Podcast 20 ans LME – Thierry Salomon, cofondateur de l’association négaWatt

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Voici un nouvel épisode de podcast réalisé pour les 20 ans du magazine La Maison écologique. Aujourd’hui nous avons le plaisir de recevoir Thierry Salomon, ingénieur énergéticien, cofondateur des associations Gefosat et négaWatt, mais aussi du bureau d’études Izuba énergies.

Thierry Salomon, pouvez-vous vous présenter et nous expliquer dans quelle sphère vous militez autour de l’habitat écologique ?

Je suis d’une formation ingénieur énergéticien. J’ai débuté au sein d’une association qui a notamment travaillé autour des énergies renouvelables, le Gefosat. Puis, j’ai fondé un bureau d’études qui a développé des logiciels dans le domaine de l’habitat, des bâtiments. Ces logiciels permettent d’optimiser les consommations d’énergie et limiter les impacts environnementaux.

Au début des années 2000, j’ai fondé avec d’autres, une association qui s’appelle négaWatt. J’en ai longtemps été Président et j’en suis aujourd’hui un porte-parole. Cette association a développé des scénarios énergétiques pour la France, jusqu’à 2050. Le quatrième scénario va bientôt sortir. Et enfin, j’écris des billets d’humeur pour le magazine La Maison écologique. Une petite page assez libre autour de l’écologie, la maison, ce qui se passe dans notre terre avec des réflexions sur le monde d’après.

Comment avez-vous vécu ces 20 dernières années. Quelles sont, selon vous, les grandes avancées qui ont marqué l’habitat écologique ?

Je crois qu’il y a eu des très grandes avancées. Nous ne nous en rendons pas toujours compte, mais lorsque l’on revient en arrière, on voit des innovations absolument considérables. L’une d’elle est l’arrivée d’isolation et de vitrages très performants. Lorsque j’ai commencé à travailler sur l’habitat bioclimatique dans les années 80, il fallait vitrer au sud et pas du tout le nord. Cela faisait des maisons trop tournées vers le soleil par rapport aux problématiques de surchauffe. Maintenant, on peut vitrer beaucoup plus au nord, grâce à ces vitrages et isolations particulièrement performants.

De là est arrivé l’habitat que l’on dit passif ou partiellement passif. Avec un niveau d’isolation hivernale tel que l’on peut quasiment se passer de chauffage. Les chaleurs gratuites que sont l’ensoleillement, les appareils à l’intérieur, les dégagements de chaleur humaine, permettent de maintenir un niveau de température suffisant, ou tout au moins qui va réduire considérablement la période de chauffage en hiver. Par contre la difficulté c’est qu’ont créé des “bouteilles thermos”. Dès qu’il y a trop de chaleur qui entre ou qui s’accumule, celle-ci ne s’évacue pas et on peut avoir des surchauffes. Cependant, je pense que le problème de l’hiver est résolu, et que la conception est en train de basculer vers l’été.

Cette problématique de l’été va s’accentuer avec le réchauffement climatique et les longues périodes estivales. Nous manquons ici d’avancées techniques assez simples sur l’intermédiaire entre l’habitat purement passif et la climatisation à outrance. Il y a encore des choses à réfléchir autour de la brumisation, des ventilateurs plafonniers, une meilleure maîtrise de l’inertie. Nous sommes encore un peu en manque, mais cela va se développer.

Comment voyez-vous l’habitat écologique de demain ?

Vous avez parlé d’habitat et avec raison, car ce ne sera plus une maison. Je crois que le concept de maison écologique va s’effacer au profit d’espaces beaucoup plus flexibles. Nous le voyons bien en ce moment avec la crise du COVID. Les gens sont beaucoup plus en télétravail. Demain, il va donc falloir organiser la maison, si cela se généralise, dans une sorte de mixité intelligente entre lieux de travail et habitat. Il est clair que l’on ne peut plus se satisfaire de bricoler une table de travail dans la cuisine. Nous avons besoin de calme et d’espace pour travailler.

Là, nous avons 2 possibilités. Dans la maison elle-même. Mais nous pouvons aussi imaginer de petits hôtels d’entreprises situés à proximité des quartiers, accessibles à vélo, dans lesquels on viendrait trouver des espaces de travail bien équipé.
Est-il nécessaire que tout le monde possède une médiocre imprimante ? N’est-il pas plus utile de partager des imprimantes plus élaborées, des connexions Internet, sans compter les partages de documentation, les échanges. Je pense donc que nous allons vers des espaces flexibles, plus intelligents que ce qui se passe aujourd’hui quand les gens font des kilomètres en voiture pour retrouver un ordinateur, lui-même connecté à l’autre bout du monde.

Nous pouvons aussi nous poser des questions sur l’habitat. Lorsque les enfants s’en vont, les parents se retrouvent à deux dans une grande maison. Ne serait-il pas utile d’accueillir un étudiant ? Cela peut permettre une entrée plus sereine dans une nouvelle phase de la vie. Il lui faut bien entendu son entrée et un minimum d’espace privé. L’habitat va donc se transformer pour être plus hybride, flexible, en mêlant plus de choses et en étant plus adapté aux âges de la vie.

Enfin, nous allons vers du 100 % renouvelable dans l’habitat en termes de matériaux ressourcés notamment. Nos habitats consommeront beaucoup moins d’énergie et de matières premières à la construction. Ils vont davantage se régénérer, se rénover plus facilement car cela sera intégré dès le départ dans la construction. Nous allons vers zéro énergie fossile ou fissile dans l’ensemble des consommations d’énergie, avec également l’intégration d’une partie de production locale en étant relié à des réseaux de quartiers par exemple.

Avez-vous un mot, un souhait à adresser à l’équipe de la rédaction du magazine La Maison écologique, pour cet anniversaire ?

Je pense que La Maison écologique doit continuer au moins 20 ans ! L’ensemble du travail magnifique effectué depuis le début est précieux. Je suis très heureux de contribuer à ce petit billet. Je vais bientôt fêter le 100e. Cela finit par être une histoire quand je les regarde tous.

J’ai un souhait, c’est de passer de la maison à l’habitat… Peut-être changer de titre pour devenir une revue sur la notion de vivre dans un lieu, de l’habiter au sens large en incluant tout ce qui relève des espaces de travail, des tiers lieux, des espaces de mixité, collectif… Pas les grands espaces, ce n’est pas son rôle. Je pense qu’il faudrait donc plus investir la réflexion autour d’une revue plus large, mais on voit bien que c’est un virage que l’équipe de la rédaction est en train de négocier en douceur.

Longue vie à toute l’équipe et merci d’avoir créé et su animer contre vents et marées cette très belle revue !

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