Podcasts 20 ans LME – Noé Solsona, spécialiste construction paille et enduit terre

Podcast La Maison écologique, Noe Solsona

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Nous nous retrouvons pour un nouvel épisode autour des 20 ans de La Maison écologique. Aujourd’hui nous avons le plaisir d’accueillir Noé Solsona. Noé a été le plus jeune abonné du magazine ! On lui a pour l’occasion offert un abonnement à La Maison écologique, c’était il y a 17 ans… Il partage avec nous cette anecdote et sa vision de l’habitat écologique.

 

J’ai découvert le magazine à 16 ans lors d’une visite du salon Primevère de Lyon. C’était il y a 19 ans. À cette époque il n’y avait pas grand monde dans le petit secteur dédié à l’écoconstruction. Je prenais donc tous les prospectus que je pouvais car je découvrais ce sujet. En arrivant sur le stand de La Maison écologique, je n’avais pas compris que les magazines étaient à vendre, je leur ai donc « piqué » quelques magazines que j’ai intégralement dévorés ! Quand j’ai vu dans le numéro 4 un article sur la construction paille, ça a été pour moi comme une évidence. Je me suis dit que je voulais faire des maisons en paille.

À l’époque il n’y avait que trois artisans en France et une association La Maison en paille. Le magazine a vraiment été mon révélateur. Lorsque nous nous sommes rencontrés deux ans plus tard à l’occasion du 1er salon de l’écoconstruction à la Villette, avec Julie et Yvan, j’ai évidemment avoué mon anecdote. Ils ont halluciné de me voir du haut de mes 18 ans tellement passionné. Ils m’ont donc offert un an d’abonnement et je suis ainsi devenu le plus jeune abonné du magazine.

Que faites-vous aujourd’hui Noé, presque 19 ans plus tard ?

Ça a vraiment été une révélation, pas seulement d’un jour, une des grandes évidences de ma vie ! Je me suis donc formé avec un des trois artisans. J’ai également participé à la création de la filière paille, nous avons monté le Réseau Français de la Construction Paille. J’œuvre désormais au sein de cette filière.

Depuis 2010 je me concentre sur les enduits. J’ai une entreprise [CalyClay, ndr], qui est spécialisée dans l’application d’enduits terre et chaux sur des bâtiments en paille, en intérieur comme en extérieur, sur des petites maisons comme sur de grands marchés publics. Nous intervenons en clef en main en réalisant les enduits ou en accompagnement afin de former les autoconstructeurs. Notre grande spécialité est la projection avec des enduits prêts à l’emploi. Nous faisons aussi des enduits terre avec la terre du terrain, avec de la paille ou du sable. Nous sommes donc très rapides, les chantiers participatifs durent seulement 2 à 3 jours. Cela nous permet, en outre, d’apporter une réponse qui rentre dans les contraintes des marchés publics et des grands chantiers. En parallèle, nous faisons de la vente, location de matériel et de la formation.

En 19 ans de lecture de La Maison écologique et de pratique sur le terrain, pouvez-vous partager avec nous votre avis sur les grandes avancées techniques qui ont marqué l’habitat écologique ?

J’avoue que je ne vois pas grand-chose en dehors de la paille et du biosourcé. Je ne doute pas qu’il y ait d’autres avancées, mais je les connais moins. Les matériaux biosourcés ont beaucoup évolué. Il y a 20 ans la paille, par exemple, était totalement méconnue et reléguée au rang des pionniers. Aujourd’hui, on ne sait plus combien de bâtiments publics ou d’écoles se construisent en paille en France. Nous sommes un des pays les plus avancés au monde. Plus globalement, la filière chanvre et les autres filières biosourcées avancent et on peut dire que le béton végétal pour la rénovation et la chaux-chanvre pour le neuf, connaissent de belles avancées et deviennent des techniques communes, désormais courantes pour les assureurs y compris pour l’habitat conventionnel.

Comment voyez-vous l’habitat écologique de demain ?

J’affinerai la question. Comment je vois tout cela avec mon cœur ou par le biais du développement sociétal. Je crains, en effet, que ce dernier nous amène à davantage de complexité, de technologies. Alors que quand je parle avec mon cœur je pense qu’il faut aller vers du Low Tech, de la simplicité, qui est beaucoup plus fiable et plus durable pour la planète. Je souhaite vraiment que l’écoconstruction aille dans ce sens-là et plus précisément, que les matériaux biosourcés prennent une grande part de la matière mise en œuvre.

Il faut rappeler que la troisième matière consommée par les humains après l’air et l’eau ce sont les granulats, soit le sable. Et chaque Français en consomme tous les ans 5 à 8 tonnes. Or, pour faire « pousser » du sable, il faut des millions d’années ! Il faut se mettre à l’échelle du temps du minéral. Quand on consomme du minéral à cette vitesse-là, même si on habite sur une planète minérale on arrive à épuiser cette ressource.

Donc, si on veut continuer de construire à cette vitesse effrénée, ce qui est un autre débat, il faut un matériau qui pousse à cette même vitesse. Et il n’y a pas plus rapide que le végétal et donc le biosourcé pour satisfaire nos besoins immenses de matières et de ressources. La paille et le chanvre mettent seulement une année à pousser et peuvent donc répondre à nos besoins. Voici mes souhaits pour l’avenir.

Pour conclure, avez-vous un mot, un souhait à adresser à l’équipe de La Maison écologique pour leurs 20 ans ?

Déjà un immense bravo. Un immense merci, car nous savons que ce n’est pas simple et combien c’était courageux d’être des pionniers pour lancer ce magazine. Une petite idée, qui est peut-être d’ailleurs déjà réalisée, n’étant plus sur les bancs de l’école je ne sais pas. Comme j’ai découvert La Maison écologique quand j’étais en 3e, dans le CDI à part des revues classiques il n’y avait rien. Je trouve que ce serait une excellente idée que le magazine soit diffusé dans les écoles, les collèges, les lycées et particulièrement les lycées technologiques. À mon époque, je prêtais mes livres d’écoconstruction à mes professeurs. J’ai donc préféré quitter l’école pour me lancer dans l’aventure de la construction paille. Si La Maison écologique arrivait à être diffusée dans les écoles peut-être que cela sensibiliserait les plus jeunes à l’écoconstruction et peut-être particulièrement aux matériaux biosourcés.

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