20 ans LME – Entretien avec Claire Bernard, architecte à Brest

Entretien avec Claire Bernard, architecte à Brest

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La Maison écologique a 20 ans et poursuit son petit tour des professionnels qui militent pour un habitat résilient et respectueux de l’environnement. Nous sommes allés aujourd’hui interroger Claire Bernard, architecte à Brest.

Elle nous livre ici sa vision de la maison écologique…

Moins de matière première, plus de matière grise !

Réparer ce qu’on a

J’exerce en libéral, le plus souvent en co-traitance avec Yannick Jégado architecte également, dans la petite agence que nous partageons à Brest. Originaire du Finistère, j’ai fait mes études d’architecture à l’école de Paris Belleville dans les années 90. Comme tous les étudiants qui ont suivi son enseignement, j’ai été marquée par les cours prodigués par Jacques Fredet qui nous a initiés au bâti ancien. Une formation visionnaire : notre mission allait être de réhabiliter l’existant. C’était, selon lui, l’enjeu du 21è siècle.

Associé à son cours d’analyse de composition architecturale, son cours sur le relevé des bâtis anciens ordinaires parisiens nous a appris à comprendre comment ces bâtiments étaient conçus. Et comment nous allions pouvoir les réparer. Pour relever l’enjeu actuel, avoir une pratique « écologique », c’est sans aucun doute faire avec ce que nous avons, la plus basse des consommations et le plus faible des impacts. À partir de cet enseignement, j’ai appris à diagnostiquer, à réparer en intégrant l’économie et l’adaptation aux nouveaux usages, à recycler le bâti ancien. Nous constatons aujourd’hui à quel point cet enseignant avait vu juste !

Construire sur la ville

En 2012, j’avais uniquement exercé sur du bâti ancien, mais je suivais avec intérêt les évolutions des modes constructifs neuf. Notamment l’ossature bois, qui me semblaient si proches de celles des immeubles à pan de bois. J’étais abonnée à diverses revues qui nourrissaient ma curiosité, notamment La Maison écologique. Aujourd’hui, je conçois des constructions en bois, si possible zéro béton, et dans lesquelles nous utilisons très peu de matériaux innovants.

Nous avons ainsi réhabilité des immeubles du 19e siècle qui ont la grande qualité de présenter des plans limpides, de belles hauteurs sous plafond et qui sont facilement réparables et adaptables aux nouveaux usages. La connaissance des structures des bâtiments anciens nous a également permis de réaliser une maison sur le toit d’un immeuble de 1938 à Brest. Grâce à l’analyse de la structure et la connaissance du bâti, nous y avons construit une surélévation. Il s’agit d’une maison contemporaine qui représente une réponse au construire sur la ville et répond aux problématiques d’urbanisation de demain.

L’innovation ? Ce serait de se re-former pour comprendre notre héritage bâti, apprendre à le réparer, et à le compléter.

Maison sur le toit - Brest
Maison sur le toit à Brest / architectes Claire Léger et Yannick Jégado / photo Pascal Leopold
L’habitat écologique de demain

En tant qu’architectes, nous sommes des acteurs engagés dans cette transition, avec toujours le moins possible de neuf.

Néanmoins, il est urgent de s’occuper de la gestion des forêts. Nous utilisons beaucoup de bois et pourtant 80 % du bois que nous utilisons pour nos constructions en Bretagne, ne provient pas de notre territoire. Avec l’annonce de la RE 2020, le prix du bois a déjà pris 20 % ! Le projet de demain c’est le zéro béton. Nous menons actuellement une expérimentation dans ce sens avec Brest Métropole habitat, sur six maisons avec des jardins d’hiver qui seront construites selon la technique MOB (maison ossature bois) sur pieux.

Nous travaillons également beaucoup sur les serres bioclimatiques que nous avons eu l’opportunité d’adjoindre à des logements sociaux réalisés avec Brest Métropole Habitat.

BMH, logements sociaux à Gouesnou
BMH, logements sociaux à Gouesnou / Architectes Claire Léger et Yannick Jégado

Il me semble que les maîtrises d’ouvrage doivent investir dans la matière grise plutôt que dans la matière première. C’est tout l’intérêt de travailler avec notre profession qui fait la grande synthèse, dans des situations chaque fois uniques. Malgré l’urgence en termes de logement, il faut ralentir, accepter d’investir dans le temps de la réflexion.

Ce ne sont pas les matières devenues rares et précieuses qui vont nous sauver, mais bien l’esprit. Nous pouvons faire des choses incroyables, parfois avec peu, à condition d’y avoir beaucoup réfléchi.

Un petit mot pour l’équipe de la rédaction pour son anniversaire ?

Un grand merci de participer à ce grand mouvement de sensibilisation qui va peut-être nous sauver… ou pas. Le magazine est un maillon important de la chaîne, au même titre que certaines initiatives comme le mouvement de la frugalité heureuse. Il me semble important de continuer à parler de l’esprit de justesse, des matières premières à utiliser avec parcimonie et des matières grises à développer sans compter. Je vous encourage à poursuivre et un grand bravo à toute l’équipe.

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