilisées, connaître la marque des produits pour être sûr de respecter les seuils, et conserver de la marge, pointe David Lebannier. Un autoconstructeur achète souvent ses matériaux en fonction des opportunités. Il devra sans cesse se demander s’ils sont bien encadrés par une FDES* et si un changement ne modifie pas trop l’impact carbone. C’est un casse-tête, même pour une petite entreprise. »

Autre inquiétude, les plus petites filières (produits artisanaux, marginaux…) qui n’ont pas les moyens de faire réaliser ces FDES sont encadrées par des valeurs par défaut pénalisantes (six fois plus importantes que celle calculée au réel pour la brique de terre crue !). L’objectif affiché étant de forcer les filières à faire évaluer leur impact carbone.


Budget : Anticiper et maîtriser son budget



Si l’on choisit généralement l’autoconstruction pour des raisons financières, la réduction du budget doit beaucoup à la proportion de chantier réalisée soi-même et à une conception simple et pragmatique.

Le coût de l’autoconstruction d’une maison varie en fonction de très nombreux paramètres. D’autant que la hausse actuelle du coût des matériaux rebat les cartes (l’OSB a doublé, voire triplé par rapport à l’ère pré-Covid). Malgré tout, l’accumulation de retours d’expériences permet d’établir quelques repères (construction hors foncier) : 500 à 800 €/m² pour une maison simple et une part d’autoconstruction très élevée, sinon exclusive, 800 à 1 200 €/m² si des professionnels assurent quelques étapes (murs, charpente, couverture, suivi-formation…), 1 200 à 1 500 €/m² si vous ne prenez en charge que le second œuvre et 1 600 à 1 800 €/m² (voire plus) si le projet vise le niveau passif ou si la part pro augmente.

Plus la forme de la maison se complexifie, plus le coût risque d’augmenter.

« Le rectangle ou le carré sont les moins chers, résume Christophe Deffense, d’Arborescence habitat, accompagnateur dans l’autoconstruction bois (Gard). Une maison en L ou un toit à quatre pans au lieu de deux génèrent des surcoûts. » Par ailleurs, « concevoir à partir des formats standards des matériaux limite les chutes. Si vous utilisez des poutres en I pour un solivage, prévoyez une portée de 6,5 m maximum si elles sont vendues en 13 m ».

Artisan prestataire auprès d’autoconstructeurs (Drôme et Vaucluse), Jean-Baptiste Maurent a récemment aidé à bâtir une maison de 150 m²; dont le coût s’est établi à 800 €/m² pour un faible besoin énergétique de 40 kWh/m².an (chauffage, ECS, rafraichissement), alors que l’ossature et la charpente ont été montées par des artisans. « Le client s’est particulièrement engagé dans la construction, ce qui a permis d’assurer 1,5 équivalent temps plein lissé sur l’année de chantier. Et il a choisi une maison simple rectangulaire en ossature bois. » Les conditions de chantier (éloignement des fournisseurs, livraison et stockage difficiles sur place) peuvent aussi influer le coût global.